Museo della Città Il Lapidario romano Photos : Anne Wargnies, Sylvie, Stéphane & Daniel Vranckx |
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"Min.me
lès cayaus-ont 'ne sakwè z-a nos dire"
(Ouest-wallon
: "même les cailloux ont quelque chose à nous dire")

Pas
envie de voir tout le bazar ? Cliquez sur un lien pour aller à la
section désirée![]()
2. Inscriptions officielles & honorifiques
Panneau en grès
- Début du Ier siècle ACN
Dalle en pierre
locale - Ier siècle ACN
Borne
miliaire en pierre calcaire - 2 ACN
Plaque
de marbre avec texte martelé - 93 PCN
Fragment
d'élément de revêtement monumental - Début du
IIème siècle PCN
Partie
supérieure d'une base, peut-être de statue à T. Aurelius
Fuluius Antonius Pius - Milieu du IIème siècle PCN
Grande
base retaillée pour former une dalle - IIème siècle
PCN
Base de marbre - Milieu
du IVème siècle PCN
3.1. Rituels
funéraires romains
3.2.
Dii Manes
& umbra
3.3. Inscriptions
funéraires d'Ariminium
Stèle
en pierre calcaire locale - Tout début du Ier siècle PCN
Trois
rangées de blocs d'un monument funéraire - Tout début
du Ier siècle ACN
Rangée
de blocs de grès appartenant à un monument funéraire
- Premières décennies du Ier siècle ACN
Bloc
de pierre calcaire destiné au couronnement d'un monument funéraire
- Fin du Ier siècle ACN au plus tard
Stèle
de marbre - Fin du Ier siècle PCN
Urne
cinéraire en marbre - IIème siècle PCN
Autel
funéraire en marbre - IIème siècle PCN
Autel
en marbre - IIème siècle PCN
Stèle
en marbre - IIème siècle PCN
Autel
funéraire en marbre - Fin du IIème siècle PCN
Stèle
en marbre - Fin du IIème siècle PCN
Partie
supérieure d'une dalle de marbre du milieu du IIème siècle
PCN réutilisée au début du IIIème PCN
Petit
sarcophage de marbre - Début du IIIème siècle PCN
3.4. Le
monument funéraire comme objet de lecture
3.4.1.
Contexte
3.4.2.
Que
disaient les monuments funéraires ?
3.5. Fêtes
des morts romaines
3.5.1.
Parentalia
- Feralia - Caristia
3.5.2.
Lemuria
Plaque de
marbre - Epoque
d'Auguste
Deux
autels en marbre dédiés à Iupiter Dolichenus - Fin
du IIème/début du IIIème siècle PCN
5. Un chapiteau corinthien et son modèle
Bon à savoir : le système d'appellation des individus à Rome
![]()
Conventions
lexicales![]()
ACN
= avant Jésus-Christ
PCN = après Jésus-Christ.
Les parenthèses
explicitent les abréviations ou les tournures elliptiques.
Exemples : M = M(ARCVS).
TRIBVNICIA POTESTATE = (revêtu de la)
puissance tribunicienne.
Les crochets reconstituent
les parties manquantes ou endommagées de l'inscription.
Exemple : une dalle
portant l'inscription
MVRVUM
PVB est brisée après le "B". Le texte se reconstitue
en MVRVM PVB[LICVM].
(?) signale une leçon
incertaine.
[...] indique des
parties irrémédiablement perdues et impossibles à
reconstituer dans l'état actuel des connaissances.
Les dimensions sont
données en centimètres dans l'ordre hauteur (H) x largeur
(l) x profondeur (P).
![]()
Avant de commencer![]()
Les documents épigraphiques reproduits ici mentionnent les noms des individus à qui ou par qui ils étaient offerts. La société romaine étant une société du face-à-face (l'on vivait sous, par et pour le regard d'autrui et ses commentaires appréciateurs ou dépréciateurs), segmentaire (toute personne se trouvait intégrée dans un segment social : famille, lignage, tribu, centurie, ordre, cité) et de rôle (l'on s'attendait à ce que chacun se comporte en fonction de la place qu'il occupait dans la communauté : le patron devait protéger et assister ses clients, qui étaient tenus de lui montrer gratitude et respect), il était essentiel de pouvoir situer avec exactitude le statut social de chaque individu. C'est à cela que servait, entre autres, le nom.
Il sera donc utile que le lecteur se réfère de temps à autre à l'annexe consacrée au système d'appellation des individus à Rome.

dans l'ancien jardin du couvent des Jésuites, attenant à l'église de S. Francesco Saverio. Cette situation et la disposition des pierres permettent leur
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Via L. Tonini, 1 - Rimini Tél : 0541/21482 |
Début du Ier siècle ACN |
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C(AIVS) OBVLCIVS C(AI) F(ILII) M'(ANIVS) OCTAVIVS M'(ANII) [F(ILIVS)] DVOVIR(I) HOC OPVS FAC(IVNDVM) QVRAVERUNT |
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Gaius Obulcius fils de Gaius Manius Octauius fils de Manius Duovirs ont veillé à la réalisation de ce travail |
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Les Duumvirs (duumuiri),
ou Duovirs
(Duouiri) étaient les
magistrats suprêmes
municipaux, exerçant leur
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Ier siècle ACN |
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M(ARCVS) LIBVRNIVS L(VCI) F(ILIVS) [...] M(ARCVS) VETTIVS T(ITI) F(ILIVS) [...] EX D(ECVRIONEM) C(ONSVLTO) MVRVM PVB[LICVM] FAC(IVNDVM) CVR(AVERVNT) |
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Marcus Liburnius fils de Lucius [surnom et/ou fonction officielle ?] Marcus Uettius fils de Titus [surnom et/ou fonction officielle ?] ont veillé à la construction du mur public sur décision du conseil |
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Document complémentaire du
précédent.
Les
décurions,
anciens magistrats de la cité, en
formaient le conseil municipal, en quelque sorte l'équivalent
du Au Bas-Empire, ils tendirent à se cristalliser en aristocratie municipale héréditaire. |
2 ACN |
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PONTIFEX MAXIMVS [CO(N)S(VL)] XIII TRIBVNIC(IA) POTESTATE [X]XI[I] VIAM FLAMINIAM AB ARIMINIO AD FLVMEN TREBIAM MVNIENDAM CURAVIT VII |
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L'Empereur César Auguste Grand Pontife Consul pour la 13ème fois (Revêtu) de la puissance tribunicienne pour la 22ème fois a veillé à la consolidation de la Voie Flaminia d'Ariminium au fleuve Trébie 7 (miles d'Ariminium) |
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Borne remarquable par ses dimensions imposantes. Longeant le pied de l'Apennin, la Uia Aemilia
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93 PCN |
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IMP(ERATOR) CAESAR DIVI VESPASIAN(I) F(ILIVS) [DOMITIANVS AVG(VSTVS) GERMANICVS] PONTIFEX MAXIM(VS) TRIB(VNICIA) POTEST(ATE) XII IMP(ERATOR) XXII CO(N)S(VL) XVI CENSOR PERP(ETVVS) P(ATER) P(ATRIAE) FACIEND(VM) CVRAVIT |
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L'Empereur César Fils du divin Vespasien [Domitien Auguste Germanicus] Grand Pontife (Revêtu) de la puissance tribunicienne pour la 12ème fois (Proclamé) Empereur pour la 22ème fois Consul pour la 16ème fois Censeur perpétuel Père de la Patrie a veillé à la réalisation (de ce travail) |
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Ce document présente un bel exemple de damnatio
memoriae,
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Début du IIème siècle PCN |
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VI C A ASO Reconstitution plausible [IMPERATOR] VII C[O(N)S(VL) ...] [... PECVNIA SV]A A SO[LO...] |
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Empereur pour la sixième année Consul De ses biens à partir des fondations [a fait construire ?] |
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Magnifique exemple de capitales romaines.
