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Citharète
Hydrie
Vers
410 ACN

![]() |
Musique
de la GRECE ANTIQUE
Atrium Musicae de Madrid
Gregorio PANIAGUA
Harmonia Mundi HMA 1951015, 1979
& 2000

Convention
lexicale
ACN = avant Jésus-Christ
PCN = après Jésus-Christ.
~ = vers.

Voici un projet risqué : tenter de redonner vie aux 44 bonnes minutes de musique grecque antique et à la vingtaine de secondes (oui, de secondes, pas de minutes) de musique romaine qui ont survécu jusqu'à nos jours, sous la forme de notations accompagnant des textes manuscrits ou gravés sur pierre. Et encore certains morceaux sont-ils incomplets, irrémédiablement mutilés, parfois réduits à l'état de fragments.
Mais tout n'a pas été perdu. La théorie musicale grecque nous a été transmise par des traités latins, arabes et médiévaux, et le rythme, rarement indiqué, peut se déduire du texte lui-même. Quant aux instruments, ils ont été reconstituées à partir de nombreux documents iconographiques : peintures sur vases, sculptures, bas-reliefs.
Tentative vouée à l'échec par sa nature elle-même, vu qu'il n'existe aucune tradition d'interprétation musicale qui remonte sans interruption à la Grèce ancienne ? Mais l'autre terme de l'alternative est de ne rien jouer du tout. Le choix se pose donc entre le silence et une interprétation hypothétique, précaire, contestable, certes, mais qui a le mérite d'exister.
Ce CD nous offre une large palette d'oeuvres, dans le temps comme dans le genre : d'un hymne attribué à Homère à un chant chrétien du IIème/IVème siècle PCN ; des oeuvres religieuses à la musique de théâtre ; il mêle pièces instrumentales et vocales. L'Atrium Musicae de Madrid a choisi d'enregistrer des oeuvres attestées par des documents tant antiques que des XVIème et XVIIème siècles, même si ces derniers sont considérés comme apocryphes par certains musicologues.
| Instrumentation | Auteurs |
| ||
| Orestes stasimo
Fragments d'un choeur de l'Oreste |
Cordes pincées | Euripide | Ve ACN | Papyrus Wien G2315
II/IIème siècle ACN |
| Orestes
Stasimo
Fragments instrumentaux de Contrapollinopolis |
Cordes pincées | ? | IIe/III PCN | Papyrus Berlin 6870 |
| Premier Hymne Delphique à Apollon | Cordes pincées
Percussions à membranes Choeur Voix solo |
Un compositeur
athénien |
~138 ACN | Dalle de marbre du Trésor des Athéniens à Delphes |
| Plainte de Tecmessa | Vent
Cordes pincées Voix solo |
? | IIe/IIIe PCN | Papyrus Berlin 6870 |
| Papyrus
Wien 29285
Papyrus Wien G13763/1494 |
Cordes pincées
Voix solo Vent Percussions autophones & à membranes |
? | IIe/IIe ACN | Papyrus Wien 29285
Papyrus Wien G13763 Papyrus Wien1494 |
| Hymne au Soleil | Voix
solo
Choeur Cordes pincées Vent Percussions autophones |
? | ? | Divers manuscrits byzantins
Première édition : 1581 |
| Hymne à la Muse | Voix solo
Cordes pincées |
Mésomède de Crète | ~ 130 PCN | Deux manuscrits, des XIIIème & XIVème PCN |
| Hymne à Némésis | Percussions à membranes & autophones
Vent |
? | ? | Manuscrits des XIIIe-XVe PCN |
| Papyrus Michigan | Voix solo
Cordes pincées Vent |
? | IIe PCN | Papyrus Michigan 2958 |
| Aenoi Nefelai | Vent
Percussions autophones Orgue Voix solo |
Aristophane | Ve/IVe ACN | Aristophane, Nuées, 275-277
Manuscrits du XVe PCN |
| Epitaphe de Seikilos | Voix solo
Cordes pincées |
Seikilos,
fils d'Euterpe, Athénien |
Ie PCN | Colonnette de Tralles (Asie Mineure) |
| Péan | Voix solo
Choeur Cordes pincées Vent Percussions autophones |
? | ~160 PCN | Fragments vocaux de Contrapollinopolis
Papyrus Berlin 6870 |
| Kolon
exasimon
Allos exasimon Tetrasimos Allos exasimos Dodekasimos Allos dodekasimos Okto kedékasimos |
Cordes pincées
Vent Percussions à membranes |
? | ? | Anonymi Bellerman 97-104
Manuscrits des XIIIe-XVe S. PCN |
| Première Ode Pythique | Voix solo
Choeur Cordes pincées Percussions autophones |
Pindare | VI/Ve ACN | Athanasius Kircher,
Musurgia Universalis I XVIIe PCN |
| Papyrus Oxyrhynchus 2436 | Percussions à membranes & autophones
Cordes pincées |
? | Ie/IIe PCN | Papyrus Oxyrhynchus 2436 |
| Hymne chrétien d'Oxyrhynchus | Voix solo
Choeur Cordes pincées Percussions autophones |
? | IIe/IV PCN | Papyrus Oxyrhynchus 1786
Premier témoignage de chant d'église |
| Homero Hymnus | Choeur
Xylophone |
Homère ? | VIIIe ACN | Benedetto Marcello,
Estro poetico-harmonico, 1724 |
| Papyrus Zenon | Percussions autophones
Voix solo Vent Orgue |
? | IIe ACN | Papyrus Zenon 59533 |
| Térence, Hecyra, vers 861 | Voix solo
Cordes pincées |
Térence | IIe ACN | Manuscrit du Xe PCN
Seul morceau de musique romaine attesté jusqu'à aujourd'hui |
| Poem. Mor. 1, 11f | Vent
Choeur Percussions autophones |
Grégoire de Naziance | IVe PCN | Athanasius Kircher,
Musurgia Universalis XVIIe PCN |
| Second Hymne Delphique à Apollon | Voix solo
Vent Cordes pincées Percussions à membranes et autophones |
Limenios,
fils de Thoinos Athénien |
~ 128 ACN | Dalle de marbre du Trésor des Athéniens à Delphes Une reproductionde la plaque et une traduction anglaise du texte sur cette page. |
| Papyrus Oslo A/B | Percussions à membranes & autophones
Cordes pincées Voix solo Vent |
? | Ie/IIe PCN | Papyrus Oslo 1413 A & B
Textes tragiques |
- Les instruments à vent comprennent essentiellement des
flutes
et hautbois (aulos et diaulos).
- Tambours et tambourins forment les percussions à membranes,
les "autophones" regroupant un vaste ensemble de cymbales, sistres,
clochettes,
crécelles, crotales, etc.
- Cithares, lyres et phorminx constituent
ici les cordes pincées.
- Enfin, l'orgue est hydraulique.
Mais... Comment jouer ces oeuvres ?
"Avec ce disque, nous ne prétendons pas faire une simple compilation de ce qui a été conservé de la musique hellénique ; nous ne tentons pas davantage de disséquer un document archéologiquement froid et distant. C'est plutôt l'expression personnelle d'un sentiment profondément douloureux devant la certitude d'une perte irrémédiable.Quant aux inévitables lacunes des documents originaux, elles sont soit reconstituées, soit remplacées par des silences, soit comblées par des sons discordants : attendez-vous à sursauter de temps à autre.
(...)
L'étude de la théorie et de tout ce qui touche à l'art musical grec nous a conduit à la conclusion que pour restituer toute sa valeur à la musique, il ne convenait pas de la traiter comme un élément archéologique que l'on peut reconstituer avec plus ou moins de fidélité, mais qu'il fallait essentiellement lui insuffler une vie nouvelle à travers notre propre esprit."(Gregorio Paniagua, Traduction de Michèle Sennet)

