Ariminium - Rimini
Museo della Città
Il Lapidario romano
Photos : Anne Wargnies, Sylvie, Stéphane & Daniel Vranckx
 

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"Min.me lès cayaus-ont 'ne sakwè z-a nos dire"
(Ouest-wallon : "même les cailloux ont quelque chose à nous dire")

(André GAUDITIAUBOIS)

Sommaire

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1. Calme et culture

2. Inscriptions officielles & honorifiques

    Panneau en grès - Début du Ier siècle ACN
    Dalle en pierre locale - Ier siècle ACN
    Borne miliaire en pierre calcaire - 2 ACN
    Plaque de marbre avec texte martelé - 93 PCN
    Fragment d'élément de revêtement monumental - Début du IIème siècle PCN
    Partie supérieure d'une base, peut-être de statue à T. Aurelius Fuluius Antonius Pius - Milieu du IIème siècle PCN
    Grande base retaillée pour former une dalle - IIème siècle PCN
    Base de marbre - Milieu du IVème siècle PCN

3. Le Romain et la mort

    3.1. Rituels funéraires romains
    3.2. Dii Manes & umbra
    3.3. Inscriptions funéraires d'Ariminium
           Stèle en pierre calcaire locale - Tout début du Ier siècle PCN
           Trois rangées de blocs d'un monument funéraire - Tout début du Ier siècle ACN
           Rangée de blocs de grès appartenant à un monument funéraire - Premières décennies du Ier siècle ACN
           Bloc de pierre calcaire destiné au couronnement d'un monument funéraire - Fin du Ier siècle ACN au plus tard
           Stèle de marbre - Fin du Ier siècle PCN
           Urne cinéraire en marbre - IIème siècle PCN
           Autel funéraire en marbre - IIème siècle PCN
           Autel en marbre - IIème siècle PCN
           Stèle en marbre - IIème siècle PCN
           Autel funéraire en marbre - Fin du IIème siècle PCN
           Stèle en marbre - Fin du IIème siècle PCN
           Partie supérieure d'une dalle de marbre du milieu du IIème siècle PCN réutilisée au début du IIIème PCN
           Petit sarcophage de marbre - Début du IIIème siècle PCN
    3.4. Le monument funéraire comme objet de lecture
           3.4.1. Contexte
           3.4.2. Que disaient  les monuments funéraires ?
    3.5. Fêtes des morts romaines
           3.5.1. Parentalia - Feralia - Caristia
           3.5.2. Lemuria

4. Dédicaces religieuses

    Plaque de marbre - Epoque d'Auguste 
    Deux autels en marbre dédiés à Iupiter Dolichenus - Fin du IIème/début du IIIème siècle PCN

5. Un chapiteau corinthien et son modèle

 Bon à savoir : le système d'appellation des individus à Rome

Bibliographie

Conventions lexicales

ACN = avant Jésus-Christ
    PCN = après Jésus-Christ.

Les parenthèses explicitent les abréviations ou les tournures elliptiques.
     Exemples : M = M(ARCVS).
                        TRIBVNICIA POTESTATE = (revêtu de la) puissance tribunicienne.

Les crochets reconstituent les parties manquantes ou endommagées de l'inscription.
     Exemple : une dalle portant l'inscription MVRVUM PVB est brisée après le "B". Le texte se reconstitue en MVRVM PVB[LICVM].

(?) signale une leçon incertaine.

[...] indique des parties irrémédiablement perdues et impossibles à reconstituer dans l'état actuel des connaissances.

Les dimensions sont données en centimètres dans l'ordre hauteur (H) x largeur (l) x profondeur (P).

Avant de commencer

    Les documents épigraphiques reproduits ici mentionnent les noms des individus à qui ou par qui ils étaient offerts. La société romaine étant une société du face-à-face (l'on vivait sous, par et pour le regard d'autrui et ses commentaires appréciateurs ou dépréciateurs), segmentaire (toute personne se trouvait intégrée dans un segment social : famille, lignage, tribu, centurie, ordre, cité) et de rôle (l'on s'attendait à ce que chacun se comporte en fonction de la place qu'il occupait dans la communauté : le patron devait protéger et assister ses clients, qui étaient tenus de lui montrer gratitude et respect), il était essentiel de pouvoir situer avec exactitude le statut social de chaque individu. C'est à cela que servait, entre autres, le nom.

    Il sera donc utile que le lecteur se réfère de temps à autre à l'annexe consacrée au système d'appellation des individus à Rome.

1. Calme et culture

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Le corpus épigraphique du Museo della Città de Rimini est exposé
dans l'ancien jardin du couvent des Jésuites, attenant à  l'église de
S. Francesco Saverio.

Cette situation et la disposition des pierres permettent leur
présentation dans des conditions de lecture proches de l'original :
inscriptions à hauteur des yeux du visiteur, et surtout lumière
naturelle.


 
Bon, si vous passez à Rimini, ne le ratez pas...

 
Informations pratiques
Museo della Città
Via L. Tonini,  1 - Rimini
Tél : 0541/21482

2. Inscriptions officielles & honorifiques

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Panneau en grès
Début du Ier siècle ACN
(H) 68 x (l) 81 x (P) 8
Texte
C(AIVS) OBVLCIVS C(AI) F(ILII)
M'(ANIVS) OCTAVIVS M'(ANII) [F(ILIVS)]
DVOVIR(I)
HOC OPVS FAC(IVNDVM)
QVRAVERUNT
Traduction
Gaius Obulcius fils de Gaius
Manius Octauius fils de Manius
Duovirs
ont veillé à la réalisation de ce travail
Commentaires

Les Duumvirs (duumuiri), ou Duovirs (Duouiri) étaient les magistrats suprêmes municipaux, exerçant leur
fonction par collège de deux membres.
Il est possible que les travaux ici mentionnés soient la construction de l'enceinte de la cité, lorsque Ariminium
devint un municipe (municipium) suite à la Guerre Sociale (90-88 ACN).
A l'origine, le municipe était une cité qui avait la citoyenneté romaine, mais inférieure, sans le droit de vote.
Il gouvernait lui-même ses affaires intérieures, alors que sa politique extérieure était dictée par Rome, à qui il devait
en outre fournir des troupes.
Avantages pour Le citoyen du municipe ? Il pouvait conclure des mariages (ius conubii) et des contrats
commerciaux (ius commercii) selon le droit romain.
Suite à la Guerre Sociale (= "Guerre contre les Alliés", qui réclamaient plus d'égalité avec les citoyens romains),
tous les municipes d'Italie se virent octroyer la citoyenneté romaine pleine et entière, avec le droit de vote et
d'éligibilité.

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Dalle en pierre locale
Ier siècle ACN
(H) 51 x (l) 66 x (P) 13,5
Texte
M(ARCVS) LIBVRNIVS L(VCI) F(ILIVS) [...]
M(ARCVS) VETTIVS T(ITI) F(ILIVS) [...]
EX D(ECVRIONEM) C(ONSVLTO) MVRVM PVB[LICVM]
FAC(IVNDVM) CVR(AVERVNT)
Traduction
Marcus Liburnius fils de Lucius [surnom et/ou fonction officielle ?]
Marcus Uettius fils de Titus [surnom et/ou fonction officielle ?]
ont veillé à la construction du mur public sur décision du conseil
Commentaires

Document complémentaire du précédent.
Nos deux personnages étaient probablement duumvirs.
Le "mur public" faisait bien entendu référence à l'enceinte de la ville.

Les décurions, anciens magistrats de la cité, en formaient le conseil municipal, en quelque sorte l'équivalent du 
Sénat de Rome. Ils constituèrent le moteur de la municipalisation et de la romanisation de l'empire.

Au Bas-Empire, ils tendirent à se cristalliser en aristocratie municipale héréditaire.

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Borne miliaire en pierre calcaire
2 ACN
(H) 280 x (diamètre) 79
IMP(ERATOR) CAESAR AVGVSTVS
PONTIFEX MAXIMVS [CO(N)S(VL)]
XIII TRIBVNIC(IA) POTESTATE [X]XI[I]
VIAM FLAMINIAM AB ARIMINIO
AD FLVMEN TREBIAM
MVNIENDAM CURAVIT
VII
Traduction
L'Empereur César Auguste
Grand Pontife
Consul pour la 13ème fois
(Revêtu) de la puissance tribunicienne pour la
22ème fois
a veillé à la consolidation de la Voie Flaminia
d'Ariminium au fleuve Trébie
7 (miles d'Ariminium)
Commentaires

Borne remarquable par ses dimensions imposantes.

Longeant le pied de l'Apennin, la Uia Aemilia
rattachait Rimini à Plaisance par Bologne, Modène
et Parme.
Construite en 187 ACN, elle fut réaménagée sous
Auguste.

