l'acropole de Rhodes
Photos : Anne Wargnies & Daniel Vranckx


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Sommaire

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1. Le site

2. Le temple d'Apollon Pythien

3. L'Artémision

    3.1. Artémis, une déesse de la chasse ?
           3.1.1. Xénè ("étrangère")
           3.1.2. La chasseressesur
           3.1.3. Eskhatiaï ("Confins, limites")
           3.1.4. Lokhia, la Maitresse des accouchements
           3.1.5. Kourotrophè, celle qui nourrit les enfants
           3.1.6. A la guerre, interventions surnaturelles et ruses de guerre : Hégèmonè et Sôteïra
           3.1.7. Le sacrifice préliminaire au combat

    3.2. Les photos

4. L'odéion

5. Le gymnase

    5.1. Le gymnase grec : structure et fonction
            5.1.1. Un lieu et une activité typiquement grecs
            5.1.2. L'enseignement de la gymnastique
            5.1.3. La préparation physique
            5.1.4. L'athlétisme
            5.1.5. Et les autres sports ?
            5.1.6. Organisation spatiale

    5.2. La palestre

    5.3. Le stade

6. Soubassement de la plate-forme des temples

7. Débris divers

      
Une précision

Sauf indication contraire, toutes les dates s'entendent avant Jésus-Christ.

Une petite convention lexicale

 ACN = avant Jésus-Christ

PCN = après Jésus-Christ.

1. Le site

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Certes, voyager en Méditerranée en avril expose à un temps pas toujours radieux : vous pouvez vous estimer heureux si vous
bénéficiez d'un jour de soleil sur deux.
Cependant,  visiter des sites archéologiques méditerranéens à cette époque offre deux avantages : vous ne devrez pas vous
frayer un chemin à travers des hordes de touristes et la nature n'est pas encore brulée par le soleil d'été.
Au sud-ouest de Rhodes-ville, se trouve l'ancienne acropole de Rhodes, sur un plateau situé à plus de 110 mètres au-dessus
du niveau de la mer.
Comment y arriver ?
A pied, ça monte sec et, selon le témoignage d'une touriste et de sa fille qui avaient tenté l'aventure, il faut compter de 30 à
40 minutes de marche.
N'hésitez pas à prendre un taxi. De la ville nouvelle ou du port de Mandraki, les prix restent fort abordables : vous vous en
tirerez pour 5 Euros et vous aurez en prime une sympathique conversation en broken english avec le chauffeur.
Demandez "Monte Smith", car le site porte le nom d'un amiral anglais du début du XIXème siècle, qui, en 1802, s'installa
à Rhodes afin de contrôler les approches de l'Egée et des très convoitées Dardanelles et de surveiller les manoeuvres de la
flotte de Napoléon Ier.
C'est très joli, toute cette verdure, mais... il y a des vestiges archéologiques ?
Aux époques classiques et hellénistiques, le site, contrairement aux acropoles des autres cités, n'était pas fortifié : c'était un
ensemble de bâtiments cultuels (deux temples, ceux d'Apollon Pythien, et celui d'Athéna Polias et de Zeus Polieus,
 c'est-à-dire "qui  protègent la cité", un Artémision, un sanctuaire des Nymphes) et publics (odéionstade, gymnase,
bibliothèque, portique).
La carte qui figure sur cette page vous permettra de situer les différents édifices sur le site.
On l'aura constaté en cliquant sur leurs liens respectifs, il ne reste que des vestiges plutôt misérables du temple d'Athéna et
de Zeus, du portique (stoa) et du nymphaeum.
Les trois éléments essentiels encore visibles de l'ancienne acropole sont donc le temple d'Apollon, l'odéion et, à gauche, sur
la photo qui suit, le stade, où se déroulaient tous les quatre ans les Jeux Aliens en l'honneur du dieu Hélios, protecteur de
l'ile. A l'avant-plan, l'emplacement du gymnase, dont il ne reste rien.
Au sommet de la hauteur : le temple d'Apollon Pythien, reconnaissable à ses quatre colonnes et, à gauche, l'Artémision.
Les vestiges de l'Artémision.
L'odéon.
Le stade.
L'emplacement du gymnase.
A droite, le mur de soutènement des gradins du stade.
Soubassement de la plate-forme des temples.
Ne vous contentez pas d'admirer les ruines les plus imposantes : parcourez le site, et vous trouverez toutes sortes de vestiges
qui valent parfois le coup d'oeil.
Les inévitables oliviers.
C'est le printemps !
De sympathiques résidents des lieux : les corneilles mantelées.

Rien que pour le plaisir des yeux.
Oliviers, encore...
Pris en flagrant délit de farniente.

2. Le temple d'Apollon Pythien

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Il n'en reste que le soubassement et un angle avec trois colonnes et un moignon de colonne.
Il était dédié à Apollon Pythien, divinité protectrice de la cité de Rhodes.
Ne disposant que d'informations fragmentaires sur ce temple, je saisis l'occasion pour donner une petite leçon d'architecture
consacrée à l'ordre dorique.
Remarquons d'abord que le fut des colonnes n'était pas taillé d'un seul tenant, mais constitué d'un empilement de
tambours.
Les tambours étaient reliés par des chevilles métalliques fixées dans l'axe de la colonne.
Exemples découverts dans le champ de débris qui se trouve à l'emplacement du gymnase.
Le fut reposait directement, sans base, sur le stylobate, ou soubassement du temple.
Le stylobate comptait trois marches.
Oui, trois, et non quatre, comme pourraient le laisser croire les photos suivantes : ce qui apparait comme la marche
inférieure est en réalité la plateforme du temple, constituée ici de deux rangs superposés de blocs de pierre, alors que les
marchesn'en comptaient qu'un seul. Rappelons que les Anciens n'étaient pas très grands...
Le haut de la colonne était décoré d'un chapiteau.
Dans l'ordre dorique, celui -ci se composait d'une échine tronconique et d'une abaque carrée.
Et si le chapiteau a disparu, comment savoir si c'est de l'ordre dorique ?
En examinant les arêtes des cannelures : dans l'ordre dorique, elles sont à angle vif.
J'ai déniché cet exemple dans le champ de débris qui se trouve à l'emplacement du gymnase.
Le chapiteau supportait l'architrave, poutre d'une seule venue courant sur toute la longueur de la façade.
Au-dessus de l'architrave, la frise, constituée, dans l'ordre dorique, de triglyphes, parties où deux cannelures centrales et
deux demi-cannelures latérales ménagaient trois baguettes en relief, et de métopes, panneaux plats qui, soit restaient nus,
soit étaient décorés de bas-reliefs.
Rappelons au passage que notre vision des bâtiments antiques, éclatants de blancheur, est fausse : ils étaient peints de
couleurs vives et primaires, qui nous feraient hurler aujourd'hui au mauvais gout.
Il semble que l'alternance des triglyphes et des métopes soit un souvenir de l'époque où les temples étaient bâtis en bois :
les triglyphes seraient  les extrémités des poutres de la charpente du plafond.
Au-dessus, enfin, de la frise, le fronton triangulaire.
La surface ainsi ménagée, ou tympan, était parfois ornée de scènes mythologiques en ronde-bosse, avec, au centre, la statue
d'une divinité, les angles étant comblés par des représentations de divinités marines ou de soldats agonisants.
Deux vues d'ensemble de l'entablement.
Les soubassements du temple.
Quelques photos depuis l'escalier descendant vers le théâtre.


D'autres points de vue.
Gros-plans sur les colonnes.

    


3. L'Artémision
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3.1. Artémis, une déesse de la chasse ?
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    Pour nous, Artémis est la déesse de la chasse.  Nous nous la représentons nus pieds, en tunique courte voire sans vêtements, équipée d'un arc et d'un carquois, parcourant les campagnes à la recherche d'un gibier que nous ne supposons pas trop dangereux ni féroce : les fauves et les sangliers, c'est plutôt pour les hommes. A la rigueur, nous lui accordons la poursuite de petits cervidés. Cet imaginaire est marqué d'un érotisme intense, illustré par la peinture des XVIème au XVIIIème siècles (iconographie révélatrice au bas de cette page), où Artémis et son équivalent latin Diane servent de prétexte à des scènes parfois teintées d'une mièvrerie qui, nous le verrons, ne correpondent ni à la personnalité que lui attribuaient les Anciens, ni à ses fonctions dans le panthéon grec : par exemple, c'est à elle, et non Arès, que l'on sacrifie en prélude à la bataille hoplitique.


