Le kratos du démos



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Une "chouette"
Tétradrachme athénienne de l'époque de Clisthène
 

Sommaire

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1. Un mythe politique

2. La marche vers la démocratie
    2.1. Du IXème au VIIème siècle
    2.2 Solon
            2.2.1. La stasis
            2.2.2. Réformes soloniennes
    2.3. Pisistrate et la tyrannie
    2.4. Clisthène, Ephialtès, Périclès et la fondation de la démocratie
            2.4.1. Réorganisation géographique
            2.4.2. Une nouvelle constitution
            2.4.3. Parachèvement de la démocratie
            2.4.4. Paradoxe et contradictions

3. La constitution athénienne
    3.1. Présentation
    3.2. L'Assemblée (ou Ekklèsia)
        3.2.1. Composition
            3.2.2. Ses pouvoirs sont quasi illimités
            3.2.3. Réunions et procédure
    3.3. Le conseil : la Boulè
            3.3.1. Composition
            3.3.2. La Prytanie (prutaneïa)
            3.3.3. Ses attributions
    3.4. Les magistratures
            3.4.1. Les magistratures électives
            3.4.2. Les magistratures tirées au sort
            3.4.3. Surveillance populaire
    3.5. Et la justice ?
            3.5.1. L'Assemblée et le Conseil
            3.5.2. L'Aréïos pagos
            3.5.3. L'Héliaïa
    3.6. Résumons-nous : Caractéristiques générales du système politique athénien
            3.6.1. Particularités
            3.6.2. Ce qui différencie démocraties athénienne et moderne

4. Citoyens et non-citoyens
    4.1. Comment s'acquiert la citoyenneté
            4.1.1. Par naissance
            4.1.2. Suite à un vote de l'Ekklèsia
            4.1.3. Par fraude
   4.2. Et comment on la perd
            4.2.1. L'atimia
            4.2.2. Les révolutions politiques
    4.3. Le citoyen se définit mieux par opposition aux non-citoyens
            4.3.1. Les femmes
            4.3.2. Les esclaves
            4.3.3. Les métoïkoï
    4.4. Le citoyen athénien modèle est donc ...

5. Fonctionnement effectif
    5.1. Participation citoyenne
    5.2. Préparation des décisions
    5.3. Les Pauvres votent pour les Riches !
            5.3.1. Justement, parce qu'ils sont pauvres
            5.3.2. Les hiérarchies sociales et de fortune ne sont jamais contestées

6. Sources de légitimité
    6.1. Brève définition de la légitimité
    6.2. A Athènes, quelles sont les sources de légitimité ?
           6.2.1. La fierté nationale
           6.2.2. Avantages matériels
           6.2.3. Le Grec ancien accepte les différences sociales
           6.2.4. Le pouvoir est proche du citoyen

7. Conclusion

Bon à savoir I : la force publique : armée et police

Bon à savoir II : les revenus de l'Etat

Bon à savoir III : Manoeuvres et contre-manoeuvres sur la Pnyx
    425 : l'affaire de Sphactérie
    415 : l'expédition de Sicile

Bon à savoir IV : tableau du système monétaire grec

Repères chronologiques

Bibliographie

Un plan de l'Athènes antique 
http://plato-dialogues.org/tools/images/bigmaps/athensim.gif

1. Un mythe politique

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    L'idée de cet article m'est venue un jour où j'écoutais une émission consacrée au pouvoir. Qui dit pouvoir, dit régime politique ; qui dit régime politique, pose la question de la démocratie. Et tout naturellement, l'un des intervenants en vint à évoquer la démocratie athénienne. Ce que j'en entendis était conforme à mes attentes : Athènes avait, à ses yeux, créé un modèle insurpassable, un absolu de démocratie. Mais ce n'était pas conforme à ce que j'avais lu dans divers ouvrages d'historiens. La réalité était beaucoup plus complexe et intéressante que ce mythe, et pas toujours belle à regarder, ceci expliquant cela.

    Athènes, modèle de démocratie, c'est un mythe, bien sûr : les Grecs n'étaient pas, comme dans les belles images de Tout l'Univers, de purs esprits vêtus de tuniques immaculées, qui passaient l'essentiel de leurs journées à deviser de philosophie, de science et de politique. Leurs préoccupations étaient les nôtres : bien souvent triviales et quotidiennes, parfois sordides. La démocratie athénienne n'a pas surgi comme ça, un jour, de je ne sais quel empyrée conceptuel. Elle fut la réponse politique d'une société confrontée aux défis d'un contexte social et économique troublé et conflictuel. Arrêtons de la considérer comme un modèle : elle avait ses forces et ses faiblesses, ses grandeurs et ses injustices : l'historien anglais Moses I. Finley l'a cruellement mais justement rappelé, la démocratie athénienne marchait la main dans la main avec l'esclavage et l'impérialisme.