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Plaque de marbre avec texte martelé
93 PCN
(H) 86 x (l) 65 x (P) 14
Texte
IMP(ERATOR) CAESAR
DIVI VESPASIAN(I) F(ILIVS)
[DOMITIANVS
AVG(VSTVS) GERMANICVS]
PONTIFEX MAXIM(VS)
TRIB(VNICIA) POTEST(ATE) XII
IMP(ERATOR) XXII CO(N)S(VL) XVI
CENSOR PERP(ETVVS) P(ATER) P(ATRIAE)
FACIEND(VM) CVRAVIT
Traduction
L'Empereur César
Fils du divin Vespasien
[Domitien Auguste Germanicus]
Grand Pontife
(Revêtu) de la puissance tribunicienne pour la 12ème fois
(Proclamé) Empereur pour la 22ème fois
Consul pour la 16ème fois
Censeur perpétuel
Père de la Patrie
a veillé à la réalisation (de ce travail)
Commentaires

Ce document présente un bel exemple de damnatio memoriae,
"condamnation de la mémoire" : toutes les références publiques à la personne
visée étant effacées, tout se passe officiellement comme si elle n'avait jamais
existé.
Ici, le nom de Domitien a été martelé suite à son assassinat en 96.

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Fragment d'élément de revêtement monumental
Début du IIème siècle PCN
(H) 46,2 x (l) 53,5 x (P) 5,5
Texte
VI C
A ASO
Reconstitution plausible
[IMPERATOR] VII C[O(N)S(VL) ...]
[... PECVNIA SV]A A SO[LO...]
Traduction possible
Empereur pour la sixième année Consul
De ses biens à partir des fondations [a fait construire ?]
Commentaires

Magnifique exemple de capitales romaines.
Dalle commémorant peut-être le financement d'une construction publique de ses propres deniers
par l'Empereur.

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Partie supérieure d'une base, peut-être de statue
à T. Aurelius Fuluius Antonius Pius ("Antonin le Pieux")
Milieu du IIème siècle PCN
(H) 76,5 x (l) 98 x (P) 51
Texte
IMP(ERATORI) CAESAR(I)
[D]IVI HADRIAN(I)
[F(ILIO) DIVI T]RAIANI
[PARTHICI N]EPOT(I)
[...]
Traduction

A l'empereur César (= Antonin le Pieux)
Fils du divin Hadrien
Petit-fils du divin Trajan Parthicus
[...]

Commentaires

A propos d'Antonin "le Pieux" : Gare au faux ami pius !
En français, "pieux" a pris un sens nettement religieux, avec des connotations de
dévotion quelque peu onctueuse et de ferveur édifiante, voire de foi franchement
tarte.
Le sens premier du latin pius était "qui connait et remplit ses devoirs envers les
dieux, les parents, la patrie" (F. Gaffiot). De là, dérivent les sens seconds de
"respectueux, dévoué"  (envers la patrie et les parents), "affectionné, tendre"
(envers les parents, le conjoint, les amis), "respectueux de ses devoirs à l'égard des
dieux."

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Grande base retaillée pour former une dalle
IIème siècle PCN
(H) 130 x (l) 75 x (P) 17
Texte
C(AIO) NONIO
C(AI) F(ILIO) AN(IENSI) CAEPIAN(O)
EQVO PVBL(ICO) EX QVIN[QVE]
DECVRIS IVDICV[M]
PRAEF(ECTO) COH(ORTIS) III BRITT[O]
NVM VETERANOR[VM]
EQVITATAE TRIB(VNO) LEG(IONIS) I AD[IV]
TRICIS PIAE FIDELIS PRA[EF(ECTO)]
ALAE I ASTVRVM PRAEPOS[ITO]
NVMERI EQVITVM ELECTOR[VM]
EX ILLYRICO
C(AIVS) VALERIVS SATVRNINVS D[EC(VRIO)]
ALAE I ASTVRVM PRAEF(ECTO) OPTIM[O]
L(OCVS) D(ATVM) D(ECRETO) D(ECVRIONVM)
Traduction
A Gaius Nonius Caepianus fils de Gaius de la tribu Aniensis
Chevalier
Membre d'une des cinq décuries de juges
Préfet de la 3ème cohorte equitata de vétérans britanniques
Tribun de la légion I Qui aide Dévouée Fortunée
Préfet de l'aile I d'Asturiens
Chef du détachement de cavaliers d'élite d'Illyrie
Gaius Ualerius Saturninus Décurion de l'aile I d'Asturiens
à un Préfet excellent
Lieu concédé sur décret des Décurions
Commentaires

Ce document nous fournit un bel exemple d'état-civil complet.

La gens Nonia était répandue dans toute l'Italie centrale et présente dans
le grand centre commercial de Délos.

Notre homme appartenait à l'ordre équestre : à l'origine, celui-ci
était composé de "chevaliers" (equites equo publico), autrement dit de
gens assez riches pour se présenter avec un cheval lors des levées
militaires. A la fin de la Res Publica, Il se mua en un ordre de banquiers,
commerçants et fermiers de l'impôt. Sous l'Empire, c'est dans ses rangs
que se recrutaient nombre de fonctionnaires et d'officiers.

C. Nonius a rempli des fonctions civiles et militaires, ce qui est typique
du système politique romain, où l'exercice d'une magistrature impliquait
celui de responsabilités militaires. Remarquons en outre qu'il fut membre
d'un collège (decuria) de juges et officier : la séparation des pouvoirs,
caractéristique des démocraties modernes, était une notion étrangère
aux cités antiques.

Un peu de vocabulaire militaire de l'Empire

- Praefectus : commandant d'une unité d'environ 500 hommes (cohors)
d'infanterie auxiliaire (auxilia) recrutée parmi les non-citoyens de l'Empire :
archers, frondeurs, fantassins "légers" par opposition aux légionnaires.
Cohors equitata : unité d'auxilia associant 1/4 de cavaliers à 3/4 de
fantassins légers.
Legio : unité d'infanterie lourde comptant 5.500 hommes, recrutée parmi
les citoyens romains.
Tribunus : 6 par légion, ils remplissaient des tâches administratives.
Leur chef, laticlauius ("à large bande de pourpre" sur la tunique), était issu
de l'ordre sénatorial, tandis que les 5 autres, les angusticlauii, ("à bande
de pourpre étroite"), provenaient de l'ordre équestre.
Ala : unité de cavalerie de 500 hommes. Commandée par un praefectus,
elle était divisée en turmae de 30 à 40 cavaliers.
Decurio : commandant d'une turma de cavalerie.
Numeri : détachement affecté à des missions spéciales.
Remarquons que les unités d'auxiliaires et les ailes de cavalerie étaient
désignées par leur origine ethnique : les Asturiens venaient d'Espagne et
les Illyriens d'ex-Yougoslavie.
Les unités mentionnées ici opéraient dans les régions danubiennes.

Il est probable que ce monument fut offert par C. Ualerius Saturninus à
C. Nonius lorsque celui-ci quitta l'Ala I Asturum pour prendre en charge le
détachement de cavaliers illyriens.

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Base de marbre
Milieu du IVème siècle PCN
(H) 125,5 x (l) 77 x (P) 66
Texte
CNEO AQVILIO RO
MANO EVSEBIO V(IRO) C(LARISSIMO)
CONSVLARI FLAMI
NIAE ET PICENI OB IN
LVSTRIA EIVS MERI
TA ET INSIGNIA BENE
FICIA PATRONO
DIGNISSIMO ORDO
ARIMINENSVM
Traduction
A Cneus Aquilius Romanus Eusebius
Clarissime
Consulaire de la Flaminia et du Picenum
Pour ses services brillants et ses bienfaits remarquables
A un patron très méritant
L'Ordre des Ariminiens
Commentaires

Un personnage important : il était clarissime (clarissimus, "très brillant"),
terme qui, depuis le IIème siècle PCN, désignait les membres de l'ordre
sénatorial, et consulaire (consularis), autrement dit gouverneur de
province, en l'occurence de celles de la Flaminia et du Picenum, en gros
l'Emilie-Romagne et les Marches actuelles.

Au Bas-Empire, les décurions, membres du conseil municipal, s'appelèrent
curiales. Ceux-ci formaient un ordre (ordo), autrement dit une aristocratie
locale héréditaire qui dirigeait la cité.

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3. Le Romain et la mort

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"Non, je ne mourrai pas tout entier."

(Horace, Odes, III, 30)

3.1. Rituels funéraires romains

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Cortège funéraire romain
Plaque de calcaire
Amiternum
Ier siècle ACN

    Normalement, le plus proche parent recueillait le dernier soupir du mourant par un ultime baiser.

    Les rites funéraires ne servaient pas seulement à procurer une dernière demeure au défunt, mais aussi à purifier les vivants de la contagion sacrée apportée par le contact avec la mort. Celle-ci était en effet ressentie par les Romains comme une souillure qui frappait toute la maison et ses habitants (familia funesta, "famille en deuil"), qui devaient s'en délivrer par les rituels appropriés.

    En premier lieu, elle appelait le mort à haute voix, solennellement, par une conclamatio lugubre ; l'absence de réponse du défunt témoignait de son éloignement définitif. Le corps était ensuite lavé, parfumé et habillé d'une toge avant d'être exposé sur un lit de parade dans l'atrium de la maison durant troisà sept jours. Pendant ce temps, la maison était signalée à l'attention du public par des rameaux de pin ou de cyprès teints en rouge.