Une version édulcorée et érotisée d'Artémis.


Diane chasseresse
Ecole de Fontainebleau
XVIème siècle


    Cette peinture sur vase du VIème siècle PCN nous donne d'elle une image nettement moins charmante et plus inquiétante :




3.1.1. Xénè ("étrangère")
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    Il s'agit d'une déesse bien grecque, et non d'importation : son nom apparait déjà sur les tablettes mycéniennes de Pylos. Son étrangeté ne trouve donc pas son origine dans sa provenance, mais dans les espaces qu'elle investit et dans ses rôles qu'elle remplit : elle se tient à l'écart tant des autres dieux que des cités humaines. Callimaque, dans l'Hymne qui lui est dédié, lui fait demander à Zeus :

     "Donne-moi tous les monts et des villes celle que tu voudras ; Artémis ne descendra pas souvent dans sa ville. J'habiterai les montagnes et ne hanterai les cités des hommes que lorsque les femmes en proie aux âpres douleurs m'appelleront à leur aide."
(Callimaque, Hymne à Artémis, 14)


3.1.2. La chasseresse
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    Elle parcourt les montagnes et les forêts, lieux sauvages et dangereux par excellence, pour y traquer et massacrer impitoyablement, non un gibier craintif, mais des fauves, dont les cris, que l'on suppose de terreur, de souffrance ou d'agonie, résonnent dans les halliers :

    "Je chante Artémis au fuseau d'or, tumultueuse, vierge vénérable, qui perce les cerfs, qui se réjouit de ses flèches, soeur d'Apollon à l'épée d'or, qui, par les montagnes boisées et les sommets battus des vents, se charme par la chasse, tend son arc tout en or et lance des traits mortels.

    Les cimes des hautes montagnes tremblent et la forêt sombre résonne de la clameur des bêtes fauves. Et la terre frémit, et la mer poissonneuse, tandis que la Déesse au coeur ferme, allant de tous côtés, détruit la race des bêtes féroces.

    Mais, quand la Chasseresse qui se réjouit de ses flèches s'est ainsi charmée, ayant détendu son arc, joyeuse, elle va dans la grande demeure de son cher frère Phoibos Apollon, vers le riche peuple des Delphiens, afin de former le beau choeur des Muses et des Kharites.

    Là, ayant suspendu l'arc flexible et les flèches, vêtue de riches parures, elle commande et mène les choeurs.

    Et toutes, faisant entendre leur voix divine, louent Lètô aux beaux talons, parce qu'elle a conçu des enfants qui sont les premiers des Immortels en pensées et en actions.

    Salut, enfants de Zéus et de Lètô aux beaux cheveux ! Je me souviendrai de vous et des autres chants."
Hymne homérique à Artémis, Traduction de Leconte de Lisle (1868)

    Supérieure aux fauves et aux grands cervidés, mais pas aux guerriers car la guerre n'est pas son affaire. Certes, c'est un lion, mais "pour les femmes", comme le lui assène Héra dans l'Iliade, qui appuie son insulte d'une claque d'autant plus humiliante qu'elle est infligée avec l'arme même d'Artémis :

"(Apollon refuse de combattre Héphaïstos)
    Il parla ainsi et s'éloigna, ne voulant point, par respect, combattre le frère de son père. Et la vénérable Artémis, sa soeur, chasseresse de bêtes fauves, lui adressa ces paroles injurieuses :

    - Tu fuis, ô Archer ! et tu laisses la victoire à Poseidaôn ? Lâche, pourquoi portes-tu un arc inutile ? Je ne t'entendrai plus désormais, dans les demeures paternelles, te vanter comme auparavant, au milieu des Dieux Immortels, de combattre Poseidaôn à forces égales !

    Elle parla ainsi, et l'Archer Apollôn ne lui répondit pas ; mais la vénérable épouse de Zeus, pleine de colère, insulta de ces paroles injurieuses Artémis qui se réjouit de ses flèches :

    - Chienne hargneuse, comment oses-tu me tenir tête ? Il te sera difficile de me résister, bien que tu lances des flèches et que tu sois comme une lionne pour les femmes que Zeus te permet de tuer à ton gré. Il est plus aisé de percer, sur les montagnes, les bêtes fauves et les biches sauvages que de lutter contre plus puissant que soi. Mais si tu veux tenter le combat, viens ! et tu sauras combien ma force est supérieure à la tienne, bien que tu oses me tenir tête !

    Elle parla ainsi, et saisissant d'une main les deux mains d'Artémis, de l'autre elle lui arracha le carquois des épaules, et elle l'en souffleta en riant. Et comme Artérmis s'agitait çà et là, les flèches rapides se répandirent de tous côtés. Et Artémis s'envola, pleurante, comme une colombe qui, loin d'un épervier, se réfugie sous une roche creuse, car sa destinée n'est point de périr. Ainsi, pleurante, elle s'enfuit, abandonnant son arc."
(Homère, Iliade, XXI, 470 et sq)

    Patronne de la chasse, Artémis encadre les chasseurs, qui, ayant quitté la civilisation, s'aventurent dans le domaine de la sauvagerie, au risque de s'y perdre. Non de s'y égarer sur des sentiers non balisés, où la désorientation menace à tout moment, mais de s'ensauvager, de régresser au stade animal. En effet, contrairement à ce que nous croyons, la chasse n'est pas une activité naturelle, pas plus que les promenades en forêt ou à la campagne ne sont "des contacts avec la nature", pour reprendre une expression galvaudée : nos campagnes cultivées et nos forêts sont des objets profondéments modifiés par l'activité humaine et des lieux chargés de significations, autrement dit, des entités sociales, économiques et culturelles.

    S'exerçant dans la nature, la chasse est une activité culturelle, qui suit des règles et se pratique en groupe. Se dissocier du groupe, ne pas respecter les normes, les obligations et les interdits, c'est verser dans une inhumanité synonyme de bestialité : l'homme devient comme l'animal qu'il poursuit. Au cours de la chasse, la frontière entre espaces sauvages et civilisés, entre animalité et humanité devient perméable, se fragilise. Artémis s'y tient pour assurer d'une part que ces deux espaces physiques et mentaux restent nettement séparés, mais également pour faciliter le passage des chasseurs de l'un à l'autre sans risque d'ensauvagement.


3.1.3. Eskhatiaï ("Confins, limites")
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    Nous commençons à deviner que la chasse n'est pas la fonction principale d'Artémis et que les lieux qu'elle parcourt sont bien plus révélateurs de sa place et de son rôle dans le panthéon grec que l'activité cynégétique.

    Les Hellènes divisaient grosse modo l'espace terrestre proche en trois zones : l'astu, la khôra et l'agros. L'astu (la ville) et sa campagne cultivée (khôra) formaient la cité (polis), lieu de vie et d'activité des êtres humains civilisés, des "mangeurs de pain", et particulièrement de ces hommes par excellence qu'étaient les citoyens. L'agros, c'est l'espace sauvage, non cultivé, qui échappe à l'emprise de la civilisation : garrigues, marécages, espaces caillouteux ou rocailleux, domaine des bêtes féroces et des fauves.

    La limite entre khôra et agros n'était pas nette, comme tracée au cordeau, ou marquée par une quelconque clôture. Entre les deux, s'étendaient des zones peu ou pas habitées, plus vraiment cultivées ni parcourues régulièrement par les hommes, mais pas encore tout à fait sauvages.