Impressions
d'un analphabète musical
Joueuse
de diaulos
Coupe
attique
Vers
460 ACN
Tout cela nous donne une musique monophonique au tempo plutôt lent ou moyen. Sobre, épurée, nette, elle correspond somme toute assez bien à l'idée que nous nous faisons de l'hellénisme antique et à un certain idéal grec fait de mesure, de sagesse, de retenue, de fausse simplicité et d'intellectualisme : mèden agan, "rien de trop". Pas de rythmes rapides, emportés, brutaux, ni de mélodies acérées, abruptes, zigzagantes, ni d'accords discordants, ni de démonstrations éblouissantes de virtuosité ni de ces fioritures qui font la beauté du malouf arabo-andalou du Maghreb tel qu'illustré par Cheikh Raymond Leyris et son gendre, Enrico Macias. L'on n'y perçoit (malheureusement ?) les échos ni de la chorégraphie échevelée des ménades, ni des danses et chants des fêtes villageoises. Mais peut-être n'avons-nous conservé qu'une musique savante, les rythmes et mélodies populaires n'ayant sans doute pas été jugés dignes d'être transcrits et transmis. L'impression reste d'une forte unité de style, des oeuvres les plus anciennes aux plus récentes.
Je conseillerais cependant à l'auditeur de ne pas se laisser tromper par une certaine impression de facilité et de familiarité, mais de pratiquer une écoute active. Des surprises l'attendent au détour des plages, comme la sonorité parfois aigrelette ou curieusement champêtre des flutes et hautbois, le trop bref passage d'Aristophane, qui laisse deviner une palette de moyens expressifs plus large que celle illustrée par les autres oeuvres reprises ici, ou encore les traces de sauvagerie qui traversent le péan.

Joueuse
de diaulos
"Trône
Ludovisi"
Vers
470-460 ACN
L'audition répétée du CD ne résout pas la question que l'on aura perçue en filigrane de ce qui précède : quel crédit peut-on accorder à l'interprétation de l'Atrium Musicae de Madrid ? En d'autres termes, reflète-t-elle la musique hellénique telle qu'elle était jouée par les interprètes anciens ?
Les traditions musicales se perdent si vite ! C'est vrai de la tradition orale : des 24 noubas du malouf, 12 sont irrémédiablement perdues. Ce l'est tout autant des traditions qui ont bénéficié d'une transmission continue et écrite : depuis le XIXème siècle, les oeuvres baroques se jouaient d'une manière romantique, "ronde", ample, parfois grandiloquente ; sous l'influence relativement récente des gambistes et de chefs d'orchestres tels que Philippe Herrewegghe, l'on en est revenu à un jeu plus authentique, sec, quelque peu anguleux et rugueux, mettant en oeuvre des formations réduites, où le texte reprend une importance primordiale dans les oeuvres vocales.
Que dire alors de l'interprétation de Gregorio Paniagua et de l'Atrium Musicae ? Comme je l'ai souligné, ne pouvant se réclamer d'aucune transmission directe, elle reste tout au plus vraisemblable. Est-ce une raison pour la rejeter ? A chacun de juger sur pièce...
Mais l'important
n'est-il pas que lors de notre prochaine
visite à un temple antique, lors de notre prochain face-à-face
avec une amphore attique à figures rouges, nous entendions, dans
un recoin de notre tête, chanter un hymne delphique, résonner
le jeu grave et mesuré d'un cithariste ou retentir l'appel rauque
et voilé du

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