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Le
Forum Romanum
A
droite, les pentes du Palatin

Pas
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chapitre
ou paragraphe désiré![]()
2. Le
Latium
2.1. Le cadre
géographique
2.2. Bref
aperçu de la culture latiale
3. Le Tibre
3.1. Longitudinalement
3.2. Transversalement
3.3. Une
double pression et ses conséquences
3.3.1. Fédérations
3.3.2. Contrôler le gué
3.3.3. Mutations
technologiques, économiques et sociales
4. Le
site jusqu'au VIIIème
siècle
4.1. Age
du bronze et époque latiale : extension
4.1.1. Les
données
archéologiques
4.1.2. Et
les
conclusions que l'on peut en tirer
4.2. Vers
740-730 : concentration
5. Conclusion : géographie, "Romulus" et tradition
Annexe : jouer au plus fin avec Jupiter... et l'emporter

"... dont le sol spongieux ne laisse maigrement végéter que saules et roseaux chétifs ; un fleuve limoneux aux eaux troubles, qui envahit parfois au sortir des forêts en des crues tumultueuses ces rivages gris, désolés et déserts ; le calme revenu, dans le triste apaisement gris, une brume si épaisse que les Romains donneront à la vallée qui allait devenir le coeur de la cité le nom de Velabre (velarium signifie : voile) ; quelques collines dont les pentes escarpées hissent à grand-peine des bois noirs et humides au-dessus du cloaque. En haut de ces collines, des hommes."C'est ainsi que Norbert Rouland, dans Rome, démocratie impossible ?, décrit le site romain des origines, tel qu'il devait se présenter au IXème siècle. Les deux reconstitutions suivantes, l'une d'une cabane, l'autre du village du Palatin n'en donnent pas une meilleure image.
Une interrogation spontanée surgit alors : "Et le soleil de l'Italie, où est-il ?" Mais c'est la réflexion d'un touriste qui n'a admiré la péninsule qu'à la bonne saison, alors que Rouland, soignant ses effets littéraires, accumule les qualifications négatives.
Plus loin, il soulève le problème qui fait le sujet de cet article :
"Si un lieu paraît moins prédestiné que tout autre à un destin glorieux, c'est bien celui-ci."Ici, mon chemin s'écarte de celui de Rouland, qui, reliant le système politique de la République romaine aux origines pastorales de l'Urbs, en explique le fonctionnement et les blocages qui l'amèneront finalement à sa perte. Ma question est plus prosaïque : si ce site était tellement misérable et peu propice à la fondation d'une cité qui allait régner sur tout le bassin méditerranéen, pourquoi et comment Rome fut-elle à Rome ? Ce site devait comporter des avantages décisifs.
Lesquels ? Pour les découvrir, l'enquête ne pourra se limiter au site romain lui-même, mais devra s'étendre à un contexte géographique qui lui donne tout son sens, et dont les cinq éléments essentiels sont le Latium et ses populations, le Tibre, la mer, l'Apennin sabin et les cités étrusques et grecs.
![]()
Evidemment...![]()
Sauf indication contraire,
toutes les dates s'entendent
avant Jésus-Christ.
Une
précision![]()
Le "Forum", non précisé
par un adjectif, est le Forum Romanum, entre le
Palatin, le Capitole
et le Quirinal.

Remarques![]()
Afin d'éviter de surcharger la carte, je n'ai repris
que
que les lieux cités dans le texte.
Les noms des peuples sont soulignés.
Montagnes
(signalées
par un trait double)![]()
MA monts
Albains
- Un article sur Alba
Longa
MC mont
Circeo
Lacs
(zones
noires)![]()
LA lac Albain
LC lac et mont Ciminus
LS lac et mont Sabatinus
Localités![]()
1 Rome
2
Alba
Longa
3 Laurentum
4 Lavinium
5 Ardea
(Le site de la commune)
6
Praeneste (D'autres
photos du site - une page de
Wikipedia)
7 Tibur
(= Tivoli - Une page sur la Villa
Adriana)
8 Ostia
(voir aussi ici)
9
Ficana
10 Fidenae
11 Veies
12 Orte
13
Caere
14 Tarquinii
Voies
romaines
(en
traits discontinus)![]()
VAp Via
Appia (vers Capoue, la Campanie, Tarente et Brindisi)
Vau Via Aurelia
(vers Pise, Gênes et la Gaule)
VCa Via Cassia
(vers Pérouse, Arezzo et Bologne)
VCp Via Campana
VF Via
Flaminia (vers l'Adriatique sur le Métaure - Une autre page ici)
VL Via Latina
(vers Capoue et la Campanie)
VS Via Salaria
(vers le pays sabin et l'Adriatique
à Asculum)
VV Via Valeria
(vers Corfinium et l'Adriatique)
Lieux
remarquables![]()
Le cours du Tibre est signalé par les triangles.
Le carré en face d'Ostie (N° 8) figure
les salines.
PP Pomptinae Paludes = les marais Pontins.
![]()
Toutes les cultures et civilisations avancées de l'Italie se sont développées sur la face tyrrhénienne de la péninsule. Rien d'étonnant à cela : les plaines littorales y sont plus nombreuses et étendues que sur la côte adriatique, les ports naturels plus abondants, les fleuves plus longs et moins torrentueux, les sols, d'origine volcanique, facilitent une activité agricole jamais facile, mais que favorise un climat plus doux et moins sec.
Géologiquement, le Latium combine des reliefs calcaires, datant soit du Secondaire, comme le Mont Circeo, le centre et le sud de la Sabine, soit du Tertiaire, comme les monts qui forment l'arrière-plan de Préneste, aux marnes sableuses ou argileuses, et des zones d'origine volcanique.
Deux systèmes de volcans, actifs jusqu'en 280.000, ont façonné le visage actuel de cette région : au nord-ouest du Tibre, les monts Sabatini et Cimini, au sud-est les monts Albains, tous trois identifiables par la présence de lacs. Les rejets de ces volcans se compactèrent en une variante de tuf, appelée capellaccio, situé à faible profondeur sous l'humus argileux fertile. Le capellaccio n'est pas homogène, mais composé de couches alternées de tuf compact, donc imperméable, et friable, perméable. L'eau de pluie, après avoir traversé, souvent en la ravinant, la couche trop mince d'humus, va s'accumuler dans les couches perméables du capellaccio, d'où elle a des difficultés à s'évacuer, car elle est retenue par les couches les plus dures.
Conséquences peu favorables à l'agriculture : la couche fertile se déssèche rapidement quand elle n'est pas ravinée par une pluie violente, et le feuilletage de tuf alternativement perméable et imperméable entretient à faible profondeur une humidité malsaine, génératrice de malaria. Paradoxalement, les cultivateurs sont obligés à la fois d'irriguer la couche superficielle et de drainer le cappellaccio. D'où la présence de cuniculi, canaux dont l'entretien requiert des soins constants. Si le drainage n'est plus assuré, les marécages reprennent rapidement leurs droits, excluant toute activité humaine, comme dans les Marais Pontins.
S'il existe des terres arables dans le Latium, elles sont donc peu nombreuses et pénibles à travailler. Les habitants se rabattent alors sur un élevage facilité par la présence de plaines et de hauteurs à faible distance respective : l'été, les éleveurs, fuyant la sécheresse de la plaine, poussent leurs troupeaux vers les hauteurs fraîches, ombragées et aux pâtures plus grasses, telles que celles des monts Albains ; l'hiver, ils redescendent dans la plaine au climat plus clément. Nous verrons plus loin que la présence de ces éleveurs transhumants, et notamment de leurs besoins en sel, eut une importance décisive dans le développement du site romain.