    Tel était le domaine de prédilection d'Artémis, qui lui vaut l'épithète d'Agrotéra ("agreste"). Elle se tient également aux limites entre les eaux et la terre ferme. Ainsi, elle est Limnatis, c'est-à-dire "celle des marais ou des lagunes", s'installe en bordure de mer, est présente quand la crue d'une rivière ou des eaux stagnantes laissent des espaces plus totalement liquides, mais pas encore secs.

    Nous la définirons donc en première approche comme une divinité des confins, des limites entre espaces civilisés et sauvages. Frontières jamais nettes, jamais clairement définies, mais plutôt zone limitrophe où sauvagerie et civilisation se touchent, s'opposent mais aussi s'interpénètrent : d'un domaine à l'autre, le passage est toujours aisé, exposant celui qui le franchit aux périls de la régression à l'état sauvage ou animal.


3.1.4. Lokhia, la Maitresse des accouchements
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    De celle des confins, la tutelle d'Artémis s'étend à ces moments particuliers de l'existence humaine où animalité et humanité, sauvagerie et civilisation se rencontrent.

    Ainsi, elle l'exerce d'abord sur les naissances, comme le rappelle Callimaque : "J'habiterai les montagnes et ne hanterai les cités des hommes que lorsque les femmes en proie aux âpres douleurs m'appelleront à leur aide."
page 68, x
    Rôle paradoxal, car Artémis étant une déesse vierge, l'on pourrait se demander, contrairement à la Iuno Lucina romaine, ce qu'elle y connait. De plus, l'on ne perçoit pas, a priori, la relation entre l'accouchement et la chasse, ces activités paraissant même antinomiques, l'une apportant la vie, l'autre, la mort.

    Le rapport s'explique mieux si l'on considère que la naissance produit un petit être semblable à un animal, incapable de parler et ignorant de toute culture. De plus, la culture dominante, qui fut de tous temps (le "stade matriarcal" des sociétés me laisse plutôt perplexe) définie, édictée et régie par un homo sapiens mâle pour qui grossesse, enfantement et maternité restent choses bien énigmatiques, voit dans l'accouchement  un acte animal, qui introduit une part de nature voire de sauvagerie dans la vie de la société, au moment même où un nouveau membre de celle-ci nait : la naissance se situait ainsi, aux yeux des Grecs, aux confins de la nature et de la civilisation, car, par un acte naturel, elle contribuait à reproduire la cité en lui apportant un futur citoyen.


3.1.5. Kourotrophè, celle qui nourrit les enfants
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    La croissance des jeunes humains constitue un stade où ils se situent entre deux mondes : enfance/âge adulte, animalité/humanité, mais aussi masculinité/féminité. Tout en ayant parfois encore des comportements animaux, ils jouent aux adultes, les garçons à la guerre ou à la chasse, les filles à la mère de famille ; il n'est pas toujours facile de distinguer les filles  des garçons, qui adoptent parfois les attitudes et les activités de l'autre genre. Or, la cité grecque antique a besoin de genres répartis strictement selon leur fonction : les hommes  s'accomplissent dans leurs rôles de citoyen et de hoplite, les femmes dans ceux d'épouse, de reproductrice de matrone.

    C'est ici qu'Artémis intervient : elle nourrit et élève non seulement les petits des bêtes, mais également ceux des hommes, d'une part fixant les frontières entre classes d'âges et et séparant les genres, de l'autre aidant à franchir les étapes entre l'enfance et l'âge adulte. Divinité intégratrice et protectrice des rites de passage, elle transforme les jeunes en citoyens et épouses de citoyens achevés.

    Par exemple, en Attique, tous les quatre ans, les petites filles devaient se rendre, entre cinq et dix ans, au sanctuaire d'Artémis du Brauron, où elles mimaient l'ourse. Pas l'animal sauvage qui vit au fond des forêts et s'en prend aux passants, mais une ourse qui avait quitté les espaces sauvages pour s'approcher du sanctuaire, s'apprivoiser et s'habituer à la compagnie des êtres humains. La signification de ce rite est claire : les fillettes se muent en ourse, refaisant et répétant son parcours du monde sauvage vers la civilisation, se préparant à la cohabitation du mariage.

    Artémis est aussi patronne, "souveraine", des gymnases, où les jeunes s'exercent et s'entrainent à leur futur rôle de ccmbattants. Lors des fêtes d'Artémis, il est probable que des joutes initiatiques entre jeunes gens de cités voisines se déroulaient dans des sanctuaires de la déesse situés aux confins des deux cités.


3.1.6. A la guerre, interventions surnaturelles et ruses de guerre : Hégèmonè et Sôteïra
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    Artémis est associée à la guerre, mais elle ne combat pas elle-même. Sa mésaventure rapportée par l'Iliade montre que les Grecs ne la percevaient nullement comme une divinité guerrière.

     On l'invoque dans les cas critiques, lorsque la cité est menacée dans son existence elle-même et quand la guerre, activité réglée et codifiée (voir Le combat hoplitique), risque de verser dans l'excès de violence, la sauvagerie, la destruction radicale. Dans ce cas, elle intervient pour favoriser le camp menacé. Par exemple, les Athéniens expliquent aussi la victoire de Marathon par la promesse qu'ils avaient faite de lui sacrifier autant de chèvres qu'ils tueraient de Barbares. Devant l'ampleur du massacre et constatant qu'ils n'en avaient pas assez, ils résolurent de lui en offrir annuellement 300 ou 500, selon les versions, ce qu'ils faisaient encore à l'époque de Xénophon, le six du mois de Boedromion (plus ou moins l'équivalent de septembre), dans son sanctuaire d'Agrai.

    Cette intervention dans le jeu normal de la guerre ne se fait pas d'une manière directe, physique, violente : la déesse agit par la ruse, recourant à des manifestations surnaturelles qui tantôt brouillent l'esprit des agresseurs, tantôt confèrent une hyperlucidité miraculeuse aux agressés. Les premiers, désorientés, s'égarent sur des chemins confondus ou effacés par une averse, la neige, le brouillard, ne reconnaissent plus le paysage. Pris de panique, incapables d'évaluer la situation, ne distinguant plus les amis des ennemis, ils finissent par retourner leurs armes contre leurs camarades de combat et se massacrer mutuellement. Les exemples abondant, je n'en citerai que deux.

    Athènes, 403. Lors de la guerre civile entre les Démocrates conduits par Thrasybule et les Trente tyrans, ceux-ci envisagent d'assiéger Phulè, base d'opération des premiers. Or, en plein beau temps, la neige se met à tomber, semant la confusion dans l'armée des Trente : entendant des bruits dont ils ignorent la cause, ils croient se trouver face à une troupe ennemie, paniquent et lèvent le camp. Par contre, les troupes de Thrasybule sont guidées par une lueur surnaturelle, une flamme, qui les amène jusqu'au port de guerre de Mounukhia, où se trouvait d'ailleurs un temple d'Artémis, dédié à la déesse suite à la victoire de Salamine, à laquelle elle avait participé en brillant en pleine nuit.

    En 279, des Gaulois attaquent Delphes, font retraite en pleine tempête de neige, s'égarent et sont pris à l'improviste par les Phocidiens. La confusion mentale s'ajoute au désordre provoqué par les intempéries : les Celtes croient entendre des chevaux lancés contre eux et pensent qu'une troupe les attaque ; ils prennent les armes, se divisent en deux groupes et se mettent à se combattre entre eux, ne reconnaissant plus leurs frères d'armes, qu'ils imaginent parlant grec et armés en hoplites.

    A ces récits teintés de surnaturel, il faut ajouter nombre de ruses de guerre plus classiques, inspirées, on l'aura compris, par Artémis.

    Lors des guerres entre Phocidiens et Thessaliens autour du sanctuaire d'Artémis à Hyampolis, les premiers imaginent d'enduire de gypse leurs soldats d'élite det de les faire attaquer de nuit. Les Thessaliens sont terrorisés par ce qu'ils prennent pour des fantômes ; par contre, les Phocidiens, identifiant clairement les leurs à leur blancheur, massacrent à l'aise tous les hommes qui ne sont pas teints en blanc.