    Je vous propose donc de faire un petit voyage mental avec pour but d'essayer de comprendre les mécanismes historiques qui ont provoqué l'apparition de ce régime, et les schémas économiques, sociaux, politique et mentaux qui sous-tendaient son fonctionnement.

Trois remarques liminaires

Pour ce qui est des institutions et noms propres cités dans ce travail, je garderai en général la forme francisée. Par contre, je reprendrai pour certaines institutions leur nom grec original, et ce afin d'éviter les contresens engendrés par les connotations modernes de leurs équivalents français (je pense notamment à ostrakismos/ostracisme).


Dèmos/dème :

Le dèmos désigne ici le petit peuple, les Pauvres, les "Nombreux" (oï polloï) par opposition à l'aristocratie, les "Meilleurs" (aristoï).
Un dème est un canton, unité géographique de base de la structure institutionnelle athénienne.


Sauf indication contraire, toutes les dates s'entendent avant Jésus-Christ.

2. La marche vers la démocratie

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2.1. Du IXème au VIIème siècle

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    Athènes, à l'époque mycénienne, connaît un type d'économie et d'organisation politique palatiale. Elle semble avoir en partie échappé aux destructions du XIIIème siècle.

    La société que nous dépeignent  les poèmes homériques, celle des IXème-VIIIème siècles d'après Moses I. Finley, montre une assemblée du dèmos (petit peuple) écoutant passivement discourir et se chamailler les rois, qui cumulent les fonctions de chefs de guerre, responsables religieux, juges et organe exécutif des décisions prises par un Conseil d'"Anciens" et de puissants.

    Il semble que, par la suite, le pouvoir des rois ait été transféré à des magistrats exerçant leur charge pour un temps limité, 10 ans, puis une seule année, les 9 Archontes.  A leur sortie de charge, les Archontes entraient dans le conseil de l'Aréïos Pagos, gardien des lois et de la constitution et tribunal suprême. On l'aura compris, Archontes et membres de l'Aréïos Pagos appartenaient aux "Meilleurs" ("aristoï"), en clair, les plus riches des propriétaires  terriens.

    Au VIIème siècle, un législateur, Dracon, fait mettre les lois par écrit, ce qui, en les fixant et en les mettant sous les yeux de tous (théoriquement s'entend, l'illetrisme étant la règle), enlève aux "Meilleurs" le pouvoir de dire le droit et de le manipuler à leur guise. En outre, il transfère l'arbitrage des conflits privés, jusque là réglés par vendetta, aux tribunaux publics.

2.2. Solon

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2.2.1. La stasis

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  Au début du VIème siècle, Athènes, comme toute cité hellène (voir Cadres de l'invention de la politique et Sparte), est menacée de la stasis, notion générale qui recouvre toute une palette de troubles s'étendant du conflit de classes à la guerre civile. A l'origine de cette stasis, deux faits :

L'hektémorat
    Les hektémoroï sont des métayers tenus de payer 1/6ème de leur récolte à un  grand propriétaire aristocratique qui contrôlait la terre qu' ils travaillaient.

L'endettement croissant de la masse paysanne
    Beaucoup d'Athéniens tombent dans le statut de pelataï, paysans pauvres contraints de s'endetter et menacés d'être vendus comme esclaves en cas d'insolvabilité.

    La relation entre ces deux faits n'est pas claire, faute de documents explicites. Le mécanisme est peut-être le suivant : un paysan pauvre, suite à des difficultés, mauvaise récolte, maladie, morts dans le cheptel, guerre, etc., s'endette auprès d'un grand propriétaire et ne peut donner que sa terre en gage ; s'il est incapable de rembourser sa dette, il tombe dans l'hektémorat. Il n'est sauvé qu'en apparence, car sa situation est devenue encore plus précaire : s'il n'est pas en mesure de verser son sixième, il est vendu comme esclave.

    Ce qui est certain, c'est que la société athénienne est confrontée à la fois à la perte de paysans libres, donc d'hoplites, et à la concentration croissante des terres dans les mains de l'aristocratie terrienne, phénomènes qui se combinent pour engendrer des mécontentements de plus en plus vifs et des troubles d'une violence croissante. Les revendications des pauvres sont le partage des terres et la participation effective au pouvoir politique.