Trois atouts font pourtant du Latium une région attirante : nombreux sont les cours d'eaux et les lacs, et les forêts y abondent, renommées jusqu'en Grèce pour leurs hêtres : les navigateurs grecs, étrusques et phéniciens y abordent pour reconstituer leurs réserves d'eau douce et y trouver les matériaux de construction de leurs bateaux : la découverte à l'embouchure du Tibre actuel d'une ancre égéenne remontant à 1.000 témoigne de cet intérêt étranger pour la région. Enfin, le Latium se trouve entre ces deux pôles de développement urbain, économique et culturel que sont les cités d'Etrurie et de Grande-Grèce à partir du début du VIIIème siècle.
Une région variée donc, où s'entrelacent champs, pâtures, forêts, vallées et hauteurs, autorisant des activités diversifiées, et attirant voyageurs, négociants et navigateurs. Une zone de passage où se croisent d'une part, les éleveurs de l'Apennin, Sabins, Aequi, Hernici, pas toujours mus par des intentions pacifiques, soit dit en passant, de l'autre, les marchands et artisans étrusques et grecs. Les premiers descendent suivant un axe nord-est / sud-ouest que les Viae Flaminia, Salaria et Valeria marqueront plus tard ; les seconds soit empruntent la route Tarquinii - Caere - Ficana - Lavinium - Ardea, soit traversent le Latium par l'itinéraire de la future Via Latina (vallées actuelles du Sacco et du Liri) , franchissant le Tibre au bac de Fidenae.
On s'en doute, ces négociants ne se contentent pas de traverser le Latium. Ils y entretiennent une activité commerciale qu'indique la différenciation croissante des tombes latiales qui, jusqu'au IXème siècle, livrent toutes le même matériel pauvre et fruste. A partir de la seconde moitié du VIIIème (retenons déjà la coïncidence chronologique avec la fondation légendaire de Rome), un petit nombre d'entre elles accumulent des objets précieux d'origine étrangère qui prouvent un écart social croissant entre une aristocratie qui accapare richesse, pouvoir et prestige et une masse pauvre.
Les Latins sont des Proto-villanoviens, populations d'origine indo-européenne issues de la civilisation d'Otomani, dans les Carpathes. Entrées en Italie au XIIème siècle, elles s'y sont installées en Vénétie et dans ce qui sera le Latium, où elles forment le groupe linguistique latino-falisque. Jusqu'au IXème siècle, Il s'agit de populations au niveau technologique, culturel et social rudimentaire.
Société pastorale, semi-nomade, on l'a déjà signalé, patriarcale et guerrière.
Suouetaurilia
Autel
de Domitius Ahenobarbus
Ier
siècle après J.-C.
La fortune principale est le
bétail
: chèvres, mais surtout boeufs, moutons, et cochons dont le sacrifice
suouetaurilia
prouve le rôle primordial dans la mentalité romaine qui désigne
par ailleurs les biens de valeur du terme
pecunia, "avoir en
bétail, fortune qui résulte du bétail",
dérivé de pecus, "le
troupeau,
le bétail", terme qui a survécu jusque dans le français
moderne "pécuniaire" et "pécule". Notons que pecus
vient de l'indo-européen *peku-,
"richesse
mobilière personnelle" : il y a, de l'indo-européen au latin,
une restriction sémantique significative. La monnaie archaïque
romaine ci-dessous, encore utilisée à la fin du IVème
siècle, porte l'image d'un boeuf, et non d'une louve, comme l'on
s'y attendrait. L'objet reproduit ici pesait cinq livres, soit, à
327 grammes la livre,
Monnaie romaine archaïque
Ne nous imaginons pas d'heureux pasteurs vaguement insouciants vivant dans l'opulence et la paix. L'âge d'or n'est qu'un mythe, voire un rêve d'affamés : dans les régions méditerranéennes, il ne faut pas moins d'un hectare pour couvrir les besoins vitaux d'un mouton, et cinq pour un boeuf. C'est dire que les pasteurs tiennent à ces animaux qui font l'objet de tous les soins, que la concurrence pour les bonnes pâtures est permanente, et que les razzias et "emprunts involontaires", seuls moyens d'enrichissement rapide, forment un ingrédient essentiel de la relation entre communautés. Cet état de conflit endémique est encore aggravé par les transhumances, qui jettent sur les chemins des troupeaux à la fois dévastateurs et bien tentants et des bouviers ou bergers vite soupçonnés de pratiquer le brigandage, d'avoir le mauvais oeil, de courir le jupon, et que sais-je encore...
Le noyau sociologique des Latins est la gens (plur : gentes), qui "regroupe, autour de son chef, non seulement ceux qui se réclament d'une parenté de sang, à partir d'un ancêtre commun auquel on remonte en lignée masculine, mais un certain nombre d'hommes placés sous sa dépendance, les clients" (Michel Meslin). La gens est elle-même divisée en familles (familia) qui, sous le même toit, rassemblent trois générations dirigée par le pater familias. Cette structure fait donc coexister deux formes de liens, l'un de famille, l'autre de dépendance, tous deux pourtant regardés comme des variantes de la relation de paternité :
Patronus
Pater (notez
la parenté étymologique)
------------ = --------
Cliens
Filius
La gens rassemble donc la famille consanguine, et les clientes, a un territoire de pacage et de culture (pagus), des coutumes (mores) et usages juridiques (iura) particuliers, le tout sous l'autorité incontestée et pesante du chef de famille. L'une de mes connaissances, issue de la "grande ville", a eu, vers la fin des années 1980, le "bonheur" de vivre quelque temps dans une ferme du Midi qui regroupait un aïeul, déclinaison moderne du pater familias, et deux générations de descendants, qui tiraient leurs ressources de l'élevage de caprins et de la fabrication de produits laitiers. Chaque vendredi, l'aïeul descendait à la ville, y écoulait au marché le produit du travail de la communauté et... empochait les gains dont il disposait à son gré "pour le plus grand bien de la communauté".
Il s'agit donc d'une société rigide, où l'éducation vise, non à développer l'esprit d'initiative et l'autonomie individuelle, mais à imposer les valeurs collectives axées autour de l'obéissance et du respect dûs aux coutumes incarnées dans le pater/patronus, et à reproduire le modèle technico-socio-économique des ancêtres, "qui a toujours marché."
Société traditionaliste donc, et à évolution lente, si lente qu'elle n'est pas perceptible de génération en génération, ce qui donne à ses membres une impression de permanence qui renforce encore l'immobilisme du modèle socio-culturel.
Evolution d'autant plus lente qu'il n'y a pas, ou très peu d'accumulation de richesse possible, vu la minceur des ressources et des échanges économiques réduits aux besoins de base. S'y additionnent les effets d'une démographie difficilement contrôlable. Signe d'une société égalitaire, les tombes, jusqu'au début du VIIIème siècle, renferment toutes le même contenu pauvre et rudimentaire.