    Passé ce délai, commençait la partie publique des funérailles (funus). Le décès avait été annoncé au temple de Libitina, déesse des morts. Un cortège se formait : accompagnés de porteurs de torches allumées, défilaient la famille en vêtements sombres, des musiciens, des pleureuses, des acteurs qui mimaient les travers et tics du défunt, et, pour les familles les plus nobles, des hommes portant les masques (imagines) et les insignes des ancêtres du défunt qui s'étaient illustrés au service de la cité par leurs mérites civils et militaires. Dans les grandes familles, ces masques, qui reproduisaient les traits du mort avec cette remarquable exactitude qui fait toute la beauté et la présence du portrait romain, étaient conservés dans un reliquaire disposé dans un endroit en vue de l'atrium, particulièrement honorés et exposés lors des grandes fêtes religieuses et des sacrifices publics. Ce cortège suivait un lit de parade sur lequel était disposé le corps du défunt placé sous un mannequin le représentant, et surmonté d'un baldaquin orné de signes astraux.

    Si le mort était un personnage célèbre, le cortège faisait une halte au Forum, à la tribune aux harangues des Rostres, où, debout à côté du mort placé en position verticale, l'un de ses fils majeurs ou l'un des membres de la famille prononçait son éloge funèbre, rappelant ses mérites acquis au service de la cité.

    Arrivé à l'extérieur de la ville, soit l'on inhumait, soit l'on incinérait le corps, les deux pratiques étant attestées concurremment. Dans le cas de l'incinération, l'on prélevait préalablement un doigt du cadavre, pour l'enterrer afin de satisfaire à la coutume ancestrale de l'iniectio glebae, "action de jeter de la terre sur" ; les cendres, recueillies dans une urne, étaient portées dans l'un des tombeaux qui bordaient les routes aux portes de la ville.

    Suivaient alors les feriae denicales, cérémonies destinées à débarrasser la maison et ses habitants de la souillure de la mort : la première était balayée, les seconds, purifiés par le feu et l'eau, devaient observer quelques jours chômés : le deuil était même une excuse valable pour ne pas se présenter aux convocations du tribunal. Un banquet familial clôturait cette période de purification.

3.2. Dii Manes & umbra

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    Quels étaient alors le statut et le lieu de résidence du défunt dans l'au-delà ?

    Les Romains, qui croyaient à une forme de survie après la mort, désignaient les âmes des défunts de deux termes :

Manes, Dii Manes : Les Mânes, ou Dieux Mânes, étaient les âmes des morts, censées résider dans les profondeurs de la terre. A priori, ils étaient bienveillants, ce qu'indique l'étymologie du substantif, "les Bons". L'on disait donc "les Dieux Mânes de X" pour parler de son âme.

Umbra : le mort était aussi une "ombre" (umbra), que les rites décrits dans le sous-chapitre 3.1. fixent dans son tombeau, où elle continue à vivre, tout en descendant sous terre, dans le monde des morts.

    Il y a contradiction, me direz-vous entre ces deux affirmations, le même être ne pouvant se trouver simultanément à deux endroits différents. N'oublions pas que nous sommes dans l'univers religieux, qui fonctionne suivant des règles parfois difficiles à comprendre pour les adeptes du logos et les descendants intellectuels des Sophistes que nous sommes. Un car de ces braves dames espagnoles qui pratiquent le tourisme religieux résoudra l'énigme : elles passent d'église en cathédrale et de basilique en chapelle, à travers l'Europe catholique, pour prier Marie. Pour elles, tout en résidant au ciel, la Madonne est présente simultanément dans chacun de ces lieux de culte, où elle assume en outre des fonctions, noms et aspects divers, voire opposés : en général blanche, couleur de peau commandée par la logique historique, elle peut être parfois être "noire", couleur qui l'inscrit dans la lignée des Grandes Mères. Il s'agit donc de ne rater aucune église où se pratique un culte d'importance de la Sainte Vierge, et ce afin de capitaliser les bénéfices religieux qu'elle apporte sous ses formes variées : toujours différente et douée du don d'ubiquité, elle reste toujours la même, celle qui réside au ciel pour intercéder en faveur des humains. Autre exemple : il m'est arrivé de rencontrer un Chrétien féru d'astronomie et d'observation nocturne des astres, qui prétend que l'on va "au ciel" après la mort. Apparemment, il parle du même ciel, et notre esprit vacille, et nous regardons notre homme comme un fou : comment peut-il, à propos de la même réalité physique, tenir deux discours contradictoires, l'un scientifique et rigoureusement analytique, l'autre métaphysique et fidéiste ? Le mystère trouve son explication dans l'évidence suivante, que notre homme n'éprouve pas le besoin de (se) formuler : ce n'est pas du même ciel qu'il parle, même si c'est le même qu'il montre, car son esprit fait bien la distinction entre le ciel de l'expérience matérielle et celui de la foi religieuse.

     Nous verrons dans le sous-chapitre consacré aux fêtes des morts que les âmes pouvaient, à certains moments bien précis de l'année, remonter se mêler aux vivants. L'essentiel à retenir ici est que tout un commerce, le plus souvent empreint d'un grande familiarité, était ainsi possible entre ceux-ci et les Ombres.

3.3. Inscriptions funéraires d'Ariminium

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Stèle en pierre calcaire locale
Tout début du Ier siècle PCN
(H) 223 x (l) 47,5 x (P) 25
Texte
L(VCIVS) EGNATIUS L(VCI) F(ILIVS)
AN(IENSIS) SEX VIR
V(IVVS) F(ECIT) IN F(RONTE) P(EDES) XII
ET EGNATIA L(VCI) L(IBERTA)
DICA VIVIT
Traduction
Lucius Egnatius
fils de Lucius
de la tribu Aniensis
Sévir
a fait faire de son vivant (ce monument) de 12 pieds de front
Et Egnatia Dica affranchie de Lucius
Elle vit
Commentaires

Le bas-relief représente un buste masculin avec la tête voilée.
Le personnage tend la main droite.

Le monument funéraire de L. Egnatius et de son affranchie Egnatia Dica
a été exécuté de leur vivant. Il semble qu'à l'origine, figurait seulement
le nom de L. Egnatius, et que celui de Dica fut rajouté par la suite.

L. Egnatius était sévir (seuir, sexuir), membre d'un collège de 6 personnes
à fonctions cultuelles.

12 pieds = 0,29 mètres X 12 = 3,48 mètres.

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Trois rangées de blocs d'un monument funéraire
Tout début du Ier siècle ACN
(H) 119 x (l) 195,5 x (P) 111
Texte
LIBERTEIS HISCE FECERE
PATRONO Q(VINTVS) OVI(VS) Q(VINTI) L(IBERTVS) BAR(GATES)
Q(VINTVS) NADIACVS Q(VINTVS) PILON(ICVS)
Q(VINTVS) OVI(VS) C(AI) F(ILIVS) FREG(ELLANVS) HIC SEPV(LTVS)
QVOD SVIS DEDIT APPARE(T)
Traduction
Ces affranchis ont construit (ce monument) pour leur patron
Quintus Ouius Bargates affranchi de Quintus
Quintus Nadiacus
Quintus Pilonicus
Quintus Ouius Fregellanus fils de Gaius est enseveli ici
Il est clair qu'il a accordé (la liberté) aux siens
Commentaires

Le plus ancien exemple d'épigraphie à Rimini.

Monument dédié à Q. Ouius par ses affranchis Bargates, Nadiacus et Pilonicus.
Le surnom Fregellanus semble indiquer que C. Ouius était issu de de Fregellae, cité du Latium détruite lors
de la répression d'une révolte en 125 ACN, évènement suite auquel Q. Ouius aurait rejoint à Ariminium une
autre branche de la gens Ouia.

"Il est clair qu'il a accordé (la liberté) aux siens."
Cette phrase souligne lourdement l'affranchissement des esclaves Bargates, Nadiacus et Pilonicus. Ne nous
y trompons pas : affranchir un esclave ne signifiait en rien que l'on désapprouvait l'esclavage, car cette
institution était une donnée naturelle des sociétés antiques. Quiconque aurait proposé son abolition aurait
été regardé comme un martien. Affranchir un esclave constituait une confirmation à la fois de la
toute-puissance du maitre, qui disposait à son gré de la vie et de la liberté de l'esclave, et de ses qualités de
magnanimité et de générosité.
Les esclaves eux-mêmes ne remettaient pas l'institution servile en cause. Si leur statut d'être humain
propriété d'un autre homme leur était commun à tous, leurs situations individuelles s'avéraient  fort variables,
s'étalant du mineur de fond au secrétaire particulier d'un homme d'Etat. Par conséquent, ils ne formaient pas
une classe au sens moderne du terme. Leur rêve ? Non pas la société sans esclavage, mais
l'affranchissement accordé à titre individuel par le maitre. Comment y parvenir ? Par l'assiduité, l'obéissance
et le travail.