2.2.2. Les réformes soloniennes

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     Solon, un aristocrate, accède à l'Archontat en 594/593. Pour éviter le pire, il impose des réformes.

seisachtèia (= "décharge d'un fardeau")

     Autrement dit, la levée de la dépendance qui liait les hektémoroï à leurs patrons par la remise des dettes et la suppression de l'esclavage pour dettes. En d'autres termes, il n'y a pas de partage des terres ! En outre, on raconte que Solon fit racheter et revenir au pays les citoyens qui avaient été vendus comme esclaves.

la répartition de la population en quatre classes censitaires  

Nom grec Traduction Fortune Magistratures exercées
Pentakosiomedimnoï "ceux qui récoltent plus de 500 mesures de grain" Riches Supérieures
Hippeïs "cavaliers" Riches Supérieures
Zeugitaï "ceux qui possèdent un attelage de boeufs" Capables de se payer une panoplie d'hoplite
En clair : paysans aisés
Inférieures
Thètoï "ouvriers", "serviteurs" Pauvres Aucune

     La visée de cette répartition est triple :

rétablir la concorde dans le corps social ;
  procurer à la polis des citoyens capables de s'équiper en hoplites ;
classer le citoyen, non plus suivant sa dépendance à l'égard d'un patron aristocrate, mais selon ses revenus. Cette réforme constitue une défaite politique pour l'aristocratie, même si celle-ci garde la réalité du pouvoir économique et politique.

    Solon ne touche donc pas aux mécanismes politiques anciens, mais garantit l'égalité de tous devant la loi et accorde l'accès des Thètoï à l'Assemblée (ekklèsia), même s'il semble qu'ils n'y étaient admis que pour approuver les décisions prises par les Archontes et l'Aéropage.

    Ces réformes calment le jeu, mais ne résolvent pas le problème de fond : les luttes entre factions aristocratiques et l'agitation paysanne continuent.

2.3. Pisistrate (600/527) et la tyrannie (561/510)

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    En 561, un aristocrate, Pisistrate prend le pouvoir, assurant un calme relatif durant la deuxième moitié du siècle : exerçant un pouvoir personnel, mais bienveillant, il s'appuie sur le dèmos, le petit peuple, en aidant les plus misérables de ses propres deniers,  en menant une politique de grands travaux qui procurent du travail, donc un revenu, à beaucoup de citoyens, et en orientant la politique extérieure d'Athènes vers la mer Egée, les Détroits et les terres à blé de la Mer Noire. C'est aussi une époque de développement du commerce et de l'artisanat, notamment de la céramique. Pisistrate est donc l'initiateur de la politique qui sera suivie par Athènes durant tout le Vème siècle.

2.4. Clisthène, Ephialtès, Périclès et la fondation de la démocratie


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    Vers 510, l'assassinat du tyran Hippias, fils de Pisistrate, met fin au régime tyrannique mais rouvre la porte aux affrontements entre factions aristocratiques. Le chef de la famille aristocratique des Alcméonides, Clisthène, par tactique politicienne et/ou conviction, s'appuie sur le dèmos (Hérodote écrira :  "Il s'attache la clientèle du dèmos") pour entreprendre des réformes.


2.4.1. Réorganisation géographique

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    Aux quatre anciennes tribus définies chacune par leur ancêtre, il substitue dix phulaï, "tribus" : chaque phulè est composée de trois trittuaï ou subdivisions géographiques : une de la côte, une de la ville, une de la campagne. Chaque trittye se compose d'un nombre variable de dèmes, ou cantons.

    Ce n'est pas clair ? Un petit tableau pour mieux comprendre.
 
Les circonscriptions clisthénienness
Polis (= "cité") ou "koïnonia tôn politôn" (= communauté des citoyens")
10 phulaï (= "tribus, sections du peuple")
1 phulè = 3 trittyes (sur le radical de trittos = "triple" ; subdivision territoriale)
1 trittye de la côte                     1 trittye de la ville                     1 trittye de la campagne
1 trittye = plusieurs dèmes (= "dèmes, cantons")

    La géographie n'est jamais innocente : nos professeurs nous ont appris qu'elle sert à comprendre l'économie comme la répartition et les mouvements des populations. Nous avons compris qu'elle sert aussi à faire la guerre. On a omis de nous préciser qu'elle seconde également la politique. D'une part, elle constitue l'un des éléments qui aident une communauté à se percevoir et se définir, ne fût-ce qu'en déterminant un "dedans" et un "dehors", un "entre nous" et un "hostile" ; de l'autre, on peut la manipuler pour modifier la conscience que cette communauté a d'elle-même. Les découpages des circonscriptions électorales ne sont jamais innocents.

    Clisthène l'avait compris. Quels étaient en effet les buts de sa  rectification géographique ? Homogénéiser la population en brisant les antagonismes ville/campagne et diminuer la puissance sociale des grandes familles aristocratiques en dispersant leur clientèle de dépendants dans de nouvelles unités territoriales plus petites et mélangées. Significativement, un Athénien était désigné par son nom suivi de celui de son dème : "X, fils de Y,  de + dème", la mention "fils de Y" étant facultative (voir le texte cité en conclusion).