La religion, empreinte de cette vision du monde austère et conservatrice d'une société (sur)vivant dans une nature ingrate et en proie à des conflits de voisinage fréquents, jette une lueur singulière sur les relations sociales et "diplomatiques". Le terme religio ne désigne pas "ce qui relie les hommes au(x) dieu(x)", sens que ce substantif prendra sous l'influence du Christianisme qui pose une relation confiante, personnelle, émotionnelle, sentimentale voire mystique entre le croyant et la divinité, mais l'appréhension, le recul craintif allant jusqu'à l'horreur devant des forces surnaturelles toujours redoutables et imprévisibles : une faute rituelle minime, même involontaire, est susceptible d'offenser une divinité qu'il s'agit alors d'apaiser par des prières et des sacrifices que l'on accomplit avec une rigueur formaliste d'où sont absentes la foi et la sincérité que l'on attend du fidèle des religions du Livre. S'il est possible de tricher et de tromper la divinité sous les apparences de la plus parfaite bonne foi, on n'hésite pas, comme l'illustre le dialogue entre Numa Pompilius et Jupiter en annexe. A la limite, la divinité saura apprécier la rouerie de son interlocuteur humain et s'avouer vaincue.
La structure sociale supérieure aux gentes est le populus, à traduire par "peuplade" plutôt que par "peuple", terme technique désignant en latin l'ensemble des citoyens d'une cité. La peuplade habite un ou plusieurs villages (uicus) qui regroupent chacun, bien souvent au sommet d'une colline et souvent à l'abri d'une palissade, plusieurs cabanes de roseau enduit d'argile, dont le toit est soutenu par un pieu central, et entourées d'une rigole. Entre les villages, un no man's land, espace et/ou objet de frictions entre les communautés.
Extrême fragmentation, donc, cependant compensée par des fédérations plus religieuses que politiques entre des villages proches géographiquement et se percevant des intérêts communs. Ainsi, les trente populi Albanenses se réunissent annuellement au sommet du mont Albain pour célébrer les Feriae Latinae, fêtes en l'honneur de Juppiter Latiaris (plus d'informations sur cette page de Lacus Curtius). Varron les appelle "Prisci Latini", "Vieux Latins". Il est probable que ces cérémonies religieuses étaient l'occasion de régler les conflits entre populi, de discuter des problèmes communs et peut-être d'élaborer des projets d'ensemble. D'autres fédérations existent sur la côte, comme les Laurentes de Laurentum et les Rutules (les "Rouges") d'Ardée. Mais c'est à Alba Longa que se situera longtemps le centre de gravité du Latium, et autour duquel se coagulera la conscience des populi du Latium d'appartenir au même nomen latinum, pas seulement le "nom" latin, mais aussi le sentiment de partager un même mode de vie appuyé sur des valeurs morales et religieuses identiques. Ainsi, encore sous la République, les consuls ne manqueront pas d'aller sacrifier à Juppiter Latiaris, réaffirmant l'unité des peuples latins, désormais sous l'autorité romaine.
Pas d'Etat. Il n'est tout simplement pas nécessaire, car la différenciation sociale et économique n'est pas suffisante pour créer des classes sociales aux intérêts divergents générateurs de conflits que l'Etat devrait arbitrer.

Remarques![]()
Bis repetita : afin d'éviter de surcharger le plan, je n'ai
repris
que que les lieux cités dans le texte.
Les hachures horizontales signalent les
zones basses : les traits
obliques, les sommets et hauteurs.
En gris foncé : le Tibre.
Les
7 collines
classiques![]()
Dans le sens des aiguilles d'une montre, en partant du Palatin.
1
Palatin (Voir
aussi ici
et là
pour l'état actuel)
2
Capitole
(Des images actuelles ici)
3
Quirinal
4
Viminal
5
Esquilin
6
Caelius
7
Aventin
La
ligue du
Septimontium![]()
Dans le sens des aiguilles d'une montre, en partant du Palatin.
P
Palatin
G
Germal
V
Velia
S
Subura
Ci
Cispius
F
Fagutal
O
Oppius
Ca Caelius
Autres
lieux
cités dans le texte (initiales dans un cartouche)![]()
De haut en bas.
S
Vallée de la Subura
(Insulae
et leur reconstitution
virtuelle)
FR Forum
Romanum (Des photos de l'état
actuel et une reconstitution
virtuelle)
Vel Vallée
du Vélabre
IT Ile
Tibérine (Etat
actuel)
FO Forum
Olitorium
PS Pont
Sublicius
et sa reconstitution
virtuelle
FB Forum
Boarium - Reconstitution
virtuelle
VM Vallis
Murcia (emplacement du futur Circus
Maximus) - Etat
actuel
Pour le stratège comme pour le commerçant, le fleuve est une grande voie de pénétration : jusqu'à une époque récente et à la construction d'un réseau routier et ferroviaire étendu et serré, le fleuve et la rivière assurent avec une relative facilité et une économie d'énergie non négligeable le transport de matières pondéreuses et/ou volumineuses, ainsi que celui des troupes et de leurs animaux. Par exemple, on oublie bien souvent le rôle des flottes rhénanes et danubiennes sous l'Empire dans les capacités de redéploiement rapide des armées romaines.
Ceci est vrai quand le soldat et le négociant prennent le fleuve dans le sens longitudinal, en suivant son cours. Transversalement, ils se trouvent face au même problème : "Comment passer sur l'autre rive sans (trop) se mouiller ?" C'est ici l'économie et la stratégie divergent : si le marchand espère un accueil favorable, le général peut se préparer à devoir passer en force.
![]()
Navigable jusqu'à Orte, le Tibre constitue le plus grand axe de pénétration fluviale en Italie centrale et méridionale. Des tombes, jusqu'en pays sabin, contiennent des modèles réduits de barques, témoignages de l'activité du défunt. En outre, même si elle n'est équipée de routes qu'à l'époque romaine, sa vallée facilite les déplacements terrestres, qui prennent essentiellement la forme des transhumances et du colportage.
Mais, qu'y transporte-t-on ?
Bien sûr, des produits agricoles, mais aussi les minerais extraits d'Etrurie orientale. Jusqu'à l'époque impériale, on y pratique également le flottage du bois, ressource de premier choix, tant comme matériau de construction que comme combustible.
Ensuite, et surtout, le sel. Denrée primordiale pour la nourriture des animaux et la conservation des produits de l'élevage et de la pêche : on compte, dans l'Antiquité, une consommation de 20 kilos par personne et par an. Or, des marais salants sont installées à l'embouchure du Tibre, sur la rive droite, face à Ostie. A cette époque, ce sont les seuls de la côte tyrrhénienne. Soit le sel transite par la vallée du fleuve pour parvenir aux éleveurs de l'Apennin sabin, soit ceux-ci descendent à sa rencontre avec leurs troupeaux.
Rome, fille de la Louve ? Plutôt du boeuf et du sel. Le pays des pasteurs sabins est situé sur la rive gauche du Tibre, alors que les salines se trouvent sur la rive droite. Il leur faut donc traverser le fleuve quelque part.
Sur le site de la future Rome, plus précisément, et ce n'est là l'effet, ni du hasard, ni de la Providence.
Il y a, justement, une île, l'Ile Tibérine, et immédiatement en aval, un gué à l'emplacement duquel sera construit le Pont Sublicius. C'est le dernier point de franchissement avant les marécages qui bordent le fleuve jusqu'à son embouchure et, vu dans la perspective inverse, le premier gué pour qui remonte de la mer. Mieux : sur la rive gauche, le gué débouche sur une petite plaine assez large protégée par trois collines, l'Aventin, le Palatin et le Capitole, entre lesquelles, cependant, des vallées, le Vélabre et la Vallis Murcia, futur emplacement du Circus Maximus, offrent des passages, le premier vers la Sabine, la seconde vers le Latium. Cette étendue, c'est le Forum Boarium "marché aux boeufs", flanqué du Forum Olitorium "marché aux légumes", dénominations on ne peut plus claires.