    Les Hyperasiens, attaqués par les Sycioniens, et bien conscients de leur infériorité, recourent à un stratagème : ils rassemblent toutes leurs chèvres, fixent à leurs cornes de petites torches, qu'ils allument la nuit venue. Les Sycioniens, pensant que des Alliés sont venus au secours de leurs ennemis, plient bagagent et s'en retournent chez eux sans combattre.

    Quelques traits communs se dégagent des interventions d'Artémis dans les conflits, qui justifient les épithètes d'Hégèmonè ("qui guide") et de Sôteïra ("Qui sauve") qui lui sont couramment attribuées :

- elle agit dans les cas critiques, pour seconder les plus faibles ;
- elle répand le trouble chez les uns tandis qu'elle accorde une clairvoyance inhabituelle aux autres ;
- elle a plutôt tendance à intervenir de nuit ;
- la chèvre lui est associée.


3.1.7. Le sacrifice préliminaire au combat
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    Les récits qui précèdent mêlent, pour le plus grand plaisir des lecteurs, ruses de trickster et merveilleux. Pour en revenir à des faits plus terre à terre, Artémis est invoquée avant chaque combat hoplitique par les Spartiates et vraisemblablement par les armées d'autres cités, telles qu'Athènes : un sacrifice lui est offert, et avant que le combat ne s'engage, il faut que les présages se soient montrés favorables.

    Lorsque les deux armées se font face, rangées en ordre de bataille et prêtes à s'élancer, le roi spartiate ou le polémarque athénien égorgent une chèvre en l'honneur d'Artémis dans le no man's land qui sépare les adversaires. Chez les Spartiates, les hommes ont préalablement poli leurs boucliers, se sont longuement peigné la chevelure, ont coiffé des couronnes et doivent arborer un air calme. Tous les flutistes jouent. Le sacrificateur et ses aides procèdent au rituel de mise à mort et d'examen des présages. Durant toutes ces opérations, qui ont toutes les apparences d'un sacrifice normal, habituel, tel que pratiqué en temps de paix, la violence guerrière est exclue de la zone sacrificielle, les hommes devant rester immobiles, l'arme au pied, même si l'ennemi s'en prend aux officiants ou attaque. Ainsi, lors de la bataille terrestre décisive entre Grecs et Perses à Platées en 479, le roi Pausanias sacrifie, comme l'impose l'usage. Les présages ne daignent pas se montrer favorables. Les hommes du Grand Roi qui, aux yeux des Hellènes, ne respectent décidément rien, engagent le combat : des Lydiens tombent sur le dos de Pausanias et de ses assistants qui, désarmés, sont contraints de se défendre avec les bâtons et les fouets qui servent à conduire les animaux à sacrifier ; les Perses commencent à accabler de traits la ligne grecque, où de nombreux hommes sont tués ou blessés. Mais tant que les présages sont négatifs, personne ne peut bouger ni réagir. Ce n'est que lorsque Pausanias, ayant invoqué l'Héra de Platées, a obtenu des signes demandés qu'il permet aux Grecs d'avancer au combat.

    Mais pourquoi offrir un sacrifice à Artémis, déesse qui n'intervient pas directement dans ce qui, pour les Grecs anciens, représentait l'idéal de la bataille, le combat hoplitique, plutôt qu'à une autre divinité ? Arès semblerait mieux convenir en l'occurence.

    Le dossier qui précède, qui a révélé sont rôle de divinité des limites, des confins, de la frontière et du passage entre les mondes civilisé et sauvage, nous fournit la réponse.

    Le moment où l'on sacrifie à Artémis est décisif : il constitue la ligne de partage temporelle entre l'ordre, la discipline, le calme de la phalange rangée pour le combat, image idéale de la cité en paix et la confusion, la violence, le déchainement de la bataille : les hommes ne sont plus tout à fait dans la première et pas encore dans l'autre. D'une part, le sacrifice à Artémis sépare nettement civilisation et sauvagerie, de l'autre, il empêche que la bataille ne se transforme en massacre indifférencié et sans retenue.

    En effet, les deux périls psychologiques qui menacent les hoplites sont la fureur guerrière (lussa) et la panique, qui ravalent les hommes au rang de bêtes. Bêtes totalement livrées à la rage et à la volonté effrénée de tuer dans le premier cas, bêtes uniquement préoccupées de fuir à tout prix dans le second. L'on attend en effet du soldat grec ancien que, même au plus fort du combat, il reste discipliné, obéisse aux ordres, garde sa place, avance droit devant lui, ne cherche ni à fuir, ni à quitter la ligne à la recherche d'un exploit individuel, ces deux comportements signifiant la rupture de l'ordonnance de la phalange et de la solidarité indispensable entre citoyens au moment où la survie de la cité est en jeu. L'offrande d'une chèvre à Artémis évoque à l'avance le sang qui sera versé lors de l'affrontement et détourne sur l'adversaire le danger de la confusion engendrée par la folie sanguinaire ou l'effroi.

    Voilà pourquoi le sacrifice préliminaire au combat est offert à Artémis, et non à Arès. Celui-ci représente en effet la violence guerrière sans limite, la rage destructice qui ne fait pas de différence entre les armées, entre amis et ennemis, qu'il massacre sans distinction : mainoménos ("fou furieux") et alloprosallos ("qui va de l'un à l'autre, inconstant"), Arès est l'image inverse de l'hoplite, qui doit éviter l'excès (hubris) du guerrier enragé et solitaire qui transgresse les limites, vers le bas entre l'homme et l'animal, vers le haut, entre l'humain et le divin.



3.2. Les photos
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Aucune précision disponible sur cet édifice.
A l'arrière-plan, le temple d'Apollon Pythien.


 
En savoir plus sur Artémis
http://mythologica.fr/grec/artemis.htm
http://www.yrub.com/mytho/artemis.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Art%C3%A9mis
Quantité de textes sur la déesse : http://www.musagora.education.fr/merveilles/merveillesfr/temple-artemis/textes.html
L'Artémision d'Ephèse : http://www.musagora.education.fr/merveilles/merveillesfr/temple-artemis/intro.htm

4. L'odéion
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Au pied de la terrasse des temples, l'on construisit au IIème siècle un odéon qui pouvait accueillir 800 spectateurs.
Les archéologues estiment qu'il servait à des représentations musicales et à des cours de rhétorique.
Plus d'informations sur les théâtres grecs sur cette page consacrée à Syracuse.
Pour des vues plus spectaculaires, visitez-le en descendant de la plateforme des temples.
Ce sympathique (parce qu'il s'est empressé de vider les lieux) groupe de touristes nous donne l'échelle de l'édifice.
A l'arrière-plan à droite, le stade.
Face à l'odéon, l'emplacement du gymnase.
Les gradins (latin : cauea - grec : koîlon).
Un escalier d'accès aux sièges.
Il y en avait quatre pour les travées inférieures et cinq pour les gradins supérieurs.
La cauea, du sud au nord.
Trop beau pour être vrai.
Le visiteur qui s'émerveille de voir un théâtre du IIème siècle conservé en si bon état est brusquement saisi d'un doute :
tout cela est-il authentique ?
Non : ce que l'on peut admirer ici est une reconstitution faite par les archéologues italiens au siècle dernier.
La seule partie d'origine est le premier rang des sièges, aisément identifiable, car en pierre gris-bleu.

 
D'autres vues.
Oui, c'est assez raide et non, il n'y a pas de rambarde.
Un panorama de la cauea, dans le sens dextrogyre, soit du sud au nord.

5. Le gymnase
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5.1. Le gymnase grec : structure et fonction
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5.1.1. Un lieu et une activité typiquement grecs
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    La gymnastique resta constamment l'une des marques distinctives de l'hellénisme. A l'époque ptolémaïque, rares étaient les Egyptiens considérés comme suffisamment imprégnés de culture grecque pour être admis dans les gymnases. A Jérusalem, vers 175, s'entrainer nu sur un terrain de sport signifiait adopter les habitudes des goyim.