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Partie supérieure d'une base, peut-être de statue à T. Aurelius Fuluius Antonius Pius ("Antonin le Pieux") Milieu du IIème siècle PCN |
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IMP(ERATORI) CAESAR(I) [D]IVI HADRIAN(I) [F(ILIO) DIVI T]RAIANI [PARTHICI N]EPOT(I) [...] |
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A l'empereur César (= Antonin le Pieux)
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A propos d'Antonin "le Pieux" : Gare au faux ami pius
!
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IIème siècle PCN |
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C(AIO) NONIO C(AI) F(ILIO) AN(IENSI) CAEPIAN(O) EQVO PVBL(ICO) EX QVIN[QVE] DECVRIS IVDICV[M] PRAEF(ECTO) COH(ORTIS) III BRITT[O] NVM VETERANOR[VM] EQVITATAE TRIB(VNO) LEG(IONIS) I AD[IV] TRICIS PIAE FIDELIS PRA[EF(ECTO)] ALAE I ASTVRVM PRAEPOS[ITO] NVMERI EQVITVM ELECTOR[VM] EX ILLYRICO C(AIVS) VALERIVS SATVRNINVS D[EC(VRIO)] ALAE I ASTVRVM PRAEF(ECTO) OPTIM[O] L(OCVS) D(ATVM) D(ECRETO) D(ECVRIONVM) |
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A Gaius Nonius Caepianus fils de Gaius de la tribu Aniensis Chevalier Membre d'une des cinq décuries de juges Préfet de la 3ème cohorte equitata de vétérans britanniques Tribun de la légion I Qui aide Dévouée Fortunée Préfet de l'aile I d'Asturiens Chef du détachement de cavaliers d'élite d'Illyrie Gaius Ualerius Saturninus Décurion de l'aile I d'Asturiens à un Préfet excellent Lieu concédé sur décret des Décurions |
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Ce document nous fournit un bel exemple d'état-civil complet. La gens
Nonia était répandue
dans toute l'Italie centrale et présente dans
Notre homme appartenait à l'ordre équestre : à
l'origine, celui-ci
C. Nonius a rempli des fonctions civiles et
militaires, ce qui
est typique
Un peu de vocabulaire militaire de l'Empire - Praefectus
: commandant d'une unité
d'environ 500 hommes (cohors)
Il est probable que ce monument fut offert par C.
Ualerius Saturninus
à
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Milieu du IVème siècle PCN |
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CNEO AQVILIO RO MANO EVSEBIO V(IRO) C(LARISSIMO) CONSVLARI FLAMI NIAE ET PICENI OB IN LVSTRIA EIVS MERI TA ET INSIGNIA BENE FICIA PATRONO DIGNISSIMO ORDO ARIMINENSVM |
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A Cneus Aquilius Romanus Eusebius Clarissime Consulaire de la Flaminia et du Picenum Pour ses services brillants et ses bienfaits remarquables A un patron très méritant L'Ordre des Ariminiens |
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Un personnage important : il était clarissime
(clarissimus,
"très brillant"),
Au Bas-Empire, les décurions, membres du conseil
municipal, s'appelèrent
|
"Non,
je ne mourrai pas tout entier."
Cortège
funéraire romain
Plaque
de calcaire
Amiternum
Ier
siècle ACN
Normalement, le plus proche parent recueillait le dernier soupir du mourant par un ultime baiser.
Les rites funéraires ne servaient pas seulement à procurer une dernière demeure au défunt, mais aussi à purifier les vivants de la contagion sacrée apportée par le contact avec la mort. Celle-ci était en effet ressentie par les Romains comme une souillure qui frappait toute la maison et ses habitants (familia funesta, "famille en deuil"), qui devaient s'en délivrer par les rituels appropriés.
En premier lieu, elle appelait le mort à haute voix, solennellement, par une conclamatio lugubre ; l'absence de réponse du défunt témoignait de son éloignement définitif. Le corps était ensuite lavé, parfumé et habillé d'une toge avant d'être exposé sur un lit de parade dans l'atrium de la maison durant troisà sept jours. Pendant ce temps, la maison était signalée à l'attention du public par des rameaux de pin ou de cyprès teints en rouge.
Passé ce délai, commençait la partie publique des funérailles (funus). Le décès avait été annoncé au temple de Libitina, déesse des morts. Un cortège se formait : accompagnés de porteurs de torches allumées, défilaient la famille en vêtements sombres, des musiciens, des pleureuses, des acteurs qui mimaient les travers et tics du défunt, et, pour les familles les plus nobles, des hommes portant les masques (imagines) et les insignes des ancêtres du défunt qui s'étaient illustrés au service de la cité par leurs mérites civils et militaires. Dans les grandes familles, ces masques, qui reproduisaient les traits du mort avec cette remarquable exactitude qui fait toute la beauté et la présence du portrait romain, étaient conservés dans un reliquaire disposé dans un endroit en vue de l'atrium, particulièrement honorés et exposés lors des grandes fêtes religieuses et des sacrifices publics. Ce cortège suivait un lit de parade sur lequel était disposé le corps du défunt placé sous un mannequin le représentant, et surmonté d'un baldaquin orné de signes astraux.
Si le mort était un personnage célèbre, le cortège faisait une halte au Forum, à la tribune aux harangues des Rostres, où, debout à côté du mort placé en position verticale, l'un de ses fils majeurs ou l'un des membres de la famille prononçait son éloge funèbre, rappelant ses mérites acquis au service de la cité.
Arrivé à l'extérieur de la ville, soit l'on inhumait, soit l'on incinérait le corps, les deux pratiques étant attestées concurremment. Dans le cas de l'incinération, l'on prélevait préalablement un doigt du cadavre, pour l'enterrer afin de satisfaire à la coutume ancestrale de l'iniectio glebae, "action de jeter de la terre sur" ; les cendres, recueillies dans une urne, étaient portées dans l'un des tombeaux qui bordaient les routes aux portes de la ville.
Suivaient alors les feriae denicales, cérémonies destinées à débarrasser la maison et ses habitants de la souillure de la mort : la première était balayée, les seconds, purifiés par le feu et l'eau, devaient observer quelques jours chômés : le deuil était même une excuse valable pour ne pas se présenter aux convocations du tribunal. Un banquet familial clôturait cette période de purification.
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Quels étaient alors le statut et le lieu de résidence du défunt dans l'au-delà ?
Les Romains, qui croyaient à une forme de survie après la mort, désignaient les âmes des défunts de deux termes :
Manes,
Dii
Manes : Les Mânes, ou Dieux Mânes, étaient
les âmes des morts, censées résider dans les profondeurs
de la terre. A priori, ils étaient bienveillants, ce qu'indique
l'étymologie du substantif, "les Bons". L'on disait donc "les
Dieux Mânes de X" pour parler de son âme.