L'onomastique continue à nous renseigner : la route qui, conduisant des monts Sabins, descend du Quirinal vers le Vélabre et aboutit au Forum Boarium s'appelle Via Salaria. De l'autre côté du Tibre, son prolongement est la Via Campana, qui menait au Campus Salinarum, les salines de l'embouchure du Tibre. Au pied de l'Aventin, un lieu-dit s'appelait Salinae, non "les Salins" (on est un peu loin de la côte...), mais le lieu où se pratiquait le débarquement, le stockage et l'échange du sel et peut-être la transformation de produits agricoles et piscicoles.
Trois faits témoignent du rôle décisif des pasteurs et de "l'or blanc" dans l'émergence du site romain :
Des tessons de céramique
à fond noir décoré de rubans et de pointillés
attestent la fréquentation du site par les Sabins.
Les premières populations
s'installent sur le Capitole, d'où la surveillance du Forum Boarium
est la plus aisée.
Enfin, à l'époque
"historique", lorsque les rois proprement romains entameront une
politique
de conquête, leur attention se tournera très rapidement vers
l'aval. L'on prête à Ancus Martius (640-616) l'accomplissement
de ce projet d'expansion : élimination des communautés
et cités concurrentes de la rive gauche telles que Ficana dont il
aurait, significativement, transféré la population sur l'Aventin,
fondation du port d'Ostie, établissement d'une tête de pont
sur le Janicule et saisie des marais salants.
![]()
A partir du VIIIème siècle (la date-pivot semble pouvoir être fixée à 770), le Latium et le site de la future Rome sont pris dans un réseau d'échanges bien plus vaste et dynamique entre l'Etrurie et les cités grecques de Campanie. Il semble bien que deux évènements se soient combinés ici :
le déplacement
du centre de gravité économique étrusque de l'est
vers des cités plus proches de la côte, Vulci, Tarquinii,
Caere, Véies ;
la transformation des établissements
grecs d'exploitation des matières premières de la région
en colonies de peuplement. Par conséquent, un
marché
se constitue, doublé d'un centre de production agricole et artisanale.
La fondation de la colonie d'Ischia remonte à 780-770, et celle
de Cumes, dont on sait qu'elle entretint des rapports serrés avec
Rome, date de 740.
Comme indiqué plus haut, les marchands et négociants avaient le choix entre plusieurs trajets (je n'ose dire routes) reliant l'Etrurie à la Campanie. L'un longeait la côte par Tarquinii, Caere, Ficana, Lavinium et Ardea ; l'autre, la future Via Latina, par les vallées du Sacco et du Liri, pointait vers le gué de Rome. Pourquoi préférer le second ? Pour des raisons négatives : la première est un peu trop près d'une mer que l'on sait parcourue par des marins qui pratiquent aussi naturellement la piraterie que le commerce, et elle est dangereusement proche de zones marécageuses. Pour une raison positive : Rome, à la croisée des itinéraires Etrurie/Campanie et Sabine/salines devient de plus en plus la plaque tournante du commerce latial.
![]()
Vers le milieu du VIIIème siècle, le Latium et plus particulièrement le site de la future Rome subissent ainsi une double pression : selon un axe nord-est/sud ouest, l'expansion des pasteurs sabins, selon l'axe nord/sud, les échanges commerciaux, techniques et culturels croissants entre l'Etrurie et la Grande-Grèce.
A la première pression, les éleveurs et agriculteurs latins qui vivaient jusque-là en hameaux souvent rivaux se fédèrent en entités plus larges : pas encore des cités, mais des associations de villages géographiquement proches les uns des autres, se sentant menacés par les mêmes dangers extérieurs et partageant des intérêts identiques. Telle fut Alba (radical signifiant "montagne", comme dans "les Alpes") Longa, longtemps centre de gravité religieux du nomen latinum. Il n'a jamais existé de cité portant ce nom, vu qu'il s'agissait d'une ligue religieuse d'une trentaine de villages étendus en longueur entre le lac et le mont Albain.
A Rome, cette fédération de villages qui avait trouvé en la coalition une réponse à la menace posée par la descente des montagnards sabins vers le gué du Forum Boarium et au problème du maintien du contrôle de ce dernier s'exprime dans une fête de fin des semailles qui se déroule le 11 décembre, le Septimontium, la fête des "Sept Monts." Cette désignation est trompeuse car l'image des sept collines "classiques" de Rome s'impose à l'esprit : Palatin, Capitole, Quirinal, Viminal, Esquilin, Caelius et Aventin. En fait, le Septimontium ne concernait que six sommets (Palatin, Germal, Velia, Cispius, Oppius, Fagutal) et une vallée, la Subura. Il est significatif de l'état d'éclatement des structures "politiques" latines de l'époque que le Palatin et l'Esquilin figurent chacun comme deux sommets, respectivement le Germal et le Palatin, le Fagutal et l'Oppius. Les moments essentiels de cette fête sont une procession autour du territoire des sept villages et un sacrifice, le Palatuar, qui se déroule sur le Palatin et la Velia. Nous tenons déjà là une indication du rôle plus important joué par ces deux dernières collines.
Notons que le Capitole et le Quirinal sont exclus du Septimontium : c'est que la tradition, longtemps méprisée, rapporte qu'il s'agissait de collines sabines. L'examen du plan et la logique géographique, économique et stratégique la réhabilitent : à la menace sabine pointant le long de la Via Salaria à travers le Quirinal et le Vélabre et prenant appui sur le Capitole, répond la tentative des Latins de la ligue du Septimontium de pousser un verrou suivant l'axe Esquilin - Palatin - Forum Boarium, et ce d'autant plus que cet axe domine la route, qui, par la Vallis Murcia, entre Aventin et Palatin, conduit vers la Campanie. Pour appuyer cette logique géographique, une nécropole datant du VIIIème siècle exhumée à Tivoli et composée de 80 tombes à fosses typiques de la zone osco-ombrienne et de l'Etrurie et inconnues dans le Latium prouve la présence de populations apenniniques, probablement sabines, tout près de Rome.
Tout l'enjeu économique et stratégique se cristallise ainsi autour du gué de l'île Tibérine : il faut à la fois en faciliter le passage aux négociants et artisans itinérants, et interdire la traversée aux troupes hostiles, armées et bandes de pillards. Voilà pourquoi le pont Sublicius, dont l'édification à l'emplacement de ce gué était attribuée par la tradition à Ancus Martius, était construit de poutres assemblées avec des chevilles de bois, à l'exclusion de tout élément métallique, ce qui en facilitait le démontage. L'emploi de métal dans la construction et la réparation du pont était frappé d'un tabou, ce qui indiquerait que le pont devait être bien plus ancien que l'époque royale. Autre tabou : il était interdit de le détruire, sauf en cas de danger extrême pour Rome.
Le 14 ou le 15 mai (mes sources ne s'accordent pas), se déroulait l'étrange rituel des Argei : les Vestales, en présence notamment du Pontifex ("Faiseur de pont") Maximus, jetaient du haut du pont 27 mannequins d'osier entravés, survivance possible d'anciens sacrifices humains. La signification du rite, qui se déroulait juste après les Lemuriae, fêtes d'expulsion des revenants des maisons privées, était probablement la purification radicale de la communauté de ses forces maléfiques, emportées par le fleuve.
C'est également sur le pont Sublicius que la légende nous montre P. Horatius Coclès ("le Borgne") défendant seul l'accès à Rome face aux troupes du roi étrusque Porsenna qui projetait d'étouffer la jeune République dans l'oeuf et de rétablir Tarquin le Superbe sur son trône. Ce récit, lié la tentative d'assassinat de Mucius Scaeuola sur Porsenna, contient des éléments qui font penser qu'il s'agit ici d'une relecture de mythes indo-européens : Coclès, comme un autre borgne, Odhin, subjugue de son seul regard.