    Partout où s'installent les Grecs, de l'Espagne à la Babylonie et de l'Egypte à la mer Noire, et jusque dans les plus petites localités, surgissent  gymnases, stades et palestres. En effet, pour eux, le sport est tout autant, sinon plus une activité sérieuse qu'un divertissement : une affaire d'hygiène, de santé et d'esthétique, certes ; mais aussi et surtout une question d'éthique.

    Par conséquent, le gymnase propose un lieu, d'une part d'exercice pour les adultes, de l'autre d'enseignement de l'éducation physique pour les jeunes. Voilà pourquoi celle-ci n'est pas l'apanage exclusif des fils d'aristocrates dans le cadre de l'éphébie, mais s'ouvre à tous les enfants : par exemple, à Pergame, Lapethos (Chypre) ou Erétrie, des gymnases séparés de ceux des adultes et des éphèbes leur sont réservés ; dans différentes cités, telles que Khios, Téos, Larissa et  Athènes, ils participent à leurs propres concours athlétiques.

    Les enfants entament probablement leur formation physique dès l'âge de sept ou huit ans : à Sparte, déjà à neuf ou dix ans, ils disputent des concours sportifs. Ils sont même parfois répartis en deux classes d'âge, les "seniors" et les "juniors" à Thespies, Larissa ou Oropos, les "enfants" et les "imberbes", les "enfants" et les "pleinement enfants" à Coronée ou Khalkis.

    Et les filles ? Dans certaines cités, telles que Téos, Pergame ou Sparte, les fillettes et les jeunes filles reçoivent une formation physique identique à celle des garçons. Un document ancien laisse entendre qu'à Khios, elles s'entrainent en même temps et sur les mêmes terrains que les jeunes gens. Bien entendu, l'athlétisme professionnel ne leur est pas accessible.

    Bien que le public de cet enseignement physique soit extrêmement varié, il semble que la pédagogie ne soit pas adaptée aux différents âges ou aux sexe des  participants : tout au plus les enfants ont-ils droit à des exercices plus légers que les adolescents. Pausanias (Description de la Grèce, 5, 16) nous apprend qu'aux Heraïa d'Olympie, qui se déroulent tous les cinq ans, les jeunes filles courent sur une distance plus courte d'un sixième de stade que les hommes.


5.1.2. L'enseignement de la gymnastique

    La tradition gymnique grecque fut fixée très tôt dans ses visées et ses méthodes et, jusqu'à l'époque hellénistique, ne subit quasi pas de transformations. L'objectif de l'éducation physique est avant tout sportif, marqué par l'esprit de compétition typiquement hellène, l'ambition suprême des athlètes étant de participer aux grands concours et d'y remporter des prix. Il n'est donc pas question, comme de nos jours, de pratiquer la gymnastique pour la simple satisfaction personnelle et des considérations purement esthétiques.

    L'enseignement de la gymnastique n'était pas laissé à des amateurs, mais confié à un spécialiste, le pédotribe (païdotribès), qui, quand il n'était pas rémunéré par la cité comme à Téos ou à Milet, était payé par les parents, qui lui versaient un forfait (100 drachmes vers 320) pour l'ensemble du cours.

    Vêtu d'un manteau de pourpre, le pédotribe tenait en main un long bâton fourchu qui servait tant à montrer ou à rectifier un mouvement qu'à infliger une correction aux maladroits et aux inattentifs ou, lors des compétitions, aux tricheurs : la pédagogie grecque, toutes disciplines confondues, n'était pas toujours marquée par une subtilité exemplaire...

    Le pédotribe n'était pas un simple moniteur de gymnastique : il jouait fondamentalement un rôle d'éducateur. Ses connaissances s'étendaient en effet à l'hygiène, au développement du corps, aux effets des exercices, aux régimes appropriés aux différents âges et tempéraments. Son enseignement n'était pas seulement basé sur la pratique et l'empirisme, mais aussi sur l'étude rationnelle et théorique des mouvements du corps lors des exercices. Un fragment de manuel destiné aux pédotribes datant du IIème siècle PCN nous fait ainsi  saisir sur le vif un entrainement à la lutte opposant deux élèves.

"Présente le torse de côté et fais une prise de tête avec le bras droit.
Toi, ceinture-le. - Toi, saisis-le par en dessous. - Toi, avance et étreins-le.
Toi, saisis-le par en dessous avec le bras droit. - Toi, ceinture-le par-là où il t'a saisi par en dessous ; avance la jambe gauche contre son flanc. - Toi, éloigne-le avec la main gauche. - Toi, change de place et étreins-le. - Toi, retourne-toi. - Toi, saisis-le par les testicules.
Toi, avance le pied. - Toi, saisis-le à bras le corps. - Toi, pèse en avant et courbe-le en arrière. - Toi, porte le corps en avant et redresse-toi ; [jette-toi] sur lui et riposte."
(Traduction : Henri-Irénée Marrou)

    Libre à vous de tester ce cours sur l'une de vos connaissances ; je décline toute responsabilité si vous vous retrouvez aux urgences.

    Marrou fait remarquer que ces instructions était rédigées dans une langue truffée de termes techniques. Notons également que l'entrainement ne consistait pas en un assaut brusque, brutal, furieux et désordonné, mais que l'affrontement était décomposé en mouvements élémentaires enchainés mécaniquement et logiquement. Ce type de leçon requérait de la part des élèves contrôle de soi, concentration soutenue et attention aux indications du professeur. Sans doute les exercices étaient-ils recommencés jusqu'à devenir des automatismes. La pédagogie de cette époque n'étant pas faite que d'encouragements, de conseils et de félicitations, nous pouvons imaginer que les corrections n'étaient pas que verbales.


5.1.3. La préparation physique

    Elle se se décomposait en exercices de préparation et en soins corporels.

Les exercices préparatoires

    Les pédotribes avaient développé une palette étendue d'exercices préliminaires à l'entrainement proprement dit, enrichie au fil des siècles des acquis de la recherche médicale. Au IIème siècle PCN, elle comportait des courses (sur place, sur trente mètres, en cercle ou sur terrain varié ; en avant et en arrière), des mouvements de jambes (sautillements, coups de pied en l'air,...) ou de bras (tenir le plus longtemps possible en garde, les bras étendus avec les poings serrés ; résister à la pression d'un partenaire qui essaie de faire baisser les bras, mouvements des bras avec des haltères,...), des flexions du torse, des montées à la corde, des jeux de balle ou de cerceau. Les boxeurs et les lutteurs s'entrainaient au kôrukos, sac de cuir rempli de petites graines ou de sable suspendu au plafond par une corde, soit qu'ils frappent dessus, soit qu'ils s'exercent à en recevoir le choc sur le corps ou la tête afin de renforcer leur équilibre et leur résistance aux coups.



Enfant jouant au cerceau
Stèle de Panaïtos
IVème siècle


    Bien que d'autres activités nous semblent plus incongrues dans ce contexte, leur logique est évidente. Par exemple, les athlètes s'exerçaient à manier la pioche, l'un des outils de base du sportif : à l'origine, en effet, elle servait à désherber et ameublir le terrain d'exercice avant l'entrainenement. Les pédotribes n'avaient pas tardé à comprendre que piocher constituait un excellent exercice d'affermissement des muscles.

    Autre étrangeté pour un moderne : l'entrainement s'accomplissait au son du hautbois, qui rythmait les mouvements de l'athlète.

    Finalement, la gymnastique grecque se dédoubla en une pratique à destination purement sportive et une technique hygiénique, à visées curatives, bien que les intentions éducatives soient toujours sous-jacentes à celle-ci.

 Les soins corporels

    Tout connaisseur de l'Antiquité le sait : les athlètes grecs concouraient entièrement nus. Il en était de même lors de l'entrainement. Comme je l'ai souligné plus haut, cette coutume était l'une de celles qui distinguaient le plus nettement les Hellènes des barbares.