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Rangée de blocs de grès appartenant à un monument funéraire
Premières décennies du Ier siècle ACN
Couronnement : (H) 33  x (l) 122 x (P) 124
Zone inférieure : (H) 67,5 x (l) 122 x (P) 77
Texte
C(AI) MAECI T(ITI) PV(PI) L(IBERTE)
SALVE
Traduction
A Gaius Maecius petit garçon affranchi de Titus
Salut
Commentaires
Le salut s'adresse au passant.

A noter le couronnement orné d'une frise de type dorique, avec triglyphes et métopes ornées
alternativement de rosettes et de bucranes. Autre exemple ci-dessous.

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Bloc de pierre calcaire destiné au couronnement
d'un monument funéraire
Fin du Ier siècle ACN au plus tard
(H) 58 x (l) 67 x (P) 31
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Stèle de marbre
Fin du Ier siècle PCN
(H) 91 x (l) 43 x (P) 10
Texte
D(IS) M(ANIBVS)
L(VCI) CANTI
FORTVNATI
CANTIA
RESTITVTA
CVM FILIO CON
IVGI OPTIMO
Traduction
Aux dieux Mânes de Lucius Cantius Fortunatus
Cantia Restituta avec son fils
pour un mari excellent
Commentaires

Joli fronton avec couronne de laurier, encadré de deux fleurs.

Monument dédié par Cantia Restituta et son fils à leur époux et père
L. Cantius.
Le fait que les époux portent tous deux le même gentilice, Cantius,
 suggère qu'il s'agissait de coaffranchis.

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Urne cinéraire en marbre
IIème siècle PCN
(H) 38 x (l) 47,5 x (P) 33,5
Texte
D(IS) M(ANIBVS)
L(VCI) ASINI POLI
SECVNDVS
ET ORPHAEVS
LIB(ERTI) P(OSVERVNT) B(ENE) M(ERENTI)
Traduction
Aux dieux Mânes de Lucius Asinius Polus
Les affranchis Secundus et Orphaeus placèrent (cette urne) pour leur bienfaiteur
Commentaires

Couvercle de l'urne à double pente avec deux acrotères.

Urne dédiée par les affranchis Secundus et Orphaeus à leur ancien maitre L. Asinius Polus.

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Autel funéraire en marbre
IIème siècle PCN
(H) 94 x (l) 42 x (P) 34
Texte
D(IS) M(ANIBVS)
DERQVILIAE
DANAES
Q(VINTVS) DERQVILIVS
FIDVS
ET DERQVILIA
VERECVNDA
PATRONAE
BENE
MERENTI
Traduction
Aux dieux Mânes de Derquilia Danaes
Quintus Derquilius Fidus
et Derquilia Uerecunda
à leur patronne bienfaitrice
Commentaires

Couronnement avec motif à deux volutes.

Monument dédié par les coaffranchis Fidus et Uerecunda
à leur patronne, Derquilia Danaes.

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Autel en marbre
IIème siècle PCN
(H) 111 x (l) 62 x (P) 55
Texte
D(IS) M(ANIBVS)
C(AI) CAVARI
PRISCI
AMICI
OPTIMI
MARTIALIS
M(ARCI) ATONI
PRIMIGENI
Traduction
Aux dieux Mânes de Gaius Cauarius Priscus
Excellent ami
Martialis
(Esclave de) Marcus Atonius Primigenus
Commentaire

Monument dédié par Martialis, esclave de M. Atonius, à C. Cauarius.

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Stèle en marbre
IIème siècle PCN
(H) 82 x (l) 36,5 x (P) 10
Texte
HAVE
D(IS) M(ANIBVS)
EVPHROSYNE
C(AIVS) SENTIVS
PHRONIMVS
ET SENTIA
SATVRNINA
PARENTES
FILIAE
PIENTISSIMAE
VIX(IT) ANN(IS) XII D(IEBVS) XXVI
VALE
Traduction
Bonjour
Aux dieux Mânes
d'Euphrosynè
Les parents Gaius Sentius Phronimus et Sentia Saturnina
à une fille très respectueuse de ses devoirs
Elle a vécu 12 ans et 26 jours
Salut
Commentaires

Fronton avec fleur encadré de deux acrotères semi-circulaires.

Monument dédié par les parents C. Sentius et Sentia Saturnina,
coaffranchis, à leur fille Euphrosynè.

Notez l'ébauche de dialogue (HAVE ... VALE) avec le passant.

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Autel funéraire en marbre
Fin du IIème siècle PCN
(H) 125 x (l) 60 x (P) 60
Texte
D(IS) M(ANIBUS)
GAVIAE
SABINAE VIX(IT)
ANN(IS) XXVII ET
GAVIO PRIMO
VIX(IT) ANN(IS) XIX
FRATRIBVS
M(ARCVS) GAVIVS
PRIMITIVOS
ET ANNAEA
SORTITA
PARENTES
Traduction
Aux dieux Mânes
A Gauia Sabina (qui) a vécu 27 ans et Gauius Primus (qui) a vécu 19 ans
frères
Les parents Marcus Gauius Primitiuus et Annaea Sortita
Commentaires

Sur la face gauche, un vase ; sur la face droite, un ours surmonté d'une hache.

Monument dédié à Gauia Sabina, morte à 27 ans, et à son frère Gauius Primus,
décédé à 19 ans, par les parents M. Gauius et Annaea Sortita.

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Stèle en marbre
Fin du IIème siècle PCN
(H) 72 x (l) 27 x (P) 7
Texte
D(IS) M(ANIBVS)
PETILIVS AV
GVRINVS ET PE
TILIVS CAN
DIDVS PETILIO
SABINO PATRI
PIENTISSIMO ET
SECVNDA VXOR
Traduction
Aux dieux Mânes
pour Petilius Sabinus
leur père très dévoué
Petilius Augurinus
et Petilius Candidus
et son épouse Secunda
Commentaires

Fronton avec fleur encadré de
palmettes.

Monument dédié à Petilius Sabinus
par ses deux fils Augurinus et
Candidus, et son épouse Secunda.

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Partie supérieure d'une dalle de marbre réutilisée
La première inscription date du milieu du IIème siècle PCN,
la seconde du début du IIIème PCN
(H) 36,5 x (l) 28,5 x (P) 5,5
Première inscription
Texte
D(IS) M(ANIBVS)
CREPEREIO
HERENNI
ANO FILIO
DVLCISSI
MO [...]
Traduction
Aux dieux Mânes
A Crepereius Herennius fils très chéri [...]
Commentaires

Texte ponctué de feuilles de lierre.

Monument offert par un père à son fils Crepereius Herennius, mort prématurément.

Seconde inscription, sur l'autre face
Texte
D(IS) M(ANIBVS)
 NVNNVRIC(A)E
FILI(A)E DVLCISSI
M(A)E EPICTETVS
PATER CONTRA
VOTVM QV(A)E VI
XIT ANNIS
XVI (?) [...]
Traduction
Aux dieux Mânes de Nunnurica fille très chérie
Son père Epictetus contre son gré
Elle a vécu 16 (?) ans
[...]
Commentaires

Monument dédié par Epictetus à sa fille Nunnurica, décédée, semble-t-il, à 16 ans.

Le réemploi de cette dalle funéraire indique des conditions économiques locales
dégradées.

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Petit sarcophage de marbre
Début du IIIème siècle PCN
(H) 47 x (l) 112 x (P) 50
Texte
HIC EGO SVM POSITA IRENE
QVAE VIXI XVIII KAL(ENDAS) HANC MEI MI(HI)
MISER(A)E POSVER(VNT) ARKA(M) PARENTES
FELICISSIMVS AVG(VSTI) LIB(ERTVS) ET FVRFVLANA IRENE
Traduction
Me voici déposée ici
moi Irène
qui ai vécu 18 kalendes
Mes parents Felicissimus
affranchi d'Auguste
et Furfulana Irène
ont placé ce cercueil pour moi malheureuse
Commentaires

18  kalendes = 18 mois.

Urne dédiée à Irène par ses parents, un ex-esclave impérial, Felicissimus, et son épouse Furfulana Irène.

Les trois premières lignes reprennent une formule poétique relativement courante sur les monuments funéraires de cette époque.

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3.4. Le monument funéraire comme objet de lecture

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3.4.1. Contexte

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    Une croyance et deux coutumes nous fournissent la clé de la relation du Romain au tombeau.

La croyance en la présence de l'ombre (umbra) du mort dans son tombeau. Ombre, rappelons-le animée de sentiments bienveillants à l'égard des vivants.