2.4.2. Il élabore une nouvelle constitution

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    Je la décris au chapitre suivant. Elle vise à donner le pouvoir au dèmos. Son principe de base : tous les citoyens sont égaux devant la loi, qui est l'expression de la volonté du dèmos tout entier. C'est le kratos ("force, pouvoir, domination") du dèmos ("le petit peuple, les  Pauvres").


2.4.3. Parachèvement de la démocratie

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    Suite aux guerres Médiques (491/479), les aristocrates, avec à leur tête Cimon, fils de Miltiade et vainqueur des Perses sur l'Eurymédon en 469, avaient mis la constitution démocratique en sommeil. Les réformes clisthéniennes ne connaitront leur véritable achèvement démocratique que sous Ephialtès en 462/461 et Périclès en 457/456. Le premier transfère les pouvoirs de l'Aréïos Pagos, instance composée d'anciens magistrats qui gardait de larges compétences en matière judiciaire, à la Boulè, le Conseil, et à l'Héliaïa, le tribunal populaire ; le second ouvre l'archontat, la vieille magistrature d'essence aristocratique, aux plus pauvres ; il répand l'usage du tirage au sort, procédure égalitaire ; enfin,  il instaure la misthophoria, "fonction salariée", ou rétribution des magistrats, des membres du Conseil et des jurés des tribunaux, ce qui permet à n'importe quel citoyen, quel que soit son niveau de fortune, d'y siéger sans perte de revenus.


2.4.4. Paradoxe et contradictions

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    Arrivés ici, nous nous heurtons à un paradoxe qu'il nous faudra résoudre : la démocratie se renforce, mais cette période est appelée le  "Siècle de Périclès", expression qui laisse supposer un pouvoir personnel. Précisons : Périclès, un Alcméonide, un aristocrate de la lignée de Clisthène. Nous subodorons alors qu'il y aurait deux niveaux de fonctionnement dans cette démocratie : l'un constitutionnel, théorique, et l'autre, réel, effectif, pratique.

   Autres contradictions à nos yeux de Modernes, mais qui ne l'étaient pas pour les Anciens :

Après les Guerres Médiques, Athènes se mue en thalassocratie et en état impérialiste régnant sur la mer Egée, avec la complète approbation du dèmos : en effet, la flotte procure un emploi de rameurs aux misérables et les cités dépendantes d'Athènes paient tribut, ce qui dispense le citoyen athénien d'impôts. Et puis, il y a les gratifications morales : la gloire d'une Athènes dominatrice du monde grec et son prestige comme centre culturel et artistique.

De plus, contrairement au système lacédémonien, le régime athénien implique l'esclavage : dans notre esprit, esclavage et démocratie sont antinomiques. Pas à Athènes, ni dans les autres cités démocratiques. N'oublions pas que, quand le citoyen fait la guerre ou participe à la vie politique quotidienne de sa cité, il faut bien que quelqu'un travaille et produise... Guerres et surtout commerce fournissent une main d'oeuvre à bon marché.

3. La constitution athénienne

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3.1. Présentation

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    Notons d'abord une constante dans la structure de toutes les cités-états, : le pouvoir s'y s'articule en trois instances : une assemblée de citoyens ; un conseil restreint ; des magistrats. Ceci s'applique tant à la polis qu'à la Res Publica romaine et à Carthage.

 A Athènes, cela donne :
 
Instances Membres Désignation Compétences
Législatives
Compétences
judiciaires
Compétences
exécutives
Ekklèsia (Assemblée) Tous les citoyens
NA
Oui
Oui
Non
Boulè (conseil) 500 citoyens 
50 par phulè
Tirage au sort
sur listes établies par les dèmes
Oui
Oui
Oui
10 archontes
NA
Tirage au sort
Non
Oui
Non
Magistratures supérieures :
- stratègoï
- trésorier et  magistratures financières
NA
Election
Non
Non
Oui
Magistratures inférieures
NA
Tirage au sort
Non
Non
Oui
Instances judiciaires
Membres
Désignation
Compétences législatives
Compétences judiciaires
Compétences exécutives
Hèliaïa
(tribunal populaire)
6.000 citoyens Tirage au sort
Non
Oui
Non
Arèios Pagos (tribunal constitutionnel) Anciens magistrats
NA
Non
Oui
Non

NA = non applicable.

3.2. L'Assemblée (ou Ekklèsia)

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Trois vues de la Pnux, où se tenaient les séances de l'Ekklèsia 
http://www.educnet.education.fr/musagora/citoyennete/images/pnyx-citoyens-en-bas.jpg
http://depthome.brooklyn.cuny.edu/classics/dunkle/athnlife/pnyx3.jpg
http://www.athene.antenna.nl/AFBEELDINGEN/NR01-Athene/Pnyx%203.jpg
La bèma, tribune aux harangues de la Pnux 
Les secrétaires s'asseyaient sur les marches au bas de la tribune,
les Prytanes (citoyens présidant le Conseil par groupes de 50), sur les gradins situés derrière la tribune.
http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/image?lookup=1987.09.0317&type=site
Autre vue, plus rapprochée,  de la bèma 
http://www.davidgill.co.uk/attica/pnyx/pnyx_bema.jpg


3.2.1. Composition

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     Elle est ouverte à tous les citoyens ; la présence y sera rétribuée (misthos) à partir du début du IVème siècle.