Bref, une lourde charge symbolique et religieuse s'attachait à ce pont, de toute évidence en rapport avec le danger extrême, qu'il soit de de nature infernale (les esprits des morts) ou prenne la forme de la menace extérieure contre Rome elle-même et/ou ses institutions, menace venue du nord : soit on l'en gardait, soit on l'expulsait de ses murs. Pourquoi le nord ? Parce que Rome se trouve décentrée par rapport au Latium, et que l'Etrurie n'est pas loin : entre Rome et Véies, il y a à peine une vingtaine de kilomètres à vol d'oiseau. Complétant cet ensemble symbolique, le mont Janicule, qui tire son nom de Ianus, dieu des commencements, qu'il protège, et des passages, dont il est le gardien. Pourtant, si le pont Sublicius sert à rejeter la mort, c'est aussi un canal de la vie, du transport des denrées essentielles (le sel), du passage des boeufs, du commerce.
Il n'est pas étonnant qu'un collège de prêtres, les Pontifes, se soit constitué, avec vraisemblablement pour première tâche de présider à la surveillance, l'entretien et la restauration périodiques du pont. Par la suite, les pontifes prendront le contrôle effectif de toute la vie religieuse romaine qu'ils surveilleront, vérifieront et guideront. Du savoir et du savoir-faire techniques comportant des facettes religieuses au savoir et au savoir-faire religieux tout court, il n'y avait pas loin.
3.3.3.
Mutations technologiques, économiques, sociales et politiques
Dans un premier temps, les apports étrusques et grecs dans le Latium sont technologiques : les progrès de l'outillage et des techniques permettent une augmentation de la production agricole, avec, pour conséquence, une poussée démographique et une concentration croissante de l'habitat : le Latium suit, avec un siècle de retard, le mouvement amorcé au début du XIème siècle en Etrurie. Autre progrès essentiel : le tour du potier. L'artisanat sort ainsi du cadre familial pour devenir une spécialité, entraînant une division du travail accentuée et permettant une production de masse qui s'écoule dans un marché.
Ainsi, les nécropoles du forum romain et des monts Albains comptent quelques dizaines d'individus au IXème siècle ; vers 800, elles subissent des transformations dramatiques, tant en quantité qu'en qualité. Elles deviennent beaucoup plus vastes, comme celle de l'Esquilin, et révèlent une différenciation économique et sociale croissante. Comme indiqué plus haut, aux deux premiers siècles du millénaire, les tombes contiennent toutes les mêmes objets médiocres et de piètre valeur. Au VIIIème siècle, par contre, à côté d'une grande majorité de sépultures pauvres, quelques tombes se distinguent par la richesse de leurs dépôts funéraires ; richesse est ici synonyme de quantité d'objets, mais aussi de qualité de la matière employée (or, ambre) et du travail.
Il y a maintenant des pauvres face à des riches qui constituent un marché pour les artisans locaux et étrangers. Le cadre traditionnel des gentes ne suffit plus à régler les conflits qui ne manquent pas d'éclater entre possédants et misérables, tout comme, probablement, entre gentes, certaines d'entre elles profitant sans doute mieux que les autres des nouvelles opportunités d'acquisition de biens, donc d'accaparement du pouvoir. Il est impératif de trouver un nouveau cadre institutionnel propre à arbitrer ces conflits d'un type nouveau, entre pauvres et riches, ainsi qu'assoir, organiser et justifier religieusement et juridiquement la domination de ceux-ci sur ceux-là.
L'établissement du cadre institutionnel primitif est attribué, l'on s'en doutait, à Romulus. Sa cellule de base est la curia, contraction de *co-uiria et dérivé de l'indo-européen *kowiriya, "assemblée de uiri", c'est-à-dire d'être humains mâles issus des gentes et combattant ensemble. La curia, à l'origine entité géographique exprimant des liens de sang et de solidarité entre membres de l'aristocratie pastorale et guerrière, est donc un centre de décision militaire, politique, matrimoniale, également compétent en matière d'adoption et d'héritage, qui s'exprime lors des réunions des comices curiates (comitia curiata).
Notons au passage l'une caractéristique du système politique romain : contrairement à la polis grecque constitué de citoyens individuels et égaux, la ciuitas romaine est composée d'associations de citoyens, associations basées à l'origine sur des liens de famille ou d'amitié : rappelons-nous que, sous la République, l'on ne vote pas par tête, mais par curies ; la volonté du peuple n'est donc pas l'expression de la majorité des citoyens, mais de celle des curies.
Au sommet : le rex.
Ce substantif, apparenté au raj-(an) hindou et au -rix cetique (Vercingétorix, Dumnorix), se rattache à la racine de rectus, "en ligne droite, juste, honnête", regula, "instrument à tracer en ligne droite", regio, "le point atteint en ligne droite", et de regere fines, "tracer en ligne droite les frontières." L'essence du pouvoir du rex est religieuse comme l'atteste sa survivance sous la forme du Rex sacrorum sous la République. Le roi est non seulement "celui qui trace en ligne droite" les limites et l'organisation spatiale de la ville, mais aussi et surtout qui délimite les droits de chacun et dit, énonce, les règles et normes de fonctionnement de la société. Sa fonction diffère donc peu de celle du meddiss samnite et osco-ombrien.
Le rex n'est ni un souverain absolu, ni un tyran qui décide selon son bon vouloir. Ses relations avec son conseil sont significatives : Romulus aurait, parmi les membres des gentes, choisi les cent meilleurs des pères de famille (pater familias, cf. supra), dont il aurait fait un conseil royal, le Sénat. Il est probable que celui-ci trouve ses racines dans les conseils d'anciens des gentes de l'époque des villages. L'on discute encore de ses compétences et de ses relations avec le rex : Norbert Rouland affirme qu'il émettait un avis sur les déclarations de guerre ; Eugen Cizek est convaincu du contraire. A première vue, la liberté du rex par rapport au sénat était assez large : il pouvait consulter cette assemblée sur toute question qu'il lui paraissait bon de lui soumettre. Cependant, les gentes avaient des coutumes juridiques internes que le roi ne pouvait transgresser et les patres disposaient d'une autorité naturelle que leur conférait leur âge. Mais c'est lors de la creatio du rex que le Sénat pouvait peser de tout son poids : à la mort du roi, chaque sénateur, à tour de rôle, devenait interrex durant cinq jours, période durant laquelle le Sénat désignait le successeur au trône ; l'interrex consultait les dieux sur leur choix ; les comices curiates votaient alors la loi confiant l'imperium au nouveau roi, qui n'entrait en fonction qu'après la cérémonie de l'inauguratio : un auspice demandait la ratification de ce choix par Iupiter et le rex prenait les auspices. Long et compliqué ? Bien sûr... et l'occasion rêvée de "rééquilibrages", manoeuvres, tractactions politiques et pressions exercées par le Sénat (traduisons : les gentes les plus influentes) et les comices curiates sur le futur rex.
Cette société dut se poser la question de l'espace : qui dit nouveau cadre socio-économique et juridique dit aussi réorganisation spatiale : les villages isolés se liguent en une fédération plutôt lâche, qui elle-même cède la place à une collectivité consciente d'elle-même. Pas encore la cité, qui sera l'oeuvre des Etrusques, ni même la ville, mais ce qu'Eugen Cizek appelle la prae-urbs.