Les tombeaux romains n'étaient pas rassemblés dans ces "villes ou villages des morts" que sont les cimetières modernes, situés à courte distance des agglomérations des vivants, certes, mais quand même à l'écart de celles-ci : ils bordaient les routes à la sortie des villes. Toute personne qui empruntait les uiae était sûre de passer, à un moment ou à un autre, entre une double rangée de monuments funéraires. Il y avait donc une proximité, voire un commerce plus grand et plus fréquent entre les morts et les vivants qu'à notre époque, où, pour entrer en contact avec les morts, il faut vraiment le vouloir. Cette proximité et ce commerce étaient suscités, notamment, par les inscriptions funéraires qui ornaient les tombes, interpellant les voyageurs ou les promeneurs. L'on peut imaginer ceux-ci s'arrêtant pour admirer un monument plus beau ou spectaculaire que les autres, lire une inscription frappante par l'élégance de son tracé, les qualités littéraires de son style ou l'intérêt de son contenu, pique-niquer, se reposer à l'ombre ou faire un peu de gymnastique dans ces petits parcs ou aires de sport qui entouraient parfois la sépulture d'un homme riche. Etait-on saisi d'une fringale de lecture ? On sortait de la ville pour se promener entre les tombeaux, véritable bibliothèque à ciel ouvert et gratuite : dans une société avec écriture plutôt que de l'écriture, les majuscules de ces textes relativement courts qu'étaient les inscriptions funéraires mettaient la lecture - ou le déchiffrement - à la portée de nombreuses personnes.

De nos jours, les inscriptions funéraires, rédigées par la famille ou les proches du défunt, traduisent, souvent en termes convenus, la douleur plus ou moins réelle des vivants : les règlements de compte avec un conjoint ou un parent particulièrement haï ou méprisé sont d'autant plus remarquables et choquants qu'ils sont rares ; en d'autres termes, l'on sait se tenir... A Rome, sauf dans le cas des mineurs d'âge ou de personnes mortes prématurément (voir les inscriptions dédiées à Euphrosynè, à Nunnurica, à la petite Irène et à Gauius et sa soeur), c'était le défunt qui, de son vivant, avait soigneusement composé sa propre épitaphe. Mieux : de nos jours, parler de sa mort, de ses funérailles et du sort qui sera réservé à son cadavre au mieux suscite la gêne, au pis constitue une preuve de mauvais gout et/ou d'idées morbides. Chez les Romains, par contre, parler de son futur tombeau et de son épitaphe était un sujet de conversation courant, et il était de bon ton de donner lecture de celle-ci à ses invités lors d'un diner ; l'on n'hésitait pas non plus à interroger un proche sur ses intentions en la matière : l'on pouvait ainsi juger de la justesse et du bon ton de l'épitaphe et rassurer l'intéressé sur le sort qui attendait sa mémoire publique. En effet, ce que disait avant tout l'épitaphe, ce n'étaient ni les sentiments plus ou moins éplorés de la famille et des amis, ni les regrets du défunt de quitter la vie, mais le statut et le rôle sociaux de ce dernier.


3.4.2. Que disaient les monuments funéraires ?

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D'abord le nom du défunt. Evidemment, direz-vous. Mais le nom romain précisait, parfois avec une remarquable indiscrétion, le statut social du personnage concerné : si L. Egnatius,  fils de Lucius, de la tribu Aniensis, pouvait se vanter d'être citoyen romain ingénu, c'est-à-dire né de père citoyen et d'une fille de citoyen, Gaius Sentius Phronimus, qui, pour nous, portait un nom romain comme un autre, pouvait difficilement dissimuler son origine servile aux yeux de ses contemporains : la consonance grecque de son surnom suffisait à l'identifier comme affranchi.

Ensuite, si le défunt avait exercé des fonctions publiques, l'épitaphe les détaillait, car c'était les services rendus à la cité qui comptaient dans la vie d'un notable romain. Notre L. Egnatius était sévir, et cela valait la peine d'être mentionné sur sa sépulture. Bien que ne figurant pas sur un monument funéraire, la dédicace à C. Nonius représente un beau témoignage de cette capitalisation des charges publiques. Notons que, parfois, l'on ne se contentait pas de mentionner la fonction la plus élevée, mais que la carrière tout entière du défunt était détaillée, pour la plus grande fierté de sa famille et de ses proches, et le ravissement des chercheurs modernes.

    Ce qui était visé ici, c'était la mémoire collective. Contrairement au Chrétien, le Romain païen ne croyait pas en une survie personnelle de l'âme dans un au-delà où seraient comptabilisés et sanctionnés péchés commis et bonnes actions accomplies sur terre : il ne serait plus qu'une ombre. Pour le reste, il estimait ne pouvoir rien affirmer de raisonnable sur ce qui l'attendait dans l'au-delà ; ce genre de spéculations ne l'intéressait d'ailleurs pas fort. Il pensait par conséquent que la seule immortalité résidait dans le souvenir que la communauté entretiendrait du défunt, et des bienfaits qu'il lui avait prodigués :

    "La mort est terrible pour ceux dont tout s'éteint avec la vie, mais non pour ceux dont la renommée ne peut périr."
(Cicéron, Paradoxe des Stoïciens, II, 18)
    Les épitaphes, qui contribuaient à entretenir et à garder vivace ce souvenir, étaient ainsi tournées à la fois vers le passé et l'avenir.

    Le passé du défunt l'inscrivait dans le mos maiorum, "coutume des ancêtres", ensemble d'attitudes mentales et de comportements particuliers à un lignage (gens), dans la chaine de mérites publics et privés qui le reliait à tous les ancêtres de sa gens, dans la vie politique, sociale et mentale de la cité. Lors de l'éloge funèbre d'un homme illustre aux Rostres,

    "tandis que le peuple entoure le cercueil, le fils du défunt - s'il a un fils majeur et si ce dernier se trouve à Rome - sinon quelqu'un de sa famille, monte à la tribun et rappelle les mérites du défunt et les exploits qu'il a accomplis durant sa vie. On revoit ce qu'il a fait, et cela n'est pas vrai seulement pour ceux qui ont participé à ses exploits, mais aussi pour tous les autres. Telle est alors l'émotion ressentie par tous que le deuil frappant la famille est comme le deuil de la cité tout entière."
(Polybe, Histoire, VI, VII, 53)
    Mais ce passé alimente l'avenir, car, longtemps après sa mort, le mort laissera un souvenir dans la mémoire, non seulement de ses proches, mais aussi et surtout des générations à venir :
    "Des milliers d'années et des milliers de races se lèveront dans l'avenir, ce sont elles qu'il faut regarder, car si la gloire donne du prix à la vertu, elle ne saurait périr. Sans doute les propos de la prospérité ne nous toucheront point, mais bien que nous n'y soyons plus sensibles, on nous honorera plus tard ; on parlera de nous."
(Sénèque, Lettres, 79, 14-17)
    La société romaine était une société du face-à-face, où tout le monde s'estimait en droit de commenter le comportement d'autrui. Vu par le petit bout de la lorgnette, cela donnait rumeurs et ragots d'autant plus vrais qu'ils sont invérifiables. Mais Sénèque élève la perspective de ce regard collectif pour l'étendre à l'humanité du futur : d'un futur très lointain, d'une humanité qui n'est plus seulement romaine. Cette vision grandiose parait étrangère à ce pragmatisme terre-à-terre que nous attribuons volontiers et sans trop réfléchir à l'esprit de ces Romains obtus ; en fait, elle est très romaine. Rapprochons-la de l'acquisition de la citoyenneté : l'étranger qui devenait citoyen romain n'accédait pas directement à la citoyenneté entière et complète, mais s'en voyait conférer d'abord des formes inférieures, droit latin ou citoyenneté sans droit de vote ; la citoyenneté complète, c'était son fils ou l'un de ses descendants qui l'acquerrait. L'homme romain travaillait donc pour l'avenir :
    "La création d'une famille, la perpétuation de notre nom, l'adoption des enfants, le soin apporté aux testaments, les monuments mêmes des tombeaux avec leurs inscriptions, que nous font-ils entendre, sinon que notre pensée s'étend jusque dans l'avenir."
(Cicéron, Tusculanes, I, 14)
    Cette mémoire des mérites servait en outre d'exemple aux jeunes générations :
    "Pour un jeune homme qui aspire à la renommée et à la valeur, il est difficile d'assister à un spectacle (= les funérailles d'un grand homme) plus beau que celui-là, plus capable de stimuler en lui le courage et la vertu."
(Polybe, Histoire, VI, VII, 53)
    Dans les grandes familles, cette stimulation aux vertus propres à faire un grand serviteur de l'Etat était renforcée quotidiennement par le spectacle des masques des ancêtres glorieux exposés bien en vue dans l'atrium.

Cette représentation majestueuse de la mémoire collective, qui reflète une idéologie somme toute aristocratique, celle des couches les plus élevées de la population, est à l'origine d'inscriptions funéraires quelque peu raides et compassées, traduisant de la part du notable l'autosatisfaction de l'homme de devoir et d'honneur animé du désir d'imposer post mortem une image valorisante de soi. Mais tout un autre corpus nous laisse entrevoir une autre relation au lecteur.

    Nous avons remarqué que le monument à Euphrosynè entamait un dialogue avec celui-ci : "HAVE ... VALE" , ces salutations étant celles que le passant adresse à la jeune défunte. L'âme du mort qui, ne l'oublions pas, est censée être présente dans le tombeau, se montre familière et aimable, parfois souriante avec le passant, l'incitant à se reposer auprès de sa sépulture, lui souhaitant bon voyage et de longues années de vie, lui demandant un bonjour, une pensée, le remerciant d'avance des fleurs déposées sur son tombeau.