3.2.2. Ses pouvoirs sont quasi illimités

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    Elle peut se saisir de toute question concernant la vie politique de la cité, comme l'approvisionnement, la politique extérieure et la guerre, ou les accusations de haute trahison.


3.2.3. Réunions et procédure

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    L'Ekklèsia se réunit 40 fois par an, à raison de 4 séances par mois de 36 à 39 jours sur la colline de la Pnyx. Ses travaux sont dirigés par un bureau de 9 membres et un président assisté d'un secrétaire et d'un héraut.

   Une séance normale se décompose en lecture de l'ordre du jour, lecture des rapports et  propositions de décrets, consultation de spécialistes, discussions et confrontations des points de vue, vote le plus souvent à main levée.  

Un décret de l'Ekklèsia athénienne concernant l'expédition de Sicile de 415

3.3. Le conseil : la Boulè

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Ce qui reste du Bouleutèrion, lieu de réunion de la Boulè 
http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/image?lookup=1990.20.0539&type=site
http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/image?lookup=1990.20.0393&type=site


    Son nom vient du verbe boulein,  "vouloir" et ses membres s'appellent Bouleutès.

   Ses séances sont publiques.


3.3.1. Composition

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    500 membres âgés au minimum de 30 ans, à raison de 50 tirés au sort annuellement par phulè sur des listes établies par les dèmes. Chaque dème avait ainsi la garantie d'être représenté par au moins un membre. N'importe qui pouvait en faire partie, mais il semble que les citoyens inscrits sur les listes de tirage au sort aient été en majorité des gens aisés, influents dans leurs dèmes ou encore disposant de relations à la ville. Ses membres avaient droit à une rétribution modique.


3.3.2. La Prytanie (prutaneïa)

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        Je cite Claude Mossé :

    "les prytanes sont les 50 bouleutes de la tribu qui pendant un dixième de l'année exerce la prytanie, c'est-à-dire la présidence de la Boulè. L'ordre dans lequel les 10 tribus de l'Attique exercent successivement la prytanie est tiré au sort chaque année."
(Histoire d'une démocratie : Athènes, P. 184)
    Les Prytanes exercent également la présidence de l'Ekklèsia.

3.3.3. Ses attributions

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    Gardienne de la constitution démocratique et des lois, la Boulè prépare aussi les rapports et projets de décrets sur lesquels votera l'Ekklèsia. Elle peut se constituer en haute cour de justice concernant les actions des magistrats, sur lesquels elle exerce par ailleurs un contrôle constant, ainsi que sur les finances et les affaires économiques. Enfin, elle reçoit les ambassadeurs et conclut des traités.

3.4. Les magistratures

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Deux vues de restes de bureaux publics sur l'Agora 
http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/image?lookup=1990.20.0381&type=site
http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/image?lookup=1990.20.0382&type=site

    Elles sont toutes annuelles, mais il y en a de deux types : les importantes, attribuées par élection et aux mandants renouvelables ; les autres, par tirage au sort. Par conséquent, les magistratures briguées par ceux qui souhaitent exercer une influence ou un pouvoir durables sont les électives, et plus particulièrement la fonction de stratègos.


3.4.1. Les magistratures électives

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Les Stratègoï commandent l'armée et la flotte et s'occupent des affaires extérieures. Poste prestigieux et convoité, mais à haut risque, et pas seulement du fait de l'ennemi. Des stratègoï incompétents ou infortunés furent condamnés à mort ou à l'exil. En ce qui nous concerne, ce n'est pas nécessairement un mal : ainsi, l'échec de Thucydide à Amphipolis en 424 lui valut une condamnation à l'exil, et à nous l'immense joie littéraire et intellectuelle de lire le premier véritable historien.

Le Trésorier (Tamias, ou "Intendant du temple de l'Acropole") et les magistratures financières.

    La réélection à ces fonctions est possible car elles demandent des compétences spécialisées.


3.4.2. Les magistratures tirées au sort

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Archôn : il y en a neuf, aux  fonctions essentiellement judiciaires et religieuses :

     - l'archonte éponyme, qui donnait son nom à l'année ;
     - l'archonte-basileus, aux affectations cultuelles ;
     - l'archonte polémarque, à l'origine chef de guerre, puis président du tribunal qui jugeait les causes relatives aux métèques ;
     - les six thesmothètes, chargés de rédiger et publier les lois et décisions judiciaires.

magistratures mineures : receveurs généraux, vendeurs des biens confisqués, gardiens des mesures, inspecteurs du blé, etc. En fait, les charges remplies par les fonctionnaires dans le système étatique moderne sont exercées à Athènes par ces magistrats inférieurs.
 