Umbra
: le mort était aussi une "ombre" (umbra),
que les rites décrits dans le sous-chapitre
3.1. fixent dans son tombeau, où elle continue à vivre,
tout en descendant sous terre, dans le monde des morts.
Il y a contradiction, me direz-vous entre ces deux affirmations, le même être ne pouvant se trouver simultanément à deux endroits différents. N'oublions pas que nous sommes dans l'univers religieux, qui fonctionne suivant des règles parfois difficiles à comprendre pour les adeptes du logos et les descendants intellectuels des Sophistes que nous sommes. Un car de ces braves dames espagnoles qui pratiquent le tourisme religieux résoudra l'énigme : elles passent d'église en cathédrale et de basilique en chapelle, à travers l'Europe catholique, pour prier Marie. Pour elles, tout en résidant au ciel, la Madonne est présente simultanément dans chacun de ces lieux de culte, où elle assume en outre des fonctions, noms et aspects divers, voire opposés : en général blanche, couleur de peau commandée par la logique historique, elle peut être parfois être "noire", couleur qui l'inscrit dans la lignée des Grandes Mères. Il s'agit donc de ne rater aucune église où se pratique un culte d'importance de la Sainte Vierge, et ce afin de capitaliser les bénéfices religieux qu'elle apporte sous ses formes variées : toujours différente et douée du don d'ubiquité, elle reste toujours la même, celle qui réside au ciel pour intercéder en faveur des humains. Autre exemple : il m'est arrivé de rencontrer un Chrétien féru d'astronomie et d'observation nocturne des astres, qui prétend que l'on va "au ciel" après la mort. Apparemment, il parle du même ciel, et notre esprit vacille, et nous regardons notre homme comme un fou : comment peut-il, à propos de la même réalité physique, tenir deux discours contradictoires, l'un scientifique et rigoureusement analytique, l'autre métaphysique et fidéiste ? Le mystère trouve son explication dans l'évidence suivante, que notre homme n'éprouve pas le besoin de (se) formuler : ce n'est pas du même ciel qu'il parle, même si c'est le même qu'il montre, car son esprit fait bien la distinction entre le ciel de l'expérience matérielle et celui de la foi religieuse.
Nous verrons dans le sous-chapitre consacré aux fêtes des morts que les âmes pouvaient, à certains moments bien précis de l'année, remonter se mêler aux vivants. L'essentiel à retenir ici est que tout un commerce, le plus souvent empreint d'un grande familiarité, était ainsi possible entre ceux-ci et les Ombres.
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Tout début du Ier siècle PCN |
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L(VCIVS) EGNATIUS L(VCI) F(ILIVS) AN(IENSIS) SEX VIR V(IVVS) F(ECIT) IN F(RONTE) P(EDES) XII ET EGNATIA L(VCI) L(IBERTA) DICA VIVIT |
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Lucius Egnatius fils de Lucius de la tribu Aniensis Sévir a fait faire de son vivant (ce monument) de 12 pieds de front Et Egnatia Dica affranchie de Lucius Elle vit |
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Le bas-relief représente un buste masculin avec la tête
voilée.
Le monument funéraire de L. Egnatius et de son
affranchie Egnatia
Dica
L. Egnatius était sévir (seuir,
sexuir),
membre d'un collège de 6 personnes
12 pieds = 0,29 mètres X 12 = 3,48 mètres. |
Tout début du Ier siècle ACN |
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LIBERTEIS HISCE FECERE PATRONO Q(VINTVS) OVI(VS) Q(VINTI) L(IBERTVS) BAR(GATES) Q(VINTVS) NADIACVS Q(VINTVS) PILON(ICVS) Q(VINTVS) OVI(VS) C(AI) F(ILIVS) FREG(ELLANVS) HIC SEPV(LTVS) QVOD SVIS DEDIT APPARE(T) |
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Ces affranchis ont construit (ce monument) pour leur patron Quintus Ouius Bargates affranchi de Quintus Quintus Nadiacus Quintus Pilonicus Quintus Ouius Fregellanus fils de Gaius est enseveli ici Il est clair qu'il a accordé (la liberté) aux siens |
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Le plus ancien exemple d'épigraphie à Rimini. Monument dédié à Q. Ouius par ses affranchis
Bargates,
Nadiacus et Pilonicus.
"Il est clair qu'il a accordé (la liberté)
aux siens."
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Premières décennies du Ier siècle ACN |
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Zone inférieure : (H) 67,5 x (l) 122 x (P) 77 |
C(AI) MAECI T(ITI) PV(PI) L(IBERTE) SALVE |
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A Gaius Maecius petit garçon affranchi de Titus Salut |
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A noter le couronnement orné d'une frise de type dorique, avec
triglyphes et métopes ornées
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d'un monument funéraire Fin du Ier siècle ACN au plus tard |
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Fin du Ier siècle PCN |
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D(IS) M(ANIBVS) L(VCI) CANTI FORTVNATI CANTIA RESTITVTA CVM FILIO CON IVGI OPTIMO |
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Aux dieux Mânes de Lucius Cantius Fortunatus Cantia Restituta avec son fils pour un mari excellent |
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Joli fronton avec couronne de laurier, encadré de deux fleurs. Monument dédié par Cantia Restituta et son fils à
leur époux et
père |
IIème siècle PCN |
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D(IS) M(ANIBVS) L(VCI) ASINI POLI SECVNDVS ET ORPHAEVS LIB(ERTI) P(OSVERVNT) B(ENE) M(ERENTI) |
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Aux dieux Mânes de Lucius Asinius Polus Les affranchis Secundus et Orphaeus placèrent (cette urne) pour leur bienfaiteur |
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Couvercle de l'urne à double pente avec deux acrotères. Urne dédiée par les affranchis Secundus et Orphaeus à leur ancien maitre L. Asinius Polus. |
IIème siècle PCN |
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D(IS) M(ANIBVS) DERQVILIAE DANAES Q(VINTVS) DERQVILIVS FIDVS ET DERQVILIA VERECVNDA PATRONAE BENE MERENTI |
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Aux dieux Mânes de Derquilia Danaes Quintus Derquilius Fidus et Derquilia Uerecunda à leur patronne bienfaitrice |
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Couronnement avec motif à deux volutes. Monument dédié par les coaffranchis Fidus et
Uerecunda |
IIème siècle PCN |
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D(IS) M(ANIBVS) C(AI) CAVARI PRISCI AMICI OPTIMI MARTIALIS M(ARCI) ATONI PRIMIGENI |
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Aux dieux Mânes de Gaius Cauarius Priscus Excellent ami Martialis (Esclave de) Marcus Atonius Primigenus |
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Monument dédié par Martialis, esclave de M. Atonius, à C. Cauarius. |
IIème siècle PCN |
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HAVE D(IS) M(ANIBVS) EVPHROSYNE C(AIVS) SENTIVS PHRONIMVS ET SENTIA SATVRNINA PARENTES FILIAE PIENTISSIMAE VIX(IT) ANN(IS) XII D(IEBVS) XXVI VALE |
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Bonjour Aux dieux Mânes d'Euphrosynè Les parents Gaius Sentius Phronimus et Sentia Saturnina à une fille très respectueuse de ses devoirs Elle a vécu 12 ans et 26 jours Salut |