Il est maintenant temps de se pencher sur le développement du site romain jusqu'au VIIIème siècle.

Pour ces périodes, les documents archéologiques ne brillent ni par leur abondance, ni par leur qualité. Ils permettent cependant de reconstituer une évolution plausible, sinon probable, du peuplement du site romain.
![]()
Pour
des vues du Forum,
sur le site de la maquette
de Rome de l'Université de Caen
4.1.1.
Les données archéologiques
Je les présenterai dans l'ordre chronologique.
On a découvert, lors
de fouilles effectuées au Forum Boarium,
sous l'église de San' Omobono, au pied du Capitole, des tessons
datant de l'âge du bronze moyen, soit du XVIème siècle.
Or, ces débris étaient inclus dans des terres de remblai,
donc avaient été apportés d'ailleurs, plus précisément
de l'éperon du Capitole qui fait
face au gué de l'île Tibérine.
Tesson de poterie découverts à San' Omobono
D'autres fouilles, menées
cette fois sous l'Arc d'Auguste, au milieu du Forum, ont mis à jour
des traces d'habitat remontant à l'âge du bronze récent,
soit au XIIIème siècle. Par la suite, cet emplacement semble
avoir été abandonné, pour être réoccupé
au Xème par des habitations.
Au Xème siècle,
soit au début de l'époque latiale, le Forum est un
espace à double fonction :
- D'habitation, puisque l'on a découvert des restes
de cabanes
sous la Regia et le temple
de Vesta, soit dans sa partie orientale. Cet habitat se
maintient jusqu'au
VIIème siècle.
- Pour les morts : l'habitat de la zone Regia/temple de Vesta est à relier à une nécropole de 25 tombes située près du temple d'Antonin et de Faustine, nécropole datant des Xème-IXème siècles : n'oublions pas la règle rituelle qui exige que l'on sépare les morts des vivants.
Nécropole mise au jour près du temple d'Antonin & Faustine
Du même début du latial, datent, on l'a vu, des tombes découvertes sous l'Arc d'Auguste. Les archéologues situent l'habitat correspondant à celles-ci sur les collines, et plus particulièrement sur le Palatin, parce qu'elles offrent une double protection, contre les pestilences des zones basses et marécageuses et contre les incursions hostiles : les tombes du Latium contiennent un nombre significatif d'armes, souvent miniatures.
Datant du IXème siècle,
des tessons de céramique découverts sous le Tabularium
démontrent l'existence d'un village sur le Capitole, village tourné
cette fois, non vers le Tibre, mais vers la plaine du Forum.
A la fin du même IXème,
on enterre des enfants au Forum, tandis que l'Esquilin devient une
nécropole,
extension vers l'est qui révèle une augmentation de la population.
Enfin, une tombe isolée
mise à jour sur le Palatin
lui-même, sous la maison de Livie, faisait probablement partie d'une
nécropole correspondant à un village situé sur l'un
des sommets du Palatin. Des fouilles ont en effet exhumé des tracés
de huttes sur le Germal et le Palatin, dont voici une vue
:
Fonds de cabanes du Palatin
Grâce aux urnes-cabanes où l'on déposait les cendres des morts, il est possible de se faire une idée de ces habitations.
Urne-cabane latine
4.1.2.
Et les conclusions que l'on peut en tirer
La plus évidente est que le site fut constamment occupé, et ce depuis au moins le XVIème siècle. Ses habitants en avaient évalué les inconvénients et les avantages, et avaient perçu que ceux-ci l'emportaient sur ceux-là.
Les premières populations s'établissent près Tibre, mais pas trop. Leur choix se porte sur le Capitole : cette colline permet de dominer et de contrôler directement le Forum Boarium et le gué, d'en capter une partie des flux économiques par échange et/ou prédation tout en protégeant ses habitants de la triple menace des attaques, des crues du fleuve et des pestilences.
Cependant, à partir du Xème siècle, début de la période latiale, l'habitat s'étend, signe probable d'un accroissement de la population. L'extension se fait alors de l'ouest vers l'est, autrement dit du Tibre vers l'Esquilin, avec, pour axe, le Forum.
Celui-ci garde cependant un double statut : nécropoles et cabanes y voisinent ou s'y succèdent.
L'habitat correspondant aux nécropoles du Forum a plutôt tendance à se hisser sur les collines. Rien de surprenant à cela : si, d'une part, le Forum pouvait attirer les pasteurs et leurs troupeaux parce qu'il comportait un nombre assez important de points d'eaux ( à l'emplacement du futur arc de Septime-Sévère, il existait un bassin naturel qui collectait les eaux descendues des collines ; rappelons-nous l'existence, encore à l'époque historique, du lac Curtius et de la fontaine de Juturne), de l'autre, zone basse, il est souvent recouvert par les débordements du Tibre qu'attestent les couches d'alluvions, ce qui en fait un endroit malsain.
Quelles collines ? Connaissant la suite de l'histoire, et surtout la fondation romuléenne sur le Palatin, l'on a envie de répondre "sur le Palatin, le Germal et la Velia." Malheureusement, à ce jour, il n'y a que peu de faits archéologiques corroborant cette hypothèse, le Palatin ayant été, notamment à l"époque impériale, bouleversé par d'importants remaniements architecturaux.
Pourtant, si l'on recoupe l'histoire du site telle que les documents archéologiques permettent de la reconstituer et ce que l'on sait de la ligue du Septimontium, dont le Palatin et la Velia constituaient le pôle religieux puisque s'y offrait le sacrifice du Palatuar, on peut raisonnablement supposer que, peu à peu, les villages du Palatin ont pris un ascendant sur leurs alliés du Septimontium.
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Des fouilles menées sur le Forum, au pied du Palatin, entre la maison des Vestales et l'Arc de Titus, ont fait apparaître, sous des demeures prestigieuses à atrium datant de 530-520 et bâties sur un imposant terre-plein de deux mètres de profondeur, une série de trois remparts superposés datant respectivement de 550-530, 600 et 675 et qui suivaient le tracé du bas de la colline. Mais, à la grande surprise des archéologues, ces fortifications recouvraient les restes d'un mur antérieur, construit sur un terrain vierge. Epais d'un mètre quarante, il était constitué d'argile renforcé de poutres sur une base de tuf rouge. Des fibules et des vases retrouvés dans celle-ci en ont permis la datation : 730-720. Une quinzaine de mètres en amont, une palissade avait été bâtie parallèlement à ce mur, laissant un espace qui restera libre de toute occupation du VIIIème au VIème siècle.
Comment ne pas rapprocher cette date de celle de la fondation légendaire de Rome (753) et ce rempart des récits de Plutarque et de Tite-Live ?
"Il existe une autre version des faits (= du meurtre de Rémus). Rémus aurait franchi les limites que son frère venait de tracer. Romulus l'aurait tué sous le coup de la colère :"Qu'il en soit de même à l'avenir pour tout homme qui franchira mon enceinte."