Jeton de tirage au sort pour les magistratures
On lit "pol"


3.4.3. Surveillance populaire

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     Le dèmos craignant les dérives tyranniques,  il existe un contrôle populaire effectif sur les magistrats, dont les procédures principales - et redoutées - sont  :

graphè para nomôn : tout citoyen a le droit d'en traîner un autre en justice sous l'accusation d'avoir introduit une proposition contraire aux lois ;

enquête de moralité avant la prise de fonction des magistrats et reddition de comptes à leur descente de charge devant la Boulè (ce n'est pas une formalité, on l'a vu...) ;

ostrakophoria par laquelle le peuple, par vote individuel, écrit et secret, condamne à dix ans d'exil (ostrakismos) un individu soupçonné de vouloir exercer la tyrannie.

Enfin, n'oublions pas que, durant leur charge, les magistrats étaient tenus de rendre des comptes à la Boulè et surtout de s'expliquer à l'Ekklèsia, dont on sait qu'elle était particulièrement ombrageuse, contrairement à l'Apella spartiate.

3.5. Et la justice ?

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3.5.1. L'Assemblée et le Conseil

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    Comme déjà signalé, l'Ekklèsia et la Boulè peuvent s'ériger en tribunal suprême pour les affaires de trahison et le jugement de magistrats indélicats.


3.5.2. L'Aréïos pagos

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    A l'origine sous le contrôle de l'aristocratie et dépositaire de larges pouvoirs , l'Aréïos Pagos fut délesté de la plupart de ses prérogatives par Ephialtès. Formé de magistrats sortis de charge, il sera désormais le gardien des lois.  

Deux vues de l'Aréïos Pagos 
vue générale
http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/image?lookup=1987.09.0302&type=site
Vue rapprochée
http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/image?lookup=1990.20.0422&type=site


3.5.3. L'Héliaïa

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    Mais le tribunal le plus important dans la justice courante, au jour le jour, est l'Hèliaïa, ou tribunal populaire formé de 6000 citoyens tirés au sort et répartis dans les différents tribunaux spécialisés par - encore ! -  un tirage au sort compliqué, à raison de  501 membres par tribunal. Cette fonction est rétribuée. Présidée par un magistrat, la séance consiste en :  lecture des lois concernant l'affaire, dépositions orales et verdict immédiat, sans discussion entre les jurés. On juge donc sur les auditions, et non sur dossier, contrairement à ce qui se pratiquera sous l'Ancien Régime. Les jurés expriment  leur verdict en déposant un jeton comme ci-dessous dans une grande urne, la tige creuse indiquant la condamnation, la tige pleine, l'acquittement.
 

Jetons de vote à l'Héliaïa
On lit "psèphosdèmosia", c'est-à-dire "suffrage au nom du peuple"

3.6. Résumons-nous :
Caractéristiques générales du système politique athénien

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3.6.1. Particularités

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L'Ekklèsia est toute puissante, la souveraineté du dèmos étant théoriquement totale. Rien n'est donc jamais acquis aux hommes politiques qui se présentent devant elle : sa composition variant de séance en séance, il s'agit à chaque fois de la convaincre par la parole. Elle a la réputation d'être changeante, sourcilleuse et d'avoir la main lourde dans les condamnations.

D'autant plus changeante qu'il n'y a pas de partis comme nous les connaissons, c'est-à-dire des organisations se réclamant d'une idéologie et poursuivant des buts de classe, mais des factions se rassemblant autour d'un homme politique (Thémistocle, Aristide, Cléon, Nicias,...) ou une famille (les Alcméonides, dont Clisthène et Périclès) en vue. Un politicien ou un magistrat ne peut donc pas compter sur l'équivalent d'une majorité dans nos modernes parlements ou sur une "discipline de parti", ni à l'Ekklèsia, ni à la Boulè. Autre conséquence : la politique est fortement personnalisée.

Un calcul rapide montre qu'un tel système suppose l'implication d'un grand nombre de citoyens dans la vie publique : chaque année, par exemple, sur les 40.000 citoyens formant le corps civique, 6.000 sont désignés au hasard au tribunal de l'Hèliaïa, 500 autres seront Bouleutès, sans compter les magistratures mineures. En outre, tout citoyen qui le souhaite peut s'impliquer directement dans la vie publique de la polis, ne fût-ce qu'en participant aux séances de l'Ekklèsia. Le premier contact du citoyen avec la politique est son dème, qui a ses magistrats locaux et tient ses assemblées, auxquelles j'imagine que les pères emmenaient leurs fils. On a  pu dire que le régime athénien était une école de démocratie.