    Oui, entièrement nus, y compris les pieds : les athlètes désherbaient et ameublissaient le terrain à coup de pioche avant la compétition ou l'entrainement ; sur le sol ensuite aplani, l'on répandait une couche de sable. Par conséquent, les pistes était nettement plus molles qu'actuellement, l'usage de chaussures ne s'imposait pas. De plus, même sous le soleil de l'été, ils gardaient généralement la tête découverte, les plus sensibles ou délicats se coiffant d'un bonnet en peau de chien attaché par une jugulaire.

    Avant la compétiton ou l'exercice, les sportifs grecs se frottaient d'huile. D'olive, évidemment. Cette opération suivait un rituel minutieux, fixé par la science médicale de l'époque. Dans un local à température modérée, l'athlète commençait par se frictionner à sec, avant de s'enduire d'huile, doucement d'abord, puis de plus en plus énergiquement. Le but de cette onction était plus hygiénique que sportif. A priori, nous n'en percevons pas l'utilité pour les courses, le saut ou les lancers : que l'on ne vienne pas me parler d'avantage aérodynamique ! L'on penserait plutôt à la lutte ou au pancrace, où la peau rendue glissante par l'huile aurait rendu les prises plus difficiles. Or, une fois frotté d'huile, l'athlète se couvrait d'une mince couche de poussière, qu'il laissait retomber en pluie aux travers de ses doigts écartés. Pourquoi de la poussière ? Pour assurer une meilleure prise au pancrace ou à la lutte, pensera-t-on immédiatement. Certes, mais l'on n'en saisit toujours pas l'utilité pour la course, le saut et les lancers. De plus, il faudrait savoir ce que l'on veut : faciliter les prises, ou les rendre plus malaisées ? En fait, cette poussière était destinée à réguler le sudation et à protéger des coups de soleil et des vents froids. Les médecins antiques lui attribuaient différentes propriétés en fonction de sa composition : celle de boue était détersive, celle de poterie favorisait la transpiration, celle d'asphalte réchauffait, celle de terre noire ou jaune "nourrissait" la peau et facilitait le massage, la jaune ayant la vertu supplémentaire de rendre le corps plus brillant, donc plus beau.

    Faisons taire un instant notre imagination, fermons les yeux et représentons-nous le spectacle : des athlètes basanés, nus, au corps graissé, enduits d'une couche de poussière brune, rouge, noire ou jaune où la sueur creuse des rigoles, maculés du sable soulevé lors des courses, des sauts ou des lancers quand ce n'est pas du sang répandu au cours des combats. Vision décapante...

    Bien entendu, après la compétition ou l'entrainement, l'athlète se nettoyait, enlevant la couche d'huile mêlée de sueur, de poussière, de sable, de boue ou de sang avec un racloir en bronze, le strigile. Ces soins se concluaient par une friction à l'huile, destinée à détendre les muscle et à se relaxer.


5.1.4. L'athlétisme

    Disons-le d'emblée, même si d'autres sports étaient pratiqués, l'athlétisme était l'activité sportive par excellence des palestres et des stades, le but ultime de toute préparation physique, car c'était à ses épreuves et à ses seules épreuves qu'étaient réservés les jeux.

 La course à pied



La course à pied
Amphore par le "Peintre de Berlin"
Vème siècle


    Dans l'Antiquité, la course se déroulait sur terrain plat et en ligne droite : les Grecs ignoraient les épreuves de haies et le steeplechase.

    L'épreuve-reine était la course du stade (stadion), substantif qui désignait aussi bien la course que la distance et la piste sur lesquelles elle se disputait. Un stade valant six cents pieds, il équivalait en moyenne à 180 de nos mètres. Pourquoi en moyenne ? Parce que les mesures n'étant pas unifiées dans l'Antiquité, le pied-étalon variait selon les cités : à Olympie, le stade valait 192 mètres 27, à Delphes, 177, à Pergame, 210, et à Rhodes, 190.

    Les athlètes s'affrontaient sur d'autres distances, correspondant à notre demi-fond : le double stade (diaulos - en gros, notre 400 mètres), l'hippos (4 stades, soit plus ou moins 800 mètres). Les épreuves de fond (dolikhos), variaient suivant les lieux et les jeux : 7 (1200 à 1.400 mètres), 12 (2,1 à 2,4 kilomètres), 20 (3,6 à 4 kilomètres), voire, à Olympie, 24 stades (4.300 à 4.800 mètres).

    Curiosité : la course en armes. Equipés d'un bouclier et d'un casque (et, jusqu'en 450, de jambières) les coureurs parcouraient, suivant les cités, 2 stades (Olympie, Athènes), 4 (Némée) et peut-être plus encore à Platées, où il semble que l'armure complète ait été obligatoire.



La course en armes
Coupe attique
Vers 480


    Comment se déroulait la course ?

    Les athlètes se rangeaient sur la ligne de départ, derrière une corde que tenait un arbitre. Par de startingblocks, pas de position de départ soigneusement calculée et entrainée : les concurrents se tenaient debout, le buste penché en avant et les pieds joints. Comme indiqué plus haut, pour l'épreuve d'un stade, ils couraient en ligne droite jusqu'à l'arrivée. Pour les distances supérieures, ils viraient à l'extrémité opposée du stade (sphendonè) pour revenir sur leurs pas, vers la ligne de départ. La question est de savoir si la piste était ou non divisée en deux couloirs, un pour l'aller, l'autre pour le retour. L'exemple  rhodien semble confirmer cette hypothèse : ce cas montre clairement qu'elle était séparée en deux zones par la spina, bande empierrée longitudinale ou muret disposé dans son axe et terminé 
au centre de la sphendonè par un pilier. Cette solution semble la plus vraisemblable, car l'on imagine aisément la bousculade et le désordre provoqués par des athlètes courant en sens opposés dans le même couloir. Et les tentatives de tricheries et de coups bas.

    Bien entendu, s'il y avait de nombreux inscrits à la compétition, l'on recourait à un système d'éliminatoires et de finale.

 Le saut

    Il n'y avait ni saut en hauteur, ni saut à la perche, ni triple saut en Grèce antique : on ne pratiquait que le saut en longueur.

    Deux différences notables avec la version moderne de cette discipline : d'abord, l'élan était plus court et moins rapide. Ensuite, l'athlète tenait en main deux haltères de pierre ou de bronze, d'un poids d'un à cinq kilos, servant à amplifier le saut par le balancement des bras.

    Le sauteur prenait sa battue sur un seuil ferme (peut-être la ligne de départ du stade) pour retomber sur un sol aplani et souple. Pour qu'un bond soit valable, il fallait que l'empreinte des pieds soit nettement marquée : chutes, glissades et pied plus en avant que l'autre étaiant sanctionnés d'une annulation.
 

 Le lancer du disque



Discobole
Amphore
Vème siècle


    Le disque
grec était en bronze et pesait de 1, 3 à 4 kilos. On en a même découvert un de 5 kilos 707, mais il s'agissait peut-être d'un disque votif. Afin de faciliter la préhension, il était préalablement frotté de sable.

        Probablement la ligne de départ des courses servait-elle de base de lancer, qui n'était ainsi fermée que sur l'avant et les côtés, alors que le cercle du lancer moderne limite les mouvements de l'athlète vers l'arrière également. Quelle était la technique ?

    "Le discobole élevait le disque au niveau de la tête avec les deux mains, puis, le retenant avec la main serré contre l'avant-bras-droit, il rejetait ce bras violemment en bas et en arrière (C'est le début de ce mouvement qu'a fixé l'artiste de la peinture sur vase ci-dessus - D.V.) : le corps et la tête suivaient le mouvement et se tournaient dans la même direction. Tout le poids du sorps reposait sur le pied droit, servant de pivot : pied et bras gauche n'entrent en jeu que pour assurer l'équilibre. Puis vient la détente en avant : la force du lancer ne vient pas du bras, mais de la détente de la cuisse et du brusque redressement du corps ployé."
Henri-Irénée Marrou, Histoire de l'éducation dans l'Antiquité, 1, Le monde grec, Seuil, Coll. Points 

 Le lancer du javelot

    Le javelot était une arme de sport, de chasse et de guerreRecherchant essentiellement la précision, les chasseurs et les soldats s'exerçaient  à atteindre une cible dessinée au sol.