"De ce point (=le mundus) pris comme centre, on traça le contour de la ville. Le fondateur met un soc d'airain à une charrue, y attelle un boeuf et une vache et avance lui-même en creusant, sur la ligne qu'on a tracée, un profond sillon, tandis que ceux qui le suivent se chargent de rejeter en dedans les mottes de terre que soulève la charrue, sans en laisser aucune en-dehors. La ligne tracée marque le contour des murailles : on la nomme, par syncope, pomerium, c'est-à-dire à peu près "derrière" ou "après le mur". A l'endroit où l'on veut marquer une porte, on retire le soc et on laisse un intervalle. C'est pourquoi l'on considère l'ensemble des murailles comme sacré, à l'exception des portes : si l'on tenait les portes pour sacrées, on ne pourrait, sans craindre de blesser la religion, faire entrer ni sortir les choses qui, pour être nécessaires, n'en sont pas pour autant pures."(Plutarque, Vie de Romulus)
Il est difficile de ne pas identifier l'enceinte de 730-720 et le pomerium, et ce à double titre : comme mur défensif, son épaisseur l'atteste, et comme symbole. La construction de ce rempart obéit même plus à une fonction symbolique que défensive : les stricts impératifs militaires en auraient imposé la construction en haut de la colline, sur ce que l'on appelle la crête militaire, et non à son pied. Cette impression, et celle que l'on tient bien là le pomerium de "Romulus", est confortée par l'espace laissé libre entre le rempart et la palissade située en amont. En effet, (et je cite l'Encyclopaedia Universalis 3.0) "le mot pomerium désignait une bande de terrain, immédiatement contiguë à l’enceinte fortifiée de Rome, sur laquelle «il n’était mystiquement fondé ni d’habiter ni de labourer».
Nous retrouvons la fonction royale de "regere fines." En effet, le mur qui entoure la colline du Palatin implique la définition d'un intérieur et d'un extérieur, d'un espace "où l'on est entre soi" et d'un autre, étranger et potentiellement hostile, séparés par une enceinte dont la transgression de Rémus et son châtiment prouvent la valeur sacrée et la signification rituelle. Il s'agit d'un trait commun aux Villanoviens, toujours très attentifs aux notions de bornage, de limite, de frontière. Il n'est donc peut-être pas nécessaire, entre parenthèses, de faire appel aux Etrusques pour expliquer le rite de fondation romuléen : pourquoi le(s) fondateur(s) de Rome sera(en)t-il(s) allé(s) chercher en Etrurie des concepts que sa/leur propre culture lui/leur apportait ? De plus, la culture étrusque est issue, comme les cultures latines et osco-ombrienne, du même fonds villanovien, et ce qui semble étrusque était parfois tout simplement survivance archaïque.
Ce que révèlent par conséquent la fortification de 730-720 et la notion de pomerium, c'est un processus de cristallisation qui s'est opéré sur le site de la future Rome vers la deuxième moitié du VIIIème siècle.
Suivant avec retard la Toscane et le Latium au nord du Tibre, le site romain connaît un phénomène de concentration de la population. En Etrurie, on constate en effet au début de l'âge du fer l'abandon des villages et des hameaux au profit d'un habitat plus dense précurseur des cités historiques.
A Rome, quel fut le moteur de cette évolution ? A mon avis, une fraction de l'aristocratie gentilice. On l'a vu plus haut, installés au bord d'un fleuve navigable et au croisement de deux routes commerciales primordiales d'Italie centrale et tirant parti d'une position défensive favorable, des villages connaissent une augmentation des échanges avec l'extérieur, une amélioration technologique, un accroissement de la production et de la population et surtout un début de différenciation économique et sociale qui voit s'enrichir une frange minoritaire de la population. On peut même supposer que certaines gentes connaissent une ascension sociale tandis que d'autres s'appauvrissent, perdent de leur influence, de leur autorité, de leur pouvoir. Or, si dans la société actuelle, la richesse des dirigeants politiques est mal vue, il n'en est pas de même pour les mentalités archaïques, antiques et d'Ancien Régime, où "avoir, c'est être ; avoir, c'est diriger." Les nouveaux gouvernants acquièrent, par leurs contacts économiques, diplomatiques et religieux avec le monde extérieur, une vue plus large et plus ambitieuse de leur communauté, de son identité et de son avenir que celle des anciens dirigeants de villages.
Sous leur impulsion, une communauté devient consciente d'elle-même, de son unité et de sa singularité et traduit cette conscience en termes spatiaux : il y a désormais un intérieur "ami" et un extérieur hostile séparés par une limite. Actualisant et symbolisant cette limite, le pomerium : à l'intérieur, la vie par excellence, la vie urbaine ; à l'extérieur, l'ennemi, la mort et les morts : durant toute l'histoire romaine, il sera interdit aux troupes en armes de pénétrer à l'intérieur de la cité en dehors de laquelle les nécropoles sont rejetées.
Une seconde différenciation se superpose à la précédente : dorénavant, une périphérie gravitera autour d'un centre, le Palatin, déjà pôle principal du Septimontium, qui accumulera les symboles et mythes de commencement et de fondation : c'est par exemple sur cette colline que, selon la légende, Romulus prit les auspices qui le désignèrent comme roi.
Des villages au Septimontium et du Septimontium au rempart de tuf, d'argile et de poutres qui ceint ce qu'il faut désormais appeler une ville, il y a donc une concentration démographique, religieuse et institutionnelle au profit du Palatin. Pourquoi le Palatin ? Sans rejeter l'influence plausible d'une/de personnalité(s) forte(s) et ambitieuse(s), soulignons une dernière fois ses avantages : en position centrale, il contrôle à la fois le gué, le Forum Boarium, les routes qui en partent vers le Latium et les points d'eau du Forum. Et pourquoi pas le Capitole ou l'Aventin ? Parce qu'il est à la fois plus vaste que le premier et plus aisément défendable que le second.

Finalement, que Rome soit à Rome ne doit plus étonner : les structures géographiques et économiques de l'Italie centrale à la fin de l'âge du bronze et au début de l'âge du fer devaient y entraîner l'implantation durable de populations.
Inutile de revenir sur ces structures, sur les contraintes qu'elles créèrent, sur les avantages qu'offrait le site romain.
Elles n'expliquent pourtant pas tout : tout compte fait, l'Europe comporte une belle quantité de sites favorables à la coagulation de villages en villes, que l'on appelle d'un joli terme technique, "synécisme". Ce n'est pas pour autant que tous ces emplacements propices ont vu s'épanouir des cités, et encore moins des capitales d'un monde comme Rome. Le facteur humain joue un rôle décisif.
Un exemple récent montrera que, si la géographie limite et canalise les choix économiques, géopolitiques, diplomatiques et stratégiques des communautés, sociétés et états, elle ne leur dicte pas ses impératifs de manière absolue.
Par sa position géographique, le Japon se trouve face au dilemme d'une expansion à mener soit vers le continent asiatique, autrement dit la Corée et la Chine, soit vers l'océan Pacifique occidental. Du début du siècle aux années 30, c'est vers le continent que s'oriente la géostratégie nippone ; mais la nécessité de saisir les champs pétrolifères du Pacifique du sud-ouest contraint les gouvernants japonais à mener une politique expansionniste sur les mers, quitte à défier la puissance américaine. A partir de 1941, écartelés entre ces deux options aussi tentantes et contraignantes l'une que l'autre, ils choisissent... de ne pas choisir. Ce n'est pas la validité des (non-)choix japonais qui m'intéresse ici, pas plus que le résultat final, mais le fait que ce choix existait, qu'il fut l'objet de débats, discussions, pressions et contrepressions, enfin de prises de décisions.
Pour en revenir à Rome, la situation privilégiée des villages villanoviens perchés sur ses collines au carrefour des voies de communication Etrurie - Campanie et Sabine - salines ne devaient pas nécessairement y entraîner la fondation d'une ville ; elle en fut simplement la condition indispensable.