    "On a placé Lollius sur le bord de cette route pour que les passants lui disent : 'Bonjour Lollius' !"

    "Salut, Fabianus !
    - Que les dieux vous accordent leurs bienfaits, les amis ! Et vous voyageurs, que les dieux vous soient propices, à vous qui vous arrêtez près de Fabianus. Allez et revenez sains et saufs. Vous qui me jetez des fleurs, vivez de nombreuses années !"

    Le défunt profite parfois de l'occasion pour donner une leçon de vie à son interlocuteur, tirant souvent une morale fataliste et/ou désabusée de son séjour sur terre. Puisque le corps partira en poussière, puisque l'on ne peut rien affirmer sur ce qui viendra après la mort, puisque le temps qui nous est imparti est si court, autant ne pas se soucier de l'au-delà et se résigner à son sort :
   "J'ai vécu et l'espace de temps que la fortune n'avait donné, je l'ai accompli."
    Cette résignation et cette indifférence se traduisent même sur certaines pancartes funéraires en initiales stéréoptypées :
    N.F.F.N.S.N.C. = Non Fui, Fui, Non Sum, Non Curo = Je n'étais pas, je fus, je ne suis plus, je ne m'en occupe pas."
    Ce nihilisme n'est pourtant pas paralysant : nous ne sommes pas dans une pièce de Beckett. Il s'associe, surtout dans les périodes de troubles, à un appétit effréné de jouissances. La vie est brève, l'au-delà ne nous apportera rien, autant en profiter tant que l'on est sur terre :
    "J'ai vécu chichement tant qu'il m'a été donné de vivre, alors je vous conseille de prendre plus de plaisirs que je n'ai fait. C'est ça, la vie : on arrive jusqu'ici, et pas plus loin. Aimer, boire, aller au bain, voilà la vraie vie : après, il n'y a plus rien. Je n'ai jamais suivi, moi, les conseils de quelque philosophe. Méfiez-vous des médecins, ce sont eux qui m'ont tué."
    Rechercher le plaisir, mais sans illusion, et rester conscient de la précarité de l'existence humaine, tel est  la leçon qu'illustrent et enseignent, de manière bien plus saisissante, des mosaïques et des vases à boire mettant en scène des squelettes buvant et jouant de la lyre :
    "La jouissance est le bien suprême."
Enfin, et ce n'est pas le moins drôle pour nous, il arrivait que le défunt règle ses comptes par le truchement de son inscription funéraire, offrant ainsi la cible à l'opprobre public. Nous avons vu il y a un instant un défunt attribuer sa mort à l'action des médecins en général. Il n'était cependant pas rare que la personne ainsi désignée publiquement du doigt soit citée nommément : tel ami, fils ou affranchi ingrat, telle fille déshéritée pour conduite indigne, telle femme accusée d'avoir empoisonné un bébé. Le défunt ou ses proches exhalaient parfois leur colère ou étalaient leurs malheurs en longues plaintes qui sembleraient aujourd'hui quelque peu ridicule et indignes d'une pierre tombale, comme sur celle de l'éleveur Iucundus, de Mayence :
    "Voyageur, qui que tu sois, si en passant tu lis ces lignes, arrête-toi. Apprends comme je fus arraché à la vie de manière igominieuse. Je n'ai pu vivre plus de trente ans : un esclave m'ôta la vie et lui-même se jeta dans le fleuve. Le Main l'enleva, lui qui avait ôté la vie de mon maitre."

3.5. Fêtes des morts romaines

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    Elles s'organisaient en deux grands cycles opposés par l'attitude que l'on prêtait aux Mânes.


3.5.1. Parentalia :  Idibus februariis - a.d. IX Kalendas Martias NP  = du 13 au 21 février - jour néfaste p(ublic ?)
                  Feralia : a.d. IX Kalendas Martias F = 21 février - jour faste
                 Caristia : a.d. VIII kalendas martias C = 22 février - jour comitial

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    Durant cette période, on célébrait une neuvaine en l'honneur des parents défunts : il s'agissait des dies parentales, ou dies ferales, le verbe parentare signifiant "célébrer une cérémonie funèbre, faire un sacrifice en l'honneur d'un mort" (Félix Gaffiot), "faire parentes, traiter en parentes" (Georges Dumézil), et feralis, "qui a rapport aux Dieux Mânes, funèbre, qui a rapport aux morts" (Félix Gaffiot).

Les rites publics : la Grande Vestale offrait un sacrifice funéraire au nom de l'Etat romain le premier jour de la neuvaine, période durant laquelle les magistrats ne portaient pas leurs insignes, les temples restaient fermés, les feux ne brûlaient pas sur les autels et il était interdit de célébrer les mariages : ces jours étaient classés comme religiosi, c'est-à-dire déclarés particulièrement néfastes par décret du Sénat, donc impropres à toute activité, qu'elle soit privée, publique ou religieuse.

Les rites privés : Durant la neuvaine, les vivants s'occupent de leurs morts, qui "remontent et errent ça et là et se repaissent des mets qu'on leur a servis" (Georges Dumézil), et ne semblent pas vouloir inquiéter les vivants.

    Le dernier jour, aux Feralia, l'on se rend sur les tombes, que l'on décore de couronnes et l'on offre un festin simple de blé, de sel, de pain trempé dans du vin et l'on répand des violettes.

    Le lendemain, toute la famille se réunit pour célébrer les dieux Lares et confirmer, lors d'un repas, la bonne entente de tous ses membres dans le souvenir des ancêtres décédés : cette fête s'appelle Caristia, ou Cara cognatio, "chère parenté". Pour citer les Fastes d'Ovide :

     "C'est  un réconfort, en quittant les tombeaux de ceux de nos proches qui sont morts, de reporter aussitôt nos regards vers les vivants... et de regarder  tout ce qui reste de notre sang... L'encens est offert aux dieux familiaux et à Concorde, le vin coule en l'honneur des Lares à la tunique retroussée."
    Une autre cérémonie, plus étrange cette fois, se déroulait à cette occasion, en l'honneur de Tacita, la Mater Larum. Plutôt que de le paraphraser lourdement, je cite Michel Meslin :
     "Des jeunes filles s'assemblent autour d'une vieille femme. Celle-ci, avec trois doigts, place trois grains d'encens sur le seuil de la maison, en offrande aux esprits de ce "passage". Elle attache une poupée de plomb avec des fils sur lesquels elle a prononcé des formules magiques. Elle tourne sept fèves noires dans sa bouche. Puis elle coud et rôtit une tête de sardine préalablement enduite de poix et transpercée par une aiguille de bronze. Après avoir répandu quelques gouttes de vin, elle partage le liquide restant entre elle et les jeunes filles, avant de prononcer la formule solennelle : "Nous avons lié les langues ennemies et les bouches hostiles."
                                                                                                                       (Michel Meslin,  L'homme romain)
    Se mêlent ici plusieurs symboliques : les fèves noires sont aussi utilisées lors des Lemuria, pour chasser les Mânes menaçants ; la sardine servait à la procuration de la foudre ; clouée et cousue, elle représente les bouches des médisants que l'on fait taire ; ceux-ci sont assimilés, par le silence, aux morts, d'où le symbole des poupées de plomb entravées. Le rite sert donc à se protéger des mauvaises langues durant toute l'année à venir, en rejetant les médisants dans le silence de la mort.

3.5.2. Lemuria : a.d. VII Idus Maias - a.d. V Idus Maias - a.d. III Idus Maias N = 9, 11 & 13 mai - jours néfastes

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    Mais les Mânes n'étaient pas toujours aussi aimables...