    Par contre, en athlétisme, le but était de lancer le plus loin possible.

    Le javelot était de la longueur du corps, épais d'un doigt et probablement très léger. Particularité le distinguant de la discipline telle que pratiquée de nos jours : l'utilisation d'un propulseur. Lacet en cuir de 30 à 45 centimètres de longueur enroulé d'une à plusieurs fois autour du centre de gravité de la hampe et terminé par une boucle dans laquelle le lanceur passait l'index et le majeur de la main droite, il accroissait de deux à trois fois la portée du projectile : d'une part, l'effet de rotation autour de son axe longitudinal qu'il lui imprimait améliorait sa stabilité ; de l'autre, il allongeait le bras de levier formé par le bras et des doigts tendus, dont les athlètes s'efforçaient de tirer profit au maximum. L'on recrutait par conséquent comme lanceurs de javelot des athlètes aux doigts très longs !

    Au terme d'un court élan, le lancer se faisait d'une torsion du buste vers la droite, l'athlète rejetant son bras droit le plus loin possible vers l'arrière avant de le ramener brusquement en avant.

 La lutte



La lutte
L'athlète de gauche lève le doigt pour signifier qu'il concède la victoire

Coupe attique par le peintre d'Epictétos
Vers 510


    Autant, si pas plus populaire que la course à pied, la lutte opposait
les concurrents par paires tirées au sort en trois manches par match.

    Le but était de faire chuter l'adversaire, qu'il touche le sol des épaules, du dos ou d'une hanche sans tomber soi-même, sinon l'engagement était annulé.

    Seules les prises de bras, du torse et du cou étaient permises. Si les crocs-en-jambe semblent avoir été autorisés, les prises de jambes étaient interdites.

Le pentathlon

    Les cinq sports précités formaient le pentathlon. S'il semble qu'il commençait par la course et s'achevait par la lutte, l'ordre des trois autres épreuves est toujours sujet à débat. Autre controverse : quel était le mode de classement ? Les spécialistes estiment qu'était déclaré vainqueur le concurrent qui avait remporté au moins trois des cinq épreuves.   

 La boxe

    Elle se pratiquait d'une façon assez différente de la discipline actuelle.

    Premièrement, en ce qui concerne le matériel. Rappelons que les athlètes combattaient nus, sans short. Les boxeurs ne portaient pas de gants, mais des bandages, d'abord "mous", puis "durs" à partir de la fin du IVème siècle, en forme de mitaines, découvrant donc les doigts, et couvrant les poignets et la majeure partie des avant-bras, où ils se terminaient par un bracelet en fourrure de mouton. Les articulations des doigts étaient protégées et renforcées par des bandages de trois ou cinq lanières de cuir dur maintenues en place par des lacets.

    Pas de ring, pas de limite théorique à l'espace sur lequel se déroulait le match. Par conséquent, l'aspect tactique et le jeu de jambes étaient nettement plus accentués que dans la boxe moderne : le but était moins de mettre l'adversaire au tapis que de l'épuiser ou de l'amener à lever la main pour signifier qu'il concédait la victoire. Le rythme des combats était par conséquent plus lent qu'aujourd'hui.

    Il semble d'autre part que l'essentiel des coups étant porté à la tête, les concurrents avaient tendance à tenir la garde haute et les bras tendus : on raconte qu'un boxeur du temps de l'empereur Titus était capable de maintenir sa garde deux jours durant (vous avez bien lu) et d'épuiser ses adversaires physiquement - et j'imagine, moralement - sans que ceux-ci puissent lui porter le moindre coup.


 Le pancrace
   
    Pour paraphraser un célèbre humoriste, "Voilà un sport qu'il était subtil... comme sport".

    Comme son nom l'indique, les athlètes y allaient en effet de toutes leurs forces dans un affrontement qui combinait les charmes de la boxe et de la lutte. Tous les coups et prises y étaient permis, sur n'importe quelle partie du corps ; seule l'introduction des doigts dans les orifices du visage de l'adversaire, et plus particulièrement les yeux, était prohibée ! L'objectif était de mettre son opposant hors de combat, soit qu'il lève le bras pour reconnaitre sa défaite, soit qu'il perde conscience.

    Les matchs de pancrace ressemblaient donc à notre catch, avec une seule différence, mais de taille : au pancrace, on ne faisait pas semblant... Il s'agissait donc d'un affrontement brutal et sauvage, d'autant plus que les lutteurs roulaient rapidement au sol, cramponnés l'un à l'autre. L'aspect frais et primesautier de ce sport était renforcé par le fait que le sol, préalablement ameubli, était arrosé, si bien que les athlètes étaient rapidement couverts de boue mêlée de sang.


5.1.5. Et les autres sports ?

    Si les disciplines athlétiques représentaient le sport par excellence, le seul digne de figurer aux jeux, d'autres activités physiques étaient pratiquées, soit pour le plaisir, soit comme préparation aux concours et compétitions.

Jeux de balles et ballons


Jeu de balle
Bas-relief d'une statue
Vème siècle


    Oserait-on dire qu'ils sont aussi vieux que le monde ? En tout cas, ils étaient connus des anciens Grecs, sous diverses formes : balle au mur, au voleur, en triangle, en l'air, ainsi qu'une sorte de hockey.

    Cependant, ces activités physiques restaient avant tout des divertissements : elles n'avaient pas acquis l'importance sociale, économique et culturelle qu'elles ont de nos jours. Jamais elles ne furent inscrites au programme des jeux. Tout au plus servaient-elles d'entrainement aux disciplines "sérieuses" ou d'amusement pour les enfants.

 Les sports aquatiques

    Que nous nous soyons baladés sur ses plages et ses rochers ou fantasmions sur la Méditerranée, celle-ci est pour nous le domaine des divertissements nautiques. Nous projetons tout naturellement notre passion pour la Grande Bleue sur les Grecs anciens : leur pays étant constitué presque plus d'eau que de terre - du moins l'imaginons-nous -, nous supposons qu'ils adoraient la mer. Ce n'était pas le cas : excellents marins, ils  ne l'aimaient pas et en avaient peur. Qui a vu un coup de vent en Méditerranée en avril a saisi combien elle peut être vicieuse, imprévisible et dangereuse. De plus, les navires antiques n'avaient rien des majestueux paquebots de croisière ni des cargos massifs qui la sillonnent de nos jours : leur longueur moyenne était de trente mètres. Le soir, si l'on ne rentrait pas au port, le bateau était halé sur une plage où l'équipage et les éventuels passagers passaient la nuit. La mer était "fermée" d'octobre à mars. Un proverbe traduisait bien cette perception de la mer comme un élément étranger : "Il y a trois sortes d'humains : les vivants, les morts et les marins".

    Bien sûr que les Grecs savaient nager ! le syntagme "il ne sait ni lire ni nager" désignait le crétin. Mais c'était plus par nécessité que par plaisir ou par sport. Un seul concours (de natation ? De plongeon ?) est attesté, celui du sanctuaire de Dionysos à l'égide noire, près d'Hermionè, cité mineure d'Argolide.

    Par contre, les régates étaient plus appréciées. Des épreuves d'aviron sont attestées aux Panathénées de Corcyre, à Nicopolis (du moins sous Auguste) et, aux époques hellénistique et romaine, à Salamine et à Mounychies, l'un des ports d'Athènes.

 L'équitation

    Le manque d'intérêt des Grecs pour les activités nautiques tient peut-être à leur provenance : peuple d'origine indo-européenne descendu du nord, ils n'étaient pas marins ; ils le sont devenus. Chez les peuples nomades des steppes, le guerrier par excellence ou le noble est avant tout un cavalier. Cette représentation sociale et culturelle a laissé de profondes traces en Grèce ancienne : l'équitation est l'apanage de l'aristocratie des grands propriétaires fonciers. Jusqu'aux ères hellénistique et romaine, elle fait partie de l'éducation des jeunes gens de bonne famille, qui commencent leur apprentissage dès l'âge de sept ans. C'est ainsi qu'au 1er siècle ACN, elle est mise sur le même plan que la gymnastique dans les activités du très mondain collège éphébique athénien.