Nous pouvons maintenant imaginer ce qui s'est passé au VIIIème siècle : les montani des villages, déjà unis par les liens religieux du Septimontium, ont perçu de manière de plus en plus aigüe leur identité anthropologique, linguistique, culturelle et religieuse ; ont vu leur horizon géographique et économique s'étendre jusqu'à inclure au moins l'Etrurie méridionale, l'Apennin sabin, le Latium et la Campanie septentrionale ; ont saisi l'intérêt qu'ils avaient à s'unir plus étroitement encore pour mener des projets d'envergure, affronter les dangers extérieurs et arbitrer leurs conflits. Ceci impliquait que certaines de ces communautés villageoises acceptent d'abandonner une part de leur souveraineté et de leur liberté d'action au profit d'un nouveau centre, le Palatin et que les gentes acceptent de céder une part de leur autorité et de leur pouvoir au rex. Tout en mettant en place des mécanismes institutionnels pour le contrôler, cela va sans dire.
Ce ne dut pas être facile. Mais y contribuèrent la pression des évènements, les liens du Septimontium, la puissance relative de certaines gentes, et plus particulièrement de celles qui dirigeaient le Palatin, et, à mon sens, l'influence décisive d'une équipe dirigée par une personnalité marquante. J'en vois déjà qui me soupçonnent déjà de vouloir rétablir, par glissements successifs, l'historicité de Romulus.
Tel n'est pas mon but.
Ce qui importe, c'est la structure. Mais celle-ci ne peut se réduire à un jeu mécanique, si complexe soit-il, de facteurs géographiques, économiques, culturels et sociaux.
Je reste persuadé que les moments déterminants, où l'histoire se fait, s'accélère voire bascule, ne le sont que parce qu'une ou plusieurs personnalités hors du commun ont su percevoir que, les anciennes recettes économiques, sociales, politiques, culturelles voire religieuses ne sufffisant plus, leur société se trouvait à un carrefour de l'histoire où des choix cruciaux devaient être posés, choix impliquant à la fois la remise en cause des structures et certitudes anciennes, l'assignation de nouveaux projets collectifs au corps social et la soumission des intérêts individuels et/ou particuliers à leur réalisation et à l'élaboration de nouveaux équilibres. Ajoutons à cela des qualités moins sympathiques, comme la cruauté, dont l'indifférence aux malheurs que provoquent ces bouleversements n'est pas la forme la plus odieuse ; comme la capacité de sentir les aspirations, désirs et craintes de leurs contemporains, que ceux-ci ne formulent bien souvent que confusément, et de les leur restituer en symboles, gestes et mots qu'ils ont envie de voir et entendre, et en institutions auxquelles ils ont envie de se soumettre... Car il est humain d'aimer se soumettre. N'oublions pas ces ingrédients indispensables que sont le goût du pouvoir et la certitude chevillée à l'âme du "dux fatalis" de la consubstantialité de son sort personnel et de celui de sa communauté.
Le rempart du pied du Palatin, que j'hésite de moins en moins à identifier au pomerium, le montre et la tradition le confirme : il y a bien eu un évènement, la fondation d'une nouvelle structure sociale et institutionnelle, d'une pré-ville dans la deuxième moitié du VIIIème siècle sur le site de la future Rome.
Et, à l'origine de cet évènement, il y a certaines gentes du Palatin et un personnage du genre décrit ci-dessus. Par convention et faute d'en savoir plus, appelons-le "Romulus".
Et, par une voie détournée, nous rejoignons la tradition, pour constater qu'elle dit le vrai tout en disant le faux. Elle nous présente, suite au meurtre de Rémus, Romulus fondant Rome sur un site "désert et inhabité" (Tite-Live, La fondation de Rome, IV), la peuplant d'une "foule obscure et misérable" (ibidem, V) et "recrutant" les épouses comme on le sait.
Elle dit le faux : le site romain n'était ni vide, ni désert ; "Romulus" ne fit que que précipiter et actualiser les potentialités d'un site et de sa population qui connaissait déjà une forme d'organisation sociale et cultuelle.
Elle dit le vrai : la fondation ne fut en rien un processus tellement lent que ses étapes se diluèrent et se confondirent en un continuum, mais un évènement situable dans le temps (vers 730) et l'espace (le Palatin).
La fondation de Rome ne fut donc pas : "avant il n'y avait rien ; après il y eut quelque chose", mais "avant il y avait quelque chose (les villages des monts et le Septimontium) ; après, il y eut autre chose : une (pré-)ville."

Un jour, Jupiter fait tomber la
foudre à
coups redoublés sur la Ville. Tremblant, mais n'écoutant
que son sens du devoir, Numa se précipite dans le temple du dieu
pour l'interroger :
"Donne-moi un moyen sûr de détourner la
foudre,
Père des dieux.
- Coupe une tête !"
Pieux, mais finaud, Numa comprend de quel
genre de tête
il s'agit (Vous aussi ? Ah bon !). S'engage le dialogue suivant :
"J'obéirai : je couperai une tête
d'oignon.
- Je veux de l'homme !
- Je couperai des cheveux.
- Je
veux du vivant !
- Alors, tu
auras un poisson."
Jupiter s'esclaffe, avant de répondre :
"Sers-toi donc de ces moyens pour
conjurer ma foudre ; tu
es bien digne de converser avec ton dieu."

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| XVIe-XIVe | Age du bronze récent | Tessons de céramique au Forum
Boarium, au pied du Capitole
Présence de Mycéniens en Italie |
| XIIIe-XIIe | Age du bronze moyen
Civilisation subapenninique |
Habitat au Forum |
| XI-IXe | Civilisation protovillanovienne | Tombes et habitat au Forum |
| Xe | Civilisation villanovienne
Début de la culture latiale |
Ancre égéenne à l'embouchure du Tibre |
| IXe | Age du fer | |
| 1000-900 | Latial I | Traces de huttes sur le Palatin |
| 900-830 | Latial IIa | Tessons de céramique sous le Tabularium
Tombes d'enfants au Forum Nécropole de l'Esquilin |
| 830-770 | Latial IIb | Tombes ombriennes (sabines ?) à Tivoli
Différenciation économique et sociale des sépultures |
| 770-730/720 | Latial III | |
| 730-580 | Latial IV
"Orientalisant" |
|
| 730-720 | Rempart au pied du Palatin : Pomerium de "Romulus" ? |

Gilles Chaillet & Jacques
Martin, Les voyages d'Orion - Rome (1), Orix, 1993
Eugen Cizek, Mentalités
et insitutions politiques romaines, Hachette/Pluriel, 1990
Georges Dumézil, La
religion romaine archaïque, Payot, 1974
Encyclopaedia Universalis,
CD-Rom 3.0, articles "Tribu romaine" et "Rome et empire romain".
Félix Gaffiot, Dictionnaire
illustré latin-français, Hachette, 1934
G..P. M., Nouveau guide
de Rome, Fotorapida Color, sans date
Alexandre Grandazzi, La
fondation de Rome, Hachette/Pluriel, 1991
La Méditerranée,
sous la direction de Fernand Braudel, Flammarion/Champs, 1985, 2
volumes
Michel Meslin, L'homme
romain, des origines au Ier siècle de notre ère, Editions
Complexes, 1978
Norbert Rouland, Rome,
démocratie impossible ?, Actes Sud, 1981
Tite-Live, La fondation
de Rome, présentation et dossier-jeu par Christine Garcia, GF
Flammarion/Etonnants Classiques, 1999
| Lupa Capitolina Electronica |
| Vedute di Roma |
| http://www.unicaen.fr/rome/visite3.php?langue=francais |
| http://www.iterconficere.it/iterconficere/ |

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