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Fronton avec fleur encadré de deux acrotères semi-circulaires. Monument dédié par les parents C. Sentius et Sentia
Saturnina, Notez l'ébauche de dialogue (HAVE ... VALE) avec le passant. |
Fin du IIème siècle PCN |
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D(IS) M(ANIBUS) GAVIAE SABINAE VIX(IT) ANN(IS) XXVII ET GAVIO PRIMO VIX(IT) ANN(IS) XIX FRATRIBVS M(ARCVS) GAVIVS PRIMITIVOS ET ANNAEA SORTITA PARENTES |
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Aux dieux Mânes A Gauia Sabina (qui) a vécu 27 ans et Gauius Primus (qui) a vécu 19 ans frères Les parents Marcus Gauius Primitiuus et Annaea Sortita |
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Sur la face gauche, un vase ; sur la face droite, un ours surmonté d'une hache. Monument dédié à Gauia Sabina, morte à 27
ans, et à son frère Gauius Primus,
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Fin du IIème siècle PCN |
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D(IS) M(ANIBVS) PETILIVS AV GVRINVS ET PE TILIVS CAN DIDVS PETILIO SABINO PATRI PIENTISSIMO ET SECVNDA VXOR |
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Aux dieux Mânes pour Petilius Sabinus leur père très dévoué Petilius Augurinus et Petilius Candidus et son épouse Secunda |
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Fronton avec fleur encadré de
Monument dédié à Petilius Sabinus
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La première inscription date du milieu du IIème siècle PCN, la seconde du début du IIIème PCN |
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D(IS) M(ANIBVS) CREPEREIO HERENNI ANO FILIO DVLCISSI MO [...] |
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Aux dieux Mânes A Crepereius Herennius fils très chéri [...] |
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Texte ponctué de feuilles de lierre. Monument offert par un père à son fils Crepereius Herennius, mort prématurément. |
D(IS) M(ANIBVS) NVNNVRIC(A)E FILI(A)E DVLCISSI M(A)E EPICTETVS PATER CONTRA VOTVM QV(A)E VI XIT ANNIS XVI (?) [...] |
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Aux dieux Mânes de Nunnurica fille très chérie Son père Epictetus contre son gré Elle a vécu 16 (?) ans [...] |
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Monument dédié par Epictetus à sa fille Nunnurica, décédée, semble-t-il, à 16 ans. Le réemploi de cette dalle funéraire indique des
conditions
économiques locales |
Début du IIIème siècle PCN |
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HIC EGO SVM POSITA IRENE QVAE VIXI XVIII KAL(ENDAS) HANC MEI MI(HI) MISER(A)E POSVER(VNT) ARKA(M) PARENTES FELICISSIMVS AVG(VSTI) LIB(ERTVS) ET FVRFVLANA IRENE |
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Me voici déposée ici moi Irène qui ai vécu 18 kalendes Mes parents Felicissimus affranchi d'Auguste et Furfulana Irène ont placé ce cercueil pour moi malheureuse |
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18 kalendes = 18 mois. Urne dédiée à Irène par ses parents, un ex-esclave impérial, Felicissimus, et son épouse Furfulana Irène. Les trois premières lignes reprennent une formule poétique relativement courante sur les monuments funéraires de cette époque. |
Une croyance et deux coutumes nous fournissent la clé de la relation du Romain au tombeau.
La croyance en la présence
de l'ombre (umbra) du
mort dans son tombeau.
Ombre, rappelons-le animée de sentiments bienveillants à
l'égard des vivants.
Les tombeaux romains
n'étaient pas rassemblés dans ces "villes ou villages des
morts" que sont les cimetières modernes, situés à
courte distance des agglomérations des vivants, certes, mais quand
même à l'écart de celles-ci : ils bordaient les
routes à la sortie des villes. Toute personne qui empruntait
les
uiae était sûre de
passer,
à un moment ou à un autre, entre une double rangée
de monuments funéraires. Il y avait donc une proximité, voire
un commerce plus grand et plus fréquent entre les morts et les vivants
qu'à notre époque, où, pour entrer en contact avec
les morts, il faut vraiment le vouloir. Cette proximité et ce commerce
étaient suscités, notamment, par les inscriptions funéraires
qui ornaient les tombes, interpellant les voyageurs ou les promeneurs.
L'on peut imaginer ceux-ci s'arrêtant pour admirer un monument plus
beau ou spectaculaire que les autres, lire une inscription frappante
par
l'élégance de son tracé, les qualités littéraires
de son style ou l'intérêt de son contenu, pique-niquer, se
reposer à l'ombre ou faire un peu de gymnastique dans ces petits
parcs ou aires de sport qui entouraient parfois la sépulture d'un
homme riche. Etait-on saisi d'une fringale de lecture ? On sortait de
la
ville pour se promener entre les tombeaux, véritable bibliothèque
à ciel ouvert et gratuite : dans une société avec
écriture plutôt que de l'écriture, les majuscules de
ces textes relativement courts qu'étaient les inscriptions funéraires
mettaient la lecture
De nos jours, les inscriptions
funéraires, rédigées par la famille ou les proches
du défunt, traduisent, souvent en termes convenus, la douleur plus
ou moins réelle des vivants : les règlements de compte avec
un conjoint ou un parent particulièrement haï ou méprisé
sont d'autant plus remarquables et choquants qu'ils sont rares ; en
d'autres
termes, l'on sait se tenir... A Rome, sauf dans le cas des mineurs
d'âge
ou de personnes mortes prématurément (voir les inscriptions
dédiées à Euphrosynè, à Nunnurica, à
la petite Irène et à Gauius et sa soeur), c'était
le défunt qui, de son vivant, avait soigneusement composé
sa propre épitaphe. Mieux : de nos jours, parler de sa mort,
de ses funérailles et du sort qui sera réservé à
son cadavre au mieux suscite la gêne, au pis constitue une preuve
de mauvais gout et/ou d'idées morbides. Chez les Romains, par contre,
parler de son futur tombeau et de son épitaphe était un sujet
de conversation courant, et il était de bon ton de donner lecture
de celle-ci à ses invités lors d'un diner ; l'on n'hésitait
pas non plus à interroger un proche sur ses intentions en la matière
: l'on pouvait ainsi juger de la justesse et du bon ton de l'épitaphe
et rassurer l'intéressé sur le sort qui attendait sa mémoire
publique. En effet, ce que disait avant tout
l'épitaphe,
ce n'étaient ni les sentiments plus ou moins éplorés
de la famille et des amis, ni les regrets du défunt de quitter la
vie, mais le statut et le rôle sociaux de ce
dernier.
3.4.2.
Que disaient les monuments funéraires ?
D'abord le nom du
défunt. Evidemment, direz-vous. Mais le nom
romain précisait, parfois avec une remarquable indiscrétion,
le statut social du personnage concerné : si L.
Egnatius,
fils de Lucius, de la tribu Aniensis, pouvait se vanter
d'être
citoyen romain ingénu, c'est-à-dire né de père
citoyen et d'une fille de citoyen, Gaius Sentius Phronimus,
qui,
pour nous, portait un nom romain comme un autre, pouvait difficilement
dissimuler son origine servile aux yeux de ses contemporains : la
consonance
grecque de son surnom suffisait à l'identifier comme affranchi.