5.1.6. Organisation spatiale

    "Gymnase" et "palestre" désignaient-ils le même lieu et le même édifice ? Certainement pas. Le problème est que les textes hellénistiques, mêlant les acceptions, ne facilitent pas la distinction entre ces deux bâtiments.

    Différentes interprétations ont été proposées : la palestre aurait été réservée aux enfants, le gymnase aux éphèbes et aux adultes ; la palestre serait une institution privée, le gymnase, un établissement municipal. Marrou propose la solution suivante, peut-être plus élégante : le gymnase est, selon lui, l'ensemble formé par le stade, lieu où se déroulent les compétitions et les entrainements à la course, et la palestre, édifice offrant un terrain d'exercice et des aménagements spécifiques aux sportifs.

    D'une cité à l'autre, le plan des gymnases était extrêmement constant. La description de celui de Priène par Marrou peut par conséquent s'appliquer, avec des modifications mineures, à tous ceux de la Grèce antique.

    La palestre, contiguë au stade, consistait en une cour carrée au sol vraisemblablement ameubli et sablé, d'une centaine de pieds (soit 30 à 35 mètres) de côté, entourée de portiques. Celui du nord était de profondeur double et comptait deux rangs de colonnes afin que, par temps d'orage, le vent du sud ne puisse pénétrer dans les pièces septentrionales, les plus importantes de l'édifice.

    Au nord, la vaste pièce centrale (9,5 X 6,6 mètres) servait de salle de réunion et de conférence pour les éphèbes. Appelée "exèdre des éphèbes" à Priène ou éphèbeion, c'était un local luxueux ouvrant sur le portique par deux colonnes, au plafond surélevé, aux murs couverts de marbre sur une hauteur de trois mètres et ornée, sur la paroi du fond, de pilastres et d'une arche encadrant la statue d'un homme drapé, vraisemblablement un bienfaiteur de la cité et du gymnase : statues, et particulièrement hermès, constituaient en effet la décoration courante des éphèbeions. Des centaines de graffitis du type "C'est la place d'un tel, fils d'un tel" couvraient les murs : le besoin de marquer son espace ou son passage n'a pas été inventé par les tagueurs...

    A gauche de l'éphébeion, se trouvait vraisemblablement l'elaeothesionlocal où était conservée et distribuée l'huile et, dans le coin nord-ouest de la palestre, juste à côté de l'elaeothesion, les bains froids (loutron). La décoration élégante de macarons et de moulures ne doit pas nous tromper sur le confort de l'installation balnéaire : plutôt spartiate, elle consistait en des têtes de lion déversant l'eau dans une auge qui courait tout le long du mur septentrional.

    Si nous repartons vers la droite de l'éphébeion, nous passons devant la salle du punchingball (latin coryceum) pour arriver au magasin à sable et à poussières dont les athlètes s'aspergeaient une fois huilés. Dans le cas de Priène, il semble que cette pièce, trop grande pour un magasin, ait servi également de salle de massage.

    Mais où les athlètes se déhabillaient-ils ? Dans le vestiaire (apodutérion), formé en trois salles contigües agencées sur le côté ouest de la palestre, dans lequel était également ménagée la porte d'entrée du complexe. On accédait au stade par une porte percée dans le mur oriental.



5.2. La palestre
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Il ne reste quasi rien de visible de cet édifice, même pas de quoi se rendre compte de la fonction primitive de cet espace
occupé actuellement par un champ de vestiges divers, qui feraient la fierté d'un musée d'Europe du nord.
Une colonne dorique écroulée... Peut-être un vestige du portique.
Des tronçons de mur.
Rigole ? Cloisons d'un mur à deux parois ?
Les indications figurant sur le site se distinguent par leur absence.


Gros-plan sur la colonne.
Blocs divers.
Un autel ?



5.3. Le stade
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Le stade de la cité de Rhodes fut érigé au IIIème siècle.
Il fut largement restauré par les archéologues italiens, l'ile ayant été possession italienne entre 1912 et 1945.
Seuls certains sièges inférieurs et l'hémicycle de l'extrémité (sphèndonè) sont d'époque.
Sa longueur ? Un stade ! Autrement dit 600 pieds d'Héraklès, soit, en théorie, 192,32 mètres.
Le pied variant d'une cité à l'autre, les stades (aussi bien l'unité de longueur que l'édifice sportif) n'avaient pas la même
longueur, allant de 180 à plus de 200 mètres. Dans le cas de Rhodes, il faisait 190 mètres.
Sa largeur était de 35 mètres.
Merci à ce visiteur de nous donner les proportions de l'édifice.
Au pied de l'escalier descendant le long de l'odéion, on remarque un dallage en forme de U.
Il s'agit des vestiges de la ligne de départ des coureurs.
On l'aperçoit ici vers le milieu du bord droit de la photo.
Deux gros-plans.
Un arbitre se tenait à ce niveau, donnant le départ en relâchant une corde derrière laquelle étaient rangés les coureurs.
Les gradins occidentaux.
Les gradins sont séparés de la piste par une allée d'un petit mètre de largeur et un muret.
Ils sont d'une extrême simplicité. J'imagine que les spectateurs apportaient leur cousin individuel, en sus de leur casse-croute
et d'une certaine boisson revigorante à base de raisin.
Quelques vues dans l'autre sens.
Au sud, la sphèndonè, extrémité arrondie de la piste où les athlètes viraient.
Cette partie des gradins est authentique.
En se retournant : quelques vues depuis la sphèndonè.
Dans l'axe de la piste, la spina, qui la séparait en deux couloirs, l'un depuis la ligne de départ, l'autre y ramenant, et
l'emplacement de la stèle autour de laquelle les athlètes viraient pour repartir vers l'arrivée lors des courses de double ou
quadruple longueur.
Gros-plans sur la spina.
L'internaute attentif aura probablement remarqué cette zone herbeuse rectangulaire sur les photos prises depuis la
sphendonè.
Elle séparait celle-ci de la piste.
Faute de meilleure hypothèse, je suppose qu'elle matérialisait la ligne d'arrivée de la course d'un stade.
Les gradins orientaux.
Moins bien conservés, car le muret a disparu.
Mur de soutènement de l'extrémité des gradins orientaux.
Gros-plan sur l'appareil.
Quelques gros-plans sur les gradins occidentaux.
Les gradins de la sphendonè, dans leur état d'origine.

 
Quelques vues supplémentaires.
Comme à l'odéon, Les escaliers d'accès sont étroits et raides.
La sécurité et le confort n'étaient pas les priorités des architectes.
A quoi servait cette rainure ?
Ma moins mauvaise hypothèse est que l'on y glissait verticalement une plaque de bois ou y
tendait une toile en guise de portillon.
Une Dromacarte à qui confirmera, rectifiera ou précisera cette supposition.
L'emplacement de la stèle et les vestiges de la spina.

Une bonne synthèse de l'histoire du stade grec et des sports que l'on y pratiquait
http://www.arena-stadium.eu.org/2500-ans-histoire/1-Grece/index.html

6. Soubassement de la plate-forme des temples
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7. Débris divers
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Près du temple d'Apollon Pythien.

   
A côté du temple d'Apollon encore, un tronçon de colonne en marbre.



Dans un bosquet qui a poussé sur une partie de l'ancien gymnase, toutes sortes de trésors...
Blocs de pierre, tronçons ou bases de colonnes, morceaux d'architraves, vestiges à la nature et à l'usage difficilement
discernables pour le visiteur bêta, tel que votre serviteur...
Bases et tambours de colonnes.
Inscriptions diverses.
Une Dromacarte et la mention de son nom seront les seules récompenses de qui m'en précisera la signification.




    
En savoir plus sur Rhodes 
http://druine.free.fr/rhodes/
http://www.rhodos-info.de/rhodes/index.html
http://rhodes.helios.gr/
http://www.faliraki-info.com/rhodes/
 


 

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