3.6.2. Ce qui différencie démocraties athénienne et moderne

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La notion de séparation des pouvoirs est inopérante : par exemple, l'Ekklèsia peut se constituer en tribunal suprême ; la Boulè remplit des fonctions législatives (préparation des décrets), exécutives (réception des ambassadeurs et conclusion des traités) et judiciaires (haute cour jugeant les magistrats).

L'égalité entre citoyens s'obtient par un système de rotation le plus souvent aléatoire, et non de représentation : tout citoyen, par la vertu d'un tirage au sort, procédure réputée égalitaire, peut devenir Bouleutès, juge ou magistrat.

Il n'y a pas de bureaucratie, les fonctions administratives étant occupées par des magistrats, autrement dit des responsables politiques. Le pouvoir exécutif est ainsi atomisé en une série impressionnante de petites charges entre lesquelles il n'y a pas de hiérarchie officielle.

Les partis politiques, au sens d'organisations de citoyens poursuivant des buts de classe au nom d'une idéologie, n'existent pas.

Enfin, nous percevons nos hommes politiques comme lointains, malgré tous leurs efforts pour "se rapprocher du citoyen et de ses préoccupations quotidiennes", et nos systèmes politico-administratifs nous paraissent compliqués, abstraits, abscons, arbitraires et générateurs d'angoisse. En somme, il existe une brèche qui va en s'élargissant entre le citoyen "de base" et le système politique et administratif censé le servir. Cette distance n'existe pas dans l'Athènes antique.

4. Citoyens et non-citoyens

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Cliquez pour voir des restes de maisons près de l'Agora 
http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/image?lookup=1990.27.0905&type=site
http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/image?lookup=1990.27.0904&type=site
http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/image?lookup=1990.27.0898&type=site


    J'ai, jusqu'à maintenant, parlé de  citoyens. Mais qui est citoyen ?

    Une évidence, que voudront bien me pardonner mes lectrices : seuls les hommes peuvent être citoyens.

4.1. Comment s'acquiert la citoyenneté

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4.1.1. Par naissance

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    Le père doit être citoyen. Une restriction supplémentaire sera imposée sous Périclès : être né de père citoyen et d'une mère fille de citoyen : il y a  un consensus pour limiter le corps civique, qui forme ainsi un club de citoyens.


4.1.2. Suite à un vote de l'Ekklèsia

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    ... pour services exceptionnels rendus à Athènes. Ce cas est rare.


4.1.3. Par fraude

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    Evidemment !

    La citoyenneté est toujours convoitée par qui réside dans une cité sans faire partie de son corps civique, et plus particulièrement à Athènes. Il n'était pas rare qu'un étranger riche soudoie des citoyens pour qu'ils viennent prétendre devant le tribunal qu'il faisait partie de leur parenté. Si l'on connaît si bien la carrière de l'ancienne prostituée et proxénète Nééra recyclée dans la respectabilité bourgeoise, c'est grâce au procès qui lui est intenté en 340. Elle était devenue la compagne d'un certain Stéphanos, qui fut désigné peu après... Archonte-Basileus ! Le couple organise alors une escroquerie : ils font passer leur union pour légitime, et Stéphanos inscrit leurs enfants dans sa phratrie, introduisant ainsi illégalement sa famille dans la communauté civique.

    D'autre part, Aristote rapporte que Clisthène aurait incorporé illégalement des étrangers et des esclaves résidant à Athènes dans le corps civique.

4.2. Et comment on la perd

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    On pouvait perdre sa qualité de citoyen, soit par décision de justice (on était alors frappé d'atimia), soit suite à une révolution politique.


4.2.1. L'atimia

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   Avant la fin du VIème siècle, le citoyen qui avait perdu son statut devenait un hors-la-loi que l'on pouvait tuer impunément et dont on pouvait confisquer les biens.

    Mais, à l'époque classique, l'atimia signifiait l'exclusion des activités politiques et des sanctuaires de la cité. Le citoyen déchu n'était plus autorisé, ni à participer à l'Assemblée, ni à siéger au tribunal, ni à exercer la moindre magistrature. Cependant, il faisait toujours partie du corps civique, vu que son mariage était toujours légitime et que l'on ne touchait pas à ses biens. Il semble bien que l'atimia n'ait pas été héréditaire, sauf dans le cas où l'atimos, l'exclu, avait laissé des dettes à sa mort. Et encore, dans ce cas, les héritiers pouvaient-ils récupérer la totalité de leurs droits de citoyens une fois la dette apurée.