Ensuite, si le défunt
avait exercé des fonctions publiques, l'épitaphe
les
détaillait, car c'était les services rendus à la cité
qui comptaient dans la vie d'un notable romain. Notre L. Egnatius était
sévir, et cela valait la peine d'être mentionné sur
sa sépulture. Bien que ne figurant pas sur un monument funéraire,
la dédicace à C. Nonius représente un beau témoignage
de cette capitalisation des charges publiques. Notons que, parfois,
l'on
ne se contentait pas de mentionner la fonction la plus élevée,
mais que la carrière tout entière du défunt était
détaillée, pour la plus grande fierté de sa famille
et de ses proches, et le ravissement des chercheurs modernes.
Ce qui était visé ici, c'était la mémoire collective. Contrairement au Chrétien, le Romain païen ne croyait pas en une survie personnelle de l'âme dans un au-delà où seraient comptabilisés et sanctionnés péchés commis et bonnes actions accomplies sur terre : il ne serait plus qu'une ombre. Pour le reste, il estimait ne pouvoir rien affirmer de raisonnable sur ce qui l'attendait dans l'au-delà ; ce genre de spéculations ne l'intéressait d'ailleurs pas fort. Il pensait par conséquent que la seule immortalité résidait dans le souvenir que la communauté entretiendrait du défunt, et des bienfaits qu'il lui avait prodigués :
"La mort est terrible pour ceux dont tout s'éteint avec la vie, mais non pour ceux dont la renommée ne peut périr."Les épitaphes, qui contribuaient à entretenir et à garder vivace ce souvenir, étaient ainsi tournées à la fois vers le passé et l'avenir.(Cicéron, Paradoxe des Stoïciens, II, 18)
Le passé du défunt l'inscrivait dans le mos maiorum, "coutume des ancêtres", ensemble d'attitudes mentales et de comportements particuliers à un lignage (gens), dans la chaine de mérites publics et privés qui le reliait à tous les ancêtres de sa gens, dans la vie politique, sociale et mentale de la cité. Lors de l'éloge funèbre d'un homme illustre aux Rostres,
"tandis que le peuple entoure le cercueil, le fils du défunt - s'il a un fils majeur et si ce dernier se trouve à Rome - sinon quelqu'un de sa famille, monte à la tribun et rappelle les mérites du défunt et les exploits qu'il a accomplis durant sa vie. On revoit ce qu'il a fait, et cela n'est pas vrai seulement pour ceux qui ont participé à ses exploits, mais aussi pour tous les autres. Telle est alors l'émotion ressentie par tous que le deuil frappant la famille est comme le deuil de la cité tout entière."Mais ce passé alimente l'avenir, car, longtemps après sa mort, le mort laissera un souvenir dans la mémoire, non seulement de ses proches, mais aussi et surtout des générations à venir :(Polybe, Histoire, VI, VII, 53)
"Des milliers d'années et des milliers de races se lèveront dans l'avenir, ce sont elles qu'il faut regarder, car si la gloire donne du prix à la vertu, elle ne saurait périr. Sans doute les propos de la prospérité ne nous toucheront point, mais bien que nous n'y soyons plus sensibles, on nous honorera plus tard ; on parlera de nous."La société romaine était une société du face-à-face, où tout le monde s'estimait en droit de commenter le comportement d'autrui. Vu par le petit bout de la lorgnette, cela donnait rumeurs et ragots d'autant plus vrais qu'ils sont invérifiables. Mais Sénèque élève la perspective de ce regard collectif pour l'étendre à l'humanité du futur : d'un futur très lointain, d'une humanité qui n'est plus seulement romaine. Cette vision grandiose parait étrangère à ce pragmatisme terre-à-terre que nous attribuons volontiers et sans trop réfléchir à l'esprit de ces Romains obtus ; en fait, elle est très romaine. Rapprochons-la de l'acquisition de la citoyenneté : l'étranger qui devenait citoyen romain n'accédait pas directement à la citoyenneté entière et complète, mais s'en voyait conférer d'abord des formes inférieures, droit latin ou citoyenneté sans droit de vote ; la citoyenneté complète, c'était son fils ou l'un de ses descendants qui l'acquerrait. L'homme romain travaillait donc pour l'avenir :(Sénèque, Lettres, 79, 14-17)
"La création d'une famille, la perpétuation de notre nom, l'adoption des enfants, le soin apporté aux testaments, les monuments mêmes des tombeaux avec leurs inscriptions, que nous font-ils entendre, sinon que notre pensée s'étend jusque dans l'avenir."Cette mémoire des mérites servait en outre d'exemple aux jeunes générations :(Cicéron, Tusculanes, I, 14)
"Pour un jeune homme qui aspire à la renommée et à la valeur, il est difficile d'assister à un spectacle (= les funérailles d'un grand homme) plus beau que celui-là, plus capable de stimuler en lui le courage et la vertu."Dans les grandes familles, cette stimulation aux vertus propres à faire un grand serviteur de l'Etat était renforcée quotidiennement par le spectacle des masques des ancêtres glorieux exposés bien en vue dans l'atrium.(Polybe, Histoire, VI, VII, 53)
Cette représentation
majestueuse de la mémoire collective, qui reflète une idéologie
somme toute aristocratique, celle des couches les plus élevées
de la population, est à l'origine d'inscriptions funéraires
quelque peu raides et compassées, traduisant de la part du notable
l'autosatisfaction de l'homme de devoir et d'honneur animé du désir
d'imposer post mortem une image valorisante de soi. Mais tout un autre
corpus nous laisse entrevoir une autre relation au lecteur.
Nous avons remarqué que le monument à Euphrosynè entamait un dialogue avec celui-ci : "HAVE ... VALE" , ces salutations étant celles que le passant adresse à la jeune défunte. L'âme du mort qui, ne l'oublions pas, est censée être présente dans le tombeau, se montre familière et aimable, parfois souriante avec le passant, l'incitant à se reposer auprès de sa sépulture, lui souhaitant bon voyage et de longues années de vie, lui demandant un bonjour, une pensée, le remerciant d'avance des fleurs déposées sur son tombeau.
"On a placé Lollius sur le bord de cette route pour que les passants lui disent : 'Bonjour Lollius' !"Le défunt profite parfois de l'occasion pour donner une leçon de vie à son interlocuteur, tirant souvent une morale fataliste et/ou désabusée de son séjour sur terre. Puisque le corps partira en poussière, puisque l'on ne peut rien affirmer sur ce qui viendra après la mort, puisque le temps qui nous est imparti est si court, autant ne pas se soucier de l'au-delà et se résigner à son sort :"Salut, Fabianus !
- Que les dieux vous accordent leurs bienfaits, les amis ! Et vous voyageurs, que les dieux vous soient propices, à vous qui vous arrêtez près de Fabianus. Allez et revenez sains et saufs. Vous qui me jetez des fleurs, vivez de nombreuses années !"
"J'ai vécu et l'espace de temps que la fortune n'avait donné, je l'ai accompli."Cette résignation et cette indifférence se traduisent même sur certaines pancartes funéraires en initiales stéréoptypées :
N.F.F.N.S.N.C. = Non Fui, Fui, Non Sum, Non Curo = Je n'étais pas, je fus, je ne suis plus, je ne m'en occupe pas."Ce nihilisme n'est pourtant pas paralysant : nous ne sommes pas dans une pièce de Beckett. Il s'associe, surtout dans les périodes de troubles, à un appétit effréné de jouissances. La vie est brève, l'au-delà ne nous apportera rien, autant en profiter tant que l'on est sur terre :
"J'ai vécu chichement tant qu'il m'a été donné de vivre, alors je vous conseille de prendre plus de plaisirs que je n'ai fait. C'est ça, la vie : on arrive jusqu'ici, et pas plus loin. Aimer, boire, aller au bain, voilà la vraie vie : après, il n'y a plus rien. Je n'ai jamais suivi, moi, les conseils de quelque philosophe. Méfiez-vous des médecins, ce sont eux qui m'ont tué."Rechercher le plaisir, mais sans illusion, et rester conscient de la précarité de l'existence humaine, tel est la leçon qu'illustrent et enseignent, de manière bien plus saisissante, des mosaïques et des vases à boire mettant en scène des squelettes buvant et jouant de la lyre :
"La jouissance est le bien suprême."