    A trois reprises au cours du mois de mai, les 9, 11 et 13, les ancêtres, sous la forme de Lemures, sortaient de leurs sépultures pour réinvestir silencieusement leurs anciennes demeures. Cette présence des revenants était ressentie par les vivants comme intrusive, inquiétante, voire menaçante : l'on craignait que les Lemures ne se saisissent de l'un des membres de la maisonnée pour l'emporter dans leur monde. Il fallait donc "racheter" ceux-ci et chasser ceux-là des habitations. Plutôt que de paraphraser lamentablement un grand auteur, je vous livre ce que dit Ovide de ce rite :

    "Vers le milieu de la nuit, quand le silence favorise le sommeil, quand les chiens et les divers oiseaux se sont tus, l'homme qui n'a pas oublié les anciens rites et qui craint les dieux se lève. Ses deux pieds sont sans chaussures. Faisant claquer ses doigts réunis contre le milieu de son pouce, il se signale, pour éviter qu'une ombre légère, s'il marchait sans bruit, ne surgît devant lui. Trois fois, il se lave les mains dans l'eau d'une fontaine ; il se tourne et prend dans sa bouche des fèves noires qu'il crache ensuite derrière lui en disant : "Je jette ces fèves ! Par ces fèves, je me rachète, moi et les miens !" Il répète cette formule neuf fois, sans regarder derrière lui : on pense que l'ombre ramasse l'offrande et, invisible, le suit. De nouveau il touche l'eau, fait tinter un objet de bronze et prie l'ombre de sortir de sa maison. Par neuf fois, il dit encore : "Mânes de mes pères, sortez !" Alors seulement il se retourne, convaincu qu'il a correctement accompli les rites."
(Ovide, Fastes, 429-444)


 
Plus d'informations sur le calendrier romain
Fasti

4. Dédicaces religieuses

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Plaque de marbre
Epoque d'Auguste
(H) 24 x (l) 109 x (P) 5
Texte
PANTHEVM SACRVM
L(VCIVS) VICRIVS CYPAERVS SEXVIR
ET SEXVIR AVGVSTALIS
Traduction
Objet sacré de Panthée
Lucius Uicrius Cypaerus, Sévir
et Sévir augustal
Commentaires

Sévir (seuir, sexuir) = membre d'un collège de six hommes, à compétences religieuses.
Un sévir augustal (augustalis, sexuir augustalis) était un sévir préposé au culte de l'Empereur.
La fonction de sévir est mal connue : elle impliquait des compétences cultuelles, et peut-être civiles. Elle était fréquemment exercée par
des afffranchis, pour qui elle devait constituer un témoignage d'ascension sociale. En l'occurence, la consonance grecque du surnom
Cypaerus semble bien indiquer l'origine servile de L. Uicrius.

Celui-ci avait fait don soit d'une petite enceinte sacrée avec un autel (sacellum), soit d'un signum, statue ou image peinte.

Panthée  = "tous les dieux".

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Deux autels en marbre dédiés à Iupiter Dolichenus
Fin du IIème - début du IIIème siècle PCN
Autel offert par Titus Flauius Galata Eutychès
(H) 102 x (l) 44 x (P) 41
Texte
I(OVI) O(PTIMO) M(AXIMO)
DOLICHENO
T(ITVS) FLAVIVS
GALATA
EVTYCHES
PRO SALVTE
AMARANTI
LIB(ERTI) SVI
V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO)
SUB C(AIO) IVLIO FLACCO
SACERDOT(E)
Traduction
A Iupiter Très bon Très grand Dolichenus
Titus Flauius Galata Eutychès a acquitté son voeu
de bon gré comme de juste
pour le salut d'Amarantus son affranchi
sous le sacerdoce de Gaius Iulius Flaccus
Second autel, offert par Titus Flauius Amarantus
(H) 100 x (l) 48 x (P) 48
Texte
I(OVI) O(PTIMO) M(AXIMO)
DOLICHENO
PRO SALVTE
T(ITI) FLAVII
VIATORIS
FILI SVI
T(ITVS) FLAVIVS
AMARANTVS
V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO)
SUB C(AIO) IVLIO FLACCO
SACERDOT(E)
Traduction
A Iupiter Très bon Très grand Dolichenus
Titus Flauius Amarantus a acquitté son voeu
de bon gré comme de juste
pour le salut de son fils Titus Flauius Uiator
sous le sacerdoce de Gaius Iulius Flaccus
Iupiter Dolichenus

Dolichenus : de Dolikhè, ville de Commagène, région comprise entre
la Cilicie à l'ouest, la Cappadoce au nord et la Mésopotamie à l'est.
En d'autres termes, ce pays entre le Taurus et le haut-Euphrate
constituait une zone de transit entre l'Anatolie, le couloir syro-palestinien
et la Mésopotamie.

A l'origine, il s'agissait d'un Ba'al syrien, monté sur un taureau, cuirassé,
armé d'une double hache et du foudre. Deux caractéristiques principales
facilitèrent son identification à Iupiter O(ptimus) M(aximus) : il était dieu
de l'orage et Seigneur (phénicien Ba'al, akkadien bêlu). D'allure
guerrière, il était particulièrement révéré dans les milieux militaires.

Il s'inscrit dans cet ensemble de divinités orientales qui, tranchant avec la
froideur et le formalisme de la religion civique traditionnelle, s'adressent
personnellement à leurs fidèles pour leur promettre salut, consolation,
révélation, régénération et bonheur dans l'au-delà : Isis, Sérapis, Cybèle,
Astarté, Ba'al-Hadad, Ba'al-Shamin et le Ba'al d'Emèse.

Son culte était devenu assez important pour qu'il dispose à Ariminium
d'un collège de prêtres présidé par un sacerdos éponyme, ici C. Iulius Flaccus.

Commentaires

Deux documents parallèles : les autels ont été offerts afin d'acquitter des
voeux faits à Iupiter Dolichenus, pour la santé, dans le premier cas,
d'Amarantus, dans le second, de Uiator.

Celui qui fait le lien entre les deux monuments est T. Flauius Amarantus :
lors de la rédaction de la première dédicace, il était sans doute encore
esclave de T. Flauius Galata ; il fut affranchi par celui-ci, et c'est sous ce
statut qu'il dédia le second autel pour son fils T. Flauius Uiator.

Comme l'indique son surnom, Galata était lui-même un affranchi, en
l'occurence de la gens Flauia.

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5. Un chapiteau corinthien et son modèle

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Acanthe

Bon à savoir
le système d'appellation des individus à Rome

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    Le système de nomination des individus est révélateur d'une société. Ainsi il n'est pas indifférent qu'en francophonie européenne, la personne soit désignée par un prénom et un nom de famille (Ex : Nestor Burma), mais que s'y intercale, en russe, le patronyme (Ex : Fiodor Mikhaïlovitch - fils de Michel - Dostaïevskii), et aux Etats-Unis, le nom de famille de la mère (Ex : William Tecumseh Sherman) : le premier système proclame l'autonomie de la personne, le deuxième l'inscrit strictement dans la filiation paternelle, le troisième dans la lignée paternelle et maternelle.

    A Rome, point besoin de carte d'identité pour évaluer avec précision le statut social d'un individu : il suffisait de lui demander son nom complet.


Premier cas : les tria nomina : P + NG + C

    Tout citoyen romain a droit aux trois noms :

Un prénom (praenomen) : choisi par le père, obligatoirement dans la liste suivante, donnée ici dans l'ordre alphabétique des abréviations :  

Abréviation
Prénom Abréviation Prénom
Abréviation
Prénom
A.
Aulus
L.
Lucius
Q.
Quintus
App.
Appius
M.
Marcus
S. ou Sex.
Sextus
C.
Gaius
M'
Manius
Ser.
Seruius
Cn.
Gnaeus
Mam.
Mamercus *
Sp.
Spurius
D.
Decimus
N. ou Num.
Numerius *
T.
Titus
K.
Kaeso *
P.
Publius
Ti. ou Tib.
Tiberius

    * Les prénoms marqués d'une astérique étaient peu usités.

Un nomen gentilicium, "gentilice" ou nom de la gens, "lignage" composé de tous les descendants d'un ancêtre commun, historique ou légendaire.  Le gentilice est marqué par le suffixe -ius.
 Exemples : Ualerius, Iulius, Fabius, Cornelius, Aemilius.

Un surnom (cognomen) : à l'origine, il s'agissait d'un sobriquet désignant
- une particularité physique : Ahenobarbus, "Barberousse", Nasica, "Au nez mince et pointu", Uerrucosus, "Verruqueux", Crassus, "Epais", Cincinnatus, "Frisé", Cicero, "Pois chiche" (soit verrue, soit grain de beauté) ;
- une caractéristique morale : Brutus, "Imbécile", Lentulus, "Un peu lent", Magnus, "Grand", Corculum, "Sagesse", Lepidus, "Charmant", Ouicula, au caractère doux comme une "Petite brebis", Cato, "Finaud" ;
- des attitudes, manies, tics : Gurges, "Glouton", Bibulus & Potitus, "Buveur", Tremulus, "Agité".

    Le surnom finit ainsi par devenir l'élément des tria nomina qui individualisait le mieux la personne.

    Notons que le fils ainé, destiné à prendre en charge la patria potestas de son père au décès de celui-ci, se voyait attribuer ses trois noms.


Deuxième cas : et si une gens comporte plusieurs branches ? P + NG + C1 + (CEU)

    Il arrivait qu'une gens se divise en plusieurs branches (stirpes). Dans ce cas, le cognomen devenait héréditaire, et servait à désigner une stirps particulière de la gens. Ainsi, les Cornelii se divisaient en différentes branches : Dolabella, Scipio, Sulla. Certaines personnes se voyaient alors attribuer soit un second cognomen honorifique (cognomen ex uirtute), tels que Macedonicus, Asiaticus ou Africanus, rappelant des victoires militaires, soit un sobriquet (signum) permettant de distinguer les individus (Cn. Cornelius Scipio Asina, "Ane", et Cn. Cornelius Scipio Calvus, "Chauve").