"Voyageur, qui que tu sois, si en passant tu lis ces lignes, arrête-toi. Apprends comme je fus arraché à la vie de manière igominieuse. Je n'ai pu vivre plus de trente ans : un esclave m'ôta la vie et lui-même se jeta dans le fleuve. Le Main l'enleva, lui qui avait ôté la vie de mon maitre."
Elles s'organisaient
en deux grands cycles opposés
par l'attitude que l'on prêtait aux Mânes.
3.5.1.
Parentalia
: Idibus
februariis - a.d. IX Kalendas
Martias NP = du 13 au 21 février - jour néfaste
p(ublic ?)
Feralia : a.d.
IX Kalendas Martias
F = 21 février - jour faste
Caristia : a.d.
VIII kalendas martias
C = 22 février - jour comitial
Durant cette période, on célébrait une neuvaine en l'honneur des parents défunts : il s'agissait des dies parentales, ou dies ferales, le verbe parentare signifiant "célébrer une cérémonie funèbre, faire un sacrifice en l'honneur d'un mort" (Félix Gaffiot), "faire parentes, traiter en parentes" (Georges Dumézil), et feralis, "qui a rapport aux Dieux Mânes, funèbre, qui a rapport aux morts" (Félix Gaffiot).
Les rites publics : la
Grande Vestale offrait un sacrifice funéraire au nom de l'Etat romain
le premier jour de la neuvaine, période durant laquelle les
magistrats ne portaient pas leurs insignes, les temples
restaient fermés,
les feux ne brûlaient pas sur les autels et il était interdit
de célébrer les mariages : ces jours étaient classés
comme religiosi,
c'est-à-dire déclarés
particulièrement néfastes par décret du Sénat,
donc impropres à toute activité, qu'elle soit privée,
publique ou religieuse.
Les rites privés
: Durant la neuvaine, les vivants s'occupent de leurs morts,
qui "remontent
et errent ça et là et se repaissent des mets qu'on leur a
servis" (Georges Dumézil), et ne semblent pas vouloir
inquiéter
les vivants.
Le dernier jour, aux Feralia, l'on se rend sur les tombes, que l'on décore de couronnes et l'on offre un festin simple de blé, de sel, de pain trempé dans du vin et l'on répand des violettes.
Le lendemain, toute la famille se réunit pour célébrer les dieux Lares et confirmer, lors d'un repas, la bonne entente de tous ses membres dans le souvenir des ancêtres décédés : cette fête s'appelle Caristia, ou Cara cognatio, "chère parenté". Pour citer les Fastes d'Ovide :
"C'est un réconfort, en quittant les tombeaux de ceux de nos proches qui sont morts, de reporter aussitôt nos regards vers les vivants... et de regarder tout ce qui reste de notre sang... L'encens est offert aux dieux familiaux et à Concorde, le vin coule en l'honneur des Lares à la tunique retroussée."Une autre cérémonie, plus étrange cette fois, se déroulait à cette occasion, en l'honneur de Tacita, la Mater Larum. Plutôt que de le paraphraser lourdement, je cite Michel Meslin :
"Des jeunes filles s'assemblent autour d'une vieille femme. Celle-ci, avec trois doigts, place trois grains d'encens sur le seuil de la maison, en offrande aux esprits de ce "passage". Elle attache une poupée de plomb avec des fils sur lesquels elle a prononcé des formules magiques. Elle tourne sept fèves noires dans sa bouche. Puis elle coud et rôtit une tête de sardine préalablement enduite de poix et transpercée par une aiguille de bronze. Après avoir répandu quelques gouttes de vin, elle partage le liquide restant entre elle et les jeunes filles, avant de prononcer la formule solennelle : "Nous avons lié les langues ennemies et les bouches hostiles."Se mêlent ici plusieurs symboliques : les fèves noires sont aussi utilisées lors des Lemuria, pour chasser les Mânes menaçants ; la sardine servait à la procuration de la foudre ; clouée et cousue, elle représente les bouches des médisants que l'on fait taire ; ceux-ci sont assimilés, par le silence, aux morts, d'où le symbole des poupées de plomb entravées. Le rite sert donc à se protéger des mauvaises langues durant toute l'année à venir, en rejetant les médisants dans le silence de la mort.(Michel Meslin, L'homme romain)
3.5.2.
Lemuria
: a.d. VII Idus Maias
- a.d. V Idus Maias
- a.d. III Idus Maias N = 9, 11 & 13 mai - jours
néfastes
Mais les Mânes n'étaient pas toujours aussi aimables...
A trois reprises au cours du mois de mai, les 9, 11 et 13, les ancêtres, sous la forme de Lemures, sortaient de leurs sépultures pour réinvestir silencieusement leurs anciennes demeures. Cette présence des revenants était ressentie par les vivants comme intrusive, inquiétante, voire menaçante : l'on craignait que les Lemures ne se saisissent de l'un des membres de la maisonnée pour l'emporter dans leur monde. Il fallait donc "racheter" ceux-ci et chasser ceux-là des habitations. Plutôt que de paraphraser lamentablement un grand auteur, je vous livre ce que dit Ovide de ce rite :
"Vers le milieu de la nuit, quand le silence favorise le sommeil, quand les chiens et les divers oiseaux se sont tus, l'homme qui n'a pas oublié les anciens rites et qui craint les dieux se lève. Ses deux pieds sont sans chaussures. Faisant claquer ses doigts réunis contre le milieu de son pouce, il se signale, pour éviter qu'une ombre légère, s'il marchait sans bruit, ne surgît devant lui. Trois fois, il se lave les mains dans l'eau d'une fontaine ; il se tourne et prend dans sa bouche des fèves noires qu'il crache ensuite derrière lui en disant : "Je jette ces fèves ! Par ces fèves, je me rachète, moi et les miens !" Il répète cette formule neuf fois, sans regarder derrière lui : on pense que l'ombre ramasse l'offrande et, invisible, le suit. De nouveau il touche l'eau, fait tinter un objet de bronze et prie l'ombre de sortir de sa maison. Par neuf fois, il dit encore : "Mânes de mes pères, sortez !" Alors seulement il se retourne, convaincu qu'il a correctement accompli les rites."(Ovide, Fastes, 429-444)
Epoque d'Auguste |
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PANTHEVM SACRVM L(VCIVS) VICRIVS CYPAERVS SEXVIR ET SEXVIR AVGVSTALIS |
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Objet sacré de Panthée Lucius Uicrius Cypaerus, Sévir et Sévir augustal |
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Sévir (seuir,
sexuir)
= membre d'un collège de six hommes, à compétences
religieuses.
Celui-ci avait fait don soit d'une petite enceinte sacrée avec un autel (sacellum), soit d'un signum, statue ou image peinte. Panthée = "tous les dieux". |
Fin du IIème - début du IIIème siècle PCN |
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I(OVI) O(PTIMO) M(AXIMO) DOLICHENO T(ITVS) FLAVIVS GALATA EVTYCHES PRO SALVTE AMARANTI LIB(ERTI) SVI V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO) SUB C(AIO) IVLIO FLACCO SACERDOT(E) |
|
A Iupiter Très bon Très grand Dolichenus Titus Flauius Galata Eutychès a acquitté son voeu de bon gré comme de juste pour le salut d'Amarantus son affranchi sous le sacerdoce de Gaius Iulius Flaccus |
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I(OVI) O(PTIMO) M(AXIMO) DOLICHENO PRO SALVTE T(ITI) FLAVII VIATORIS FILI SVI T(ITVS) FLAVIVS AMARANTVS V(OTVM) S(OLVIT) L(IBENS) M(ERITO) SUB C(AIO) IVLIO FLACCO SACERDOT(E) |
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A Iupiter Très bon Très grand Dolichenus Titus Flauius Amarantus a acquitté son voeu de bon gré comme de juste pour le salut de son fils Titus Flauius Uiator sous le sacerdoce de Gaius Iulius Flaccus |
|
Dolichenus :
de Dolikhè, ville de
Commagène, région comprise entre
A l'origine, il s'agissait d'un Ba'al syrien, monté
sur un taureau,
cuirassé,
Il s'inscrit dans cet ensemble de divinités
orientales qui, tranchant
avec la
Son culte était devenu assez important pour qu'il
dispose à
Ariminium
|
Deux documents parallèles : les autels ont été
offerts afin d'acquitter des
Celui qui fait le lien entre les deux monuments est
T. Flauius Amarantus
:
Comme l'indique son surnom, Galata était lui-même un
affranchi,
en
|

Le système de nomination des individus est révélateur d'une société. Ainsi il n'est pas indifférent qu'en francophonie européenne, la personne soit désignée par un prénom et un nom de famille (Ex : Nestor Burma), mais que s'y intercale, en russe, le patronyme (Ex : Fiodor Mikhaïlovitch - fils de Michel - Dostaïevskii), et aux Etats-Unis, le nom de famille de la mère (Ex : William Tecumseh Sherman) : le premier système proclame l'autonomie de la personne, le deuxième l'inscrit strictement dans la filiation paternelle, le troisième dans la lignée paternelle et maternelle.
A Rome, point besoin de carte d'identité pour évaluer avec précision le statut social d'un individu : il suffisait de lui demander son nom complet.
Premier cas
: les tria nomina : P
+ NG + C
Tout citoyen romain a droit aux trois noms :
Un prénom (praenomen)
: choisi par le père, obligatoirement dans la liste suivante,
donnée ici dans l'ordre alphabétique des abréviations
:
| Prénom | Abréviation | Prénom | |||
|
| Aulus | Lucius | Quintus | ||
| Appius | Marcus | Sextus | |||
| Gaius | Manius | Seruius | |||
| Gnaeus | Mamercus * | Spurius | |||
| Decimus | Numerius * | Titus | |||
| Kaeso * | Publius | Tiberius |
* Les prénoms marqués d'une astérique étaient peu usités.
Un nomen
gentilicium, "gentilice" ou nom de la
gens,
"lignage" composé de tous les descendants d'un ancêtre commun,
historique ou légendaire. Le gentilice est marqué par
le suffixe -ius.
Exemples : Ualerius, Iulius, Fabius,
Cornelius, Aemilius.
Un surnom (cognomen)
: à l'origine, il s'agissait d'un sobriquet désignant
- une particularité physique : Ahenobarbus,
"Barberousse",
Nasica,
"Au nez mince et pointu", Uerrucosus, "Verruqueux",
Crassus,
"Epais", Cincinnatus, "Frisé", Cicero,
"Pois chiche"
(soit verrue, soit grain de beauté) ;
- une caractéristique morale : Brutus,
"Imbécile",
Lentulus,
"Un peu lent", Magnus, "Grand", Corculum,
"Sagesse", Lepidus,
"Charmant", Ouicula, au caractère doux comme une
"Petite
brebis", Cato, "Finaud" ;
- des attitudes, manies, tics : Gurges,
"Glouton", Bibulus
&
Potitus,
"Buveur", Tremulus, "Agité".
Le surnom finit ainsi par devenir l'élément des tria nomina qui individualisait le mieux la personne.
Notons que le fils ainé, destiné à prendre en charge la patria potestas de son père au décès de celui-ci, se voyait attribuer ses trois noms.
Deuxième
cas : et si une gens
comporte plusieurs branches
? P + NG + C1 + (CEU)
Il arrivait qu'une gens se divise en plusieurs branches (stirpes). Dans ce cas, le cognomen devenait héréditaire, et servait à désigner une stirps particulière de la gens. Ainsi, les Cornelii se divisaient en différentes branches : Dolabella, Scipio, Sulla. Certaines personnes se voyaient alors attribuer soit un second cognomen honorifique (cognomen ex uirtute), tels que Macedonicus, Asiaticus ou Africanus, rappelant des victoires militaires, soit un sobriquet (signum) permettant de distinguer les individus (Cn. Cornelius Scipio Asina, "Ane", et Cn. Cornelius Scipio Calvus, "Chauve").
Dans certains cas, le cognomen ex uirtute était attribué avec une valeur ironique : ainsi, M. Antonius, père du triumvir Marc Antoine, chargé de la lutte contre la piraterie en 74 ACN, commença par piller la Sicile avant de se faire étriller par les pirates de Crète, avec qui il fut forcé de conclure un armistice lamentable ; à cette occasion, il gagna glorieusement le surnom de Creticus, "Crétois."
Les différentes branches se subdivisant elles-mêmes en sous-branches, les surnoms et sobriquets se transmettaient également de père en fils. Par exemple, le sobriquet Nasica finit par désigner une sous-branche des Cornelii Scipiones. La liste des cognomina avait alors tendance à s'allonger : le nom complet de Fabius "le Temporisateur" était Q. (P) Fabius (NG) Maximus (C1) Uerrucosus (C2) Ouicula (C3) Cunctator (CEU). Certaines gentes pratiquaient ainsi une véritable capitalisation des mérites des ancêtres : un magistrat du début de l'Empire n'alignait pas moins de 37 cognomina.
Troisième
cas : et si l'on était adopté ? P + NG + C1 + C2 en -anus
+ (CEU)
L'adoption n'était pas rare à Rome, et plus particulièrement dans la nobilitas, où elle permettait, non seulement d'assurer la continuité de la famille, mais aussi de tisser des liens politiques. Dans ce cas, l'adopté prenait les tria nomina de celui qui l'adoptait. Cependant, afin de ne pas être confondu avec un fils ainé, il ajoutait un second cognomen en -anus dérivé de son ancien nomen gentilicium. Le cas le plus connu est celui de P. Cornelius Scipio Aemilianus : petit-fils de L. Aemilius Paulus qui périt à Cannes et fils du vainqueur de Pydna, il fut adopté par le fils ainé de Scipion l'Africain. Suite à la prise de Carthage et de Numance, son nom complet était donc P. Cornelius Scipio Aemilianus Africanus Numantinus.