    Dans certains cas, le cognomen ex uirtute était attribué avec une valeur ironique : ainsi, M. Antonius, père du triumvir Marc Antoine, chargé de la lutte contre la piraterie en 74 ACN, commença par piller la Sicile avant de se faire étriller par les pirates de Crète, avec qui il fut forcé de conclure un armistice lamentable ; à cette occasion, il gagna glorieusement le surnom de Creticus, "Crétois."

    Les différentes branches se subdivisant elles-mêmes en sous-branches, les surnoms et sobriquets se transmettaient également de père en fils. Par exemple, le sobriquet  Nasica finit par désigner une sous-branche des Cornelii Scipiones. La liste des cognomina avait alors tendance à s'allonger : le nom complet de Fabius "le Temporisateur" était Q. (P) Fabius (NG) Maximus (C1) Uerrucosus (C2) Ouicula (C3) Cunctator (CEU). Certaines gentes pratiquaient ainsi une véritable capitalisation des mérites des ancêtres : un magistrat du début de l'Empire n'alignait pas moins de 37 cognomina.


Troisième cas : et si l'on était adopté ? P + NG + C1 + C2 en -anus + (CEU)

    L'adoption n'était pas rare à Rome, et plus particulièrement dans la nobilitas, où elle permettait, non seulement d'assurer la continuité de la famille, mais aussi de tisser des liens politiques. Dans ce cas, l'adopté prenait les tria nomina de celui qui l'adoptait. Cependant, afin de ne pas être confondu avec un fils ainé, il ajoutait un second cognomen en -anus dérivé de son ancien nomen gentilicium. Le cas le plus connu est celui de P. Cornelius Scipio Aemilianus : petit-fils de L. Aemilius Paulus qui périt à Cannes et fils du vainqueur de Pydna, il fut adopté par le fils ainé de Scipion l'Africain. Suite à la prise de Carthage et de Numance, son nom complet était donc P. Cornelius Scipio Aemilianus Africanus Numantinus.


Quatrième cas : les femmes

Prénom : à l'origine, il rappelait une caractéristique physique, plus particulièrement la chevelure (Antilia, "Casque d'or", Rodacilla, "Flamboyante") ou les yeux (Caesellia, "Fille aux yeux pers"). Cet usage, qui définissait la femme comme elle était vue de l'extérieur, s'effaça devant l'habitude de féminiser les prénoms masculins (Gaia, Lucia, Publia,...), démonstration supplémentaire du fait que l'homme était la référence sociale.

Nom : le prénom lui-même devint d'usage de plus en plus rare : l'on ne donnait plus aux filles que le nomen gentilicium féminisé (les filles de César et d'Aurelia se nommaient toutes deux Iulia) suivi éventuellement d'un surnom, comme les filles de Iulius Bassianus, Iulia Domna (épouse de Septime Sévère) et Iulia Maesa. La recherche du surnom témoignait parfois d'une remarquable originalité : les deux filles de Marc Antoine et d'Octauia s'appelaient respectivement Antonia Major et Antonia Minor...


Cinquième cas : l'étranger ou l'esclave qui devenaient citoyen romain : P + NG + AN

    Il prenait le prénom et le nomen gentilicium de celui qui lui avait conféré la citoyenneté, qu'il faisait suivre de son ancien nom. Deuix exemples : le notable celte Gedemon, fait ciuis romanus par C. Iulius Caesar, devint C. Iulius Gedemon. L'esclave Pallas, affranchi de la gens Antonia, s'appela désormais M. Antonius Pallas,  et forma avec Callixte, Polybe et Narcisse le quatuor de choc d'affranchis impériaux, ambitieux forcenés et brillants fonctionnaires, qui administraient l'Etat sous Claude.

    Le cas d'une dynastie de notables gaulois de Transalpine permet de suivre le processus de romanisation des populations locales : l'arrière-grand-père, Epotsorovidos, était encore un pur celte ; son fils, Catuaneunos, fait citoyen romain par C. Iulius Caesar, prit le nom de C. Iulius Catuaneunos ; si son petit-fils, C. Iulius Agedomopas, portait encore un cognomen celtique, son arrière-petit-fils, qui offrit l'arc de Saintes en 19 PCN, était complètement romanisé, comme l'indique son surnom : C. Iulius Rufus ("Le Roux").

    L'affranchi d'une femme prendra le nomen gentilicium de celle-ci, et comme les femmes n'ont pas/plus de prénom, celui du père de son ancienne propriétaire : ainsi, un affranchi de Livie, seconde épouse d'Auguste et fille de M. Liuius, s'appelait-il M. Liuius Menophilus.


Sixième cas : l'enfant né hors du mariage légal   

    N'ayant pas de père légalement reconnu, il porte évidemment le gentilice de sa mère.

    On lui trouve une filiation imaginaire qui souligne sa qualité de bâtard : sa fiche d'état-civil mentionne Spurii filius, "fils de Spurius", prénom qui ne trompe personne, Spurius signifiant "bâtard", comme dans cet exemple cité par Michel Meslin : C. Mamercius Ianuarius, enfant naturel de Mamercia Grapta, porte le gentilice de sa mère, suivi de la mention Spurii filius.


Septième cas : l'esclave : N + "esclave de X"

    L'esclave étant, au regard de la loi, une chose, il ne porte, comme les animaux, de nom qu'à partir du moment où il commence à servir. Ce nom, choisi par son maitre, a souvent une consonance grecque, et il est suivi de la mention "esclave (Seruus abrégé en S.) d'Untel". Par exemple, un autel funéraire d'Ariminium fut offert par MARTIALIS M(ARCI) ATONI PRIMIGENI, "Martialis (Esclave de) Marcus Atonius Primigenius".

    Successus Publicus Ualerianus illustre deux cas particuliers : le gentilice en -anus indique qu'avant de devenir esclave de l'Etat (Publicus), Successus fut la propriété de Ualerius.


Les mentions d'état-civil : filiation & tribu

    En théorie, les inscriptions et documents officiels mentionnaient :

la filiation, sous la forme "Fils de" + le prénom du père abrégé. Par exemple, S. Filius pour Sexti Filius.

En ce qui concerne l'affranchi, l'indication de filiation est remplacée par "affranchi (libertus abrégé en L.) de" + le prénom de l'ancien maitre abrégé.
Ainsi, l'un des donateurs d'un monument funéraire de Rimini était Q(VINTVS) OVI(VS) Q(VINTI) L(IBERTVS) BAR(GATES), soit "Q. Ouius Bargates, affranchi de Quintus."

Nous avons vu dans le septième cas que le nom de l'esclave était suivi de la mention "esclave d'Untel".

Lorsque la femme était de bonne famille, la coutume précisait le nom du mari et/ou du père :
Caecilia Metella Q(uinti) Caecilii Cretici F(ilia) Crassi (uxor), soit "Caecilia Metella, fille de Q. Caecilius (Metellus) Creticus, épouse de Crassus."

la tribu , l'une des 35 circonscriptions électorales où était inscrit le citoyen, mentionnée elle aussi, en abrégé : Arn. pour Arnensis.
    En voici la liste : 

Aemilia Cornelia Maecia Publilia Stellatina
Aniensis Esquilina Menenia Pupinia Suburana
Arnensis Fabia Oufentina Quirina Teretina
Claudia Falerna Palatina Romilia Tromentina
Camilia Galeria Papiria Sabatina Velina
Crustumina Horatia Pollia Scaptia Voltinia
Collina Lemonia Pomptina Sergia Veturia/Voturia

Les indications de filiation et de tribu se plaçaient, en abrégé,  entre le nomen et le cognomen :
la dalle offerte à Gaius Nonius Caepianus mentionne C(AIO) NONIO C(AI) F(ILIO) AN(IENSI) CAEPIAN(O), soit "à C. Nonius Caepianus, fils de Gaius, de la tribu Aniensis."


 

Pour en savoir plus sur Rimini
Comune di Rimini
 http://www.comune.rimini.it/
Riminiturismo
 http://www.riminiturismo.it/

Bibliographie

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Jacqueline Champeaux, La religion romaine, Le Livre de Poche, Coll. "Références", 1998

Eugen Cizek, Mentalités et institutions politiques romaines, Hachette, Coll. "Pluriel", 1990

Peter Connolly, The Roman Army, Mcdonald Educational, 1980

Jean H. Croon, Encyclopédie de l'Antiquité classique, Séquoia, 1962

Félix Gaffiot, Dictionnaire illustré latin-français, Hachette, 1934

Michel Meslin, L'homme romain, Editions Complexe, 1978

Paul Petit, Histoire générale de l'Empire romain, 3 volumes, Seuil, Points/Histoire, 1974

Rimini antica, Il Lapidario romano, A cura di Angela Donati, BCM Rimini, Musei guide 1, 1981

Jean-Noël Robert, Rome, Guide Belles Lettres, 1999

Jean-Michel Thibaux, Pour comprendre la Rome antique, La Rome antique en 3000 définitions, Pocket, 2001

Paul Veyne, "L'Empire romain", dans Histoire de la vie privée, 1. De l'Empire romain à l'an Mil, Sous la direction de Philippe Ariès & Georges Duby, Seuil, Points/Histoire, 1999


 

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