Quatrième
cas : les femmes
Prénom : à
l'origine, il rappelait une caractéristique physique, plus
particulièrement
la chevelure (Antilia, "Casque d'or", Rodacilla,
"Flamboyante")
ou les yeux (Caesellia, "Fille aux yeux pers"). Cet
usage, qui définissait
la femme comme elle était vue de l'extérieur, s'effaça
devant l'habitude de féminiser les prénoms masculins (Gaia,
Lucia,
Publia,...),
démonstration supplémentaire du fait que l'homme était
la référence sociale.
Nom : le prénom
lui-même devint d'usage de plus en plus rare : l'on ne donnait plus
aux filles que le nomen gentilicium
féminisé
(les filles de César et d'Aurelia se nommaient toutes deux Iulia)
suivi éventuellement d'un surnom, comme les filles de Iulius Bassianus,
Iulia
Domna (épouse de Septime Sévère) et Iulia Maesa.
La recherche du surnom témoignait parfois d'une remarquable originalité
: les deux filles de Marc Antoine et d'Octauia s'appelaient
respectivement
Antonia
Major et Antonia Minor...
Cinquième
cas : l'étranger ou l'esclave qui devenaient citoyen romain : P
+ NG + AN
Il prenait le prénom et le nomen gentilicium de celui qui lui avait conféré la citoyenneté, qu'il faisait suivre de son ancien nom. Deuix exemples : le notable celte Gedemon, fait ciuis romanus par C. Iulius Caesar, devint C. Iulius Gedemon. L'esclave Pallas, affranchi de la gens Antonia, s'appela désormais M. Antonius Pallas, et forma avec Callixte, Polybe et Narcisse le quatuor de choc d'affranchis impériaux, ambitieux forcenés et brillants fonctionnaires, qui administraient l'Etat sous Claude.
Le cas d'une dynastie de notables gaulois de Transalpine permet de suivre le processus de romanisation des populations locales : l'arrière-grand-père, Epotsorovidos, était encore un pur celte ; son fils, Catuaneunos, fait citoyen romain par C. Iulius Caesar, prit le nom de C. Iulius Catuaneunos ; si son petit-fils, C. Iulius Agedomopas, portait encore un cognomen celtique, son arrière-petit-fils, qui offrit l'arc de Saintes en 19 PCN, était complètement romanisé, comme l'indique son surnom : C. Iulius Rufus ("Le Roux").
L'affranchi d'une femme prendra le nomen gentilicium de celle-ci, et comme les femmes n'ont pas/plus de prénom, celui du père de son ancienne propriétaire : ainsi, un affranchi de Livie, seconde épouse d'Auguste et fille de M. Liuius, s'appelait-il M. Liuius Menophilus.
Sixième
cas : l'enfant né hors du mariage légal
N'ayant pas de père légalement reconnu, il porte évidemment le gentilice de sa mère.
On lui trouve une filiation imaginaire qui souligne sa qualité de bâtard : sa fiche d'état-civil mentionne Spurii filius, "fils de Spurius", prénom qui ne trompe personne, Spurius signifiant "bâtard", comme dans cet exemple cité par Michel Meslin : C. Mamercius Ianuarius, enfant naturel de Mamercia Grapta, porte le gentilice de sa mère, suivi de la mention Spurii filius.
Septième
cas : l'esclave : N + "esclave de X"
L'esclave étant, au regard de la loi, une chose, il ne porte, comme les animaux, de nom qu'à partir du moment où il commence à servir. Ce nom, choisi par son maitre, a souvent une consonance grecque, et il est suivi de la mention "esclave (Seruus abrégé en S.) d'Untel". Par exemple, un autel funéraire d'Ariminium fut offert par MARTIALIS M(ARCI) ATONI PRIMIGENI, "Martialis (Esclave de) Marcus Atonius Primigenius".
Successus Publicus Ualerianus illustre deux cas particuliers : le gentilice en -anus indique qu'avant de devenir esclave de l'Etat (Publicus), Successus fut la propriété de Ualerius.
Les mentions
d'état-civil : filiation & tribu
En théorie, les inscriptions et documents officiels mentionnaient :
la filiation, sous
la forme "Fils de" + le prénom du père abrégé.
Par exemple, S. Filius
pour Sexti
Filius.
En ce qui concerne l'affranchi,
l'indication de filiation est remplacée par "affranchi (libertus
abrégé en L.) de" + le
prénom
de l'ancien maitre abrégé.
Ainsi, l'un des donateurs d'un monument funéraire de Rimini
était Q(VINTVS) OVI(VS) Q(VINTI) L(IBERTVS) BAR(GATES),
soit
"Q. Ouius Bargates, affranchi de Quintus."
Nous avons vu dans le septième
cas que le nom de l'esclave était suivi de la mention
"esclave d'Untel".
Lorsque la femme était
de bonne famille, la coutume précisait le nom du mari et/ou du père
:
Caecilia Metella Q(uinti) Caecilii Cretici F(ilia)
Crassi (uxor),
soit "Caecilia Metella, fille de Q. Caecilius (Metellus) Creticus,
épouse
de Crassus."
la tribu , l'une des
35 circonscriptions électorales où était inscrit le
citoyen, mentionnée elle aussi, en abrégé : Arn.
pour Arnensis.
En voici la liste :
| Aemilia | Cornelia | Maecia | Publilia | Stellatina |
| Aniensis | Esquilina | Menenia | Pupinia | Suburana |
| Arnensis | Fabia | Oufentina | Quirina | Teretina |
| Claudia | Falerna | Palatina | Romilia | Tromentina |
| Camilia | Galeria | Papiria | Sabatina | Velina |
| Crustumina | Horatia | Pollia | Scaptia | Voltinia |
| Collina | Lemonia | Pomptina | Sergia | Veturia/Voturia |
Les indications de filiation
et de tribu se plaçaient, en abrégé, entre
le nomen et le cognomen
:
la dalle offerte à Gaius Nonius Caepianus mentionne C(AIO)
NONIO C(AI) F(ILIO) AN(IENSI) CAEPIAN(O), soit "à C. Nonius
Caepianus, fils de Gaius, de la tribu Aniensis."

| Comune di Rimini
http://www.comune.rimini.it/ |
| Riminiturismo
http://www.riminiturismo.it/ |

Jacqueline Champeaux,
La
religion romaine, Le Livre de Poche, Coll. "Références",
1998
Eugen Cizek, Mentalités
et institutions politiques romaines, Hachette, Coll.
"Pluriel", 1990
Peter Connolly, The Roman
Army, Mcdonald Educational, 1980
Jean H. Croon, Encyclopédie
de l'Antiquité classique, Séquoia, 1962
Félix Gaffiot, Dictionnaire
illustré latin-français, Hachette, 1934
Michel Meslin, L'homme
romain, Editions Complexe, 1978
Paul Petit, Histoire générale
de l'Empire romain, 3 volumes, Seuil, Points/Histoire, 1974
Rimini antica, Il Lapidario
romano, A cura di Angela Donati, BCM Rimini, Musei guide 1,
1981
Jean-Noël Robert, Rome,
Guide Belles Lettres, 1999
Jean-Michel Thibaux, Pour
comprendre la Rome antique, La Rome antique en 3000 définitions,
Pocket, 2001
Paul Veyne, "L'Empire romain",
dans Histoire de la vie privée, 1. De l'Empire romain à
l'an Mil, Sous la direction de Philippe Ariès &
Georges
Duby, Seuil, Points/Histoire, 1999

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