    Pourquoi devenait-on atimos ? Soit à cause de crimes privés, violences, agressions sexuelles, dissolution du patrimoine..., soit pour des offenses publiques, faux témoignages, corruption de  juges ou de magistrats, tentative de renversement du régime démocratique, etc.


4.2.2. Les révolutions politiques

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    Si le petit peuple athénien approuvait la démocratie pour des raisons que nous examinerons dans les sources de la légitimité, dans nombre de milieux aristocratiques et intellectuels, l'on rêvait d'un régime réservant aux "Meilleurs" la totalité du pouvoir : souvenons-nous que Platon et Xénophon ne portaient pas la démocratie dans leur coeur. Si certains se contentaient de l'écrire, d'autres passaient aux actes...

    Ces tentatives échoueront toutes : la révolution oligarchique dite "des Quatre-Cents" de 411, parce que les hoplites et marins basés à Samos refusent d'entériner la nouvelle constitution ; le gouvernement des Trente (405) se noie dans la terreur qu'il fait régner à Athènes. Le coup le plus sérieux sera le régime censitaire imposé à Athènes en 322 par le régent macédonien Antipatros, qui prive de leurs droits civiques plus de la moitié des Athéniens en réservant la citoyenneté aux seuls possesseurs d'un bien de 1.000 drachmes minimum. Notons que cette dernière réforme ne fut pas décidée par les Athéniens, mais imposée par les maitres macédoniens.

    Autrement dit, comme le régime spartiate, la démocratie athénienne a bénéficié d'une stabilité certaine, fruit de l'approbation que lui accorde l'immense majorité de la population.

4.3. Le citoyen se définit mieux par opposition aux non-citoyens

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4.3.1. Les femmes

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    Nous sommes en Méditerranée, ce sont des mineures légales. Une femme vit dans une perpétuelle dépendance par rapport à son père ou son tuteur, puis son mari. Elle n'a pas accès à la vie citoyenne. Par exemple, elle n'a même pas le droit d'assister aux assemblées de la Pnyx.

    Cependant, elle fait partie du corps civique, et cela sous deux aspects principaux :

A partir de Périclès, une loi stipule que pour être citoyen, il faut être né de père citoyen et de mère fille de citoyen. La femme joue donc un rôle clé dans la transmission de la citoyenneté. Ceci explique pourquoi, s'il est considéré comme normal qu'un Athénien rende visite aux prostitué(e)s, entretienne une concubine, voire couche avec une étrangère, l'adultère avec une fille ou femme de citoyen est punissable. L'adultère féminin est encore plus sévèrement réprimé. Ces deux derniers comportements brouillent en effet le jeu privé de la transmission des biens, et public de la reproduction du corps civique.

Les filles et les femmes participent aux cultes religieux civiques : les jeunes filles tissent le voile qui sera offert à la déesse éponyme lors des Panathénées, les adolescentes et fillettes participent aux Brauronies,  fête d'Artémis, et les femmes, aux Thesmophories, cérémonies en l'honneur de Démèter.

Enfin, si les femmes ne jouent aucun rôle officiel dans la vie politique athénienne, il est difficile de croire qu'elles n'essayaient pas de l'influencer indirectement, en faisant pression sur leurs maris (d'où la Lysistrata d'Aristophane, où les épouses font la grève de l'amour pour contraindre leurs maris à arrêter la guerre) ou, dans le cas d'hétaïres de haut vol comme Aspasie, compagne de Périclès, sur leur amant.


4.3.2. Les esclaves

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    Un esclave est la propriété de quelqu'un d'autre, pour qui il représente une source de profit : c'est donc un non-libre et une marchandise. Son usage principal : le travail, par opposition au citoyen, dont l'idéal est l'oisiveté qui permet de s'occuper des affaires publiques. Les esclaves ne forment pas une classe sociale, car si leur statut est théoriquement identique, leur usage et leur position dans la structure économique est fort variable : cela va du concentrationnaire des mines d'argent du Laurion à l'esclave banquier quasi libre de ses actes qui ne doit qu'une redevance à son propriétaire.


4.3.3. Les métoïkoï ("étrangers domiciliés dans la ville")

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    Ce sont des étrangers à la cité, grecs et non-grecs, mais qui vivent dans la cité : artisans, commerçants, artistes, intellectuels, riches et pauvres. C'est un ensemble hétérogène qui ne forme pas non plus une classe. Quel est leur statut ? Ils sont autorisés à résider moyennant une taxe de résidence modique et l'obligation de participer aux opérations militaires ; ce sont des mineurs juridiques car ils doivent avoir un répondant parmi les citoyens. Ils n'ont aucun droit politique.

4.4.  Le citoyen athénien modèle est donc ...

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un être humain mâle adulte,
  libre,
né athénien,
qui se consacre essentiellement à la politique de sa cité.

5. Fonctionnement effectif

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    Comme je l'ai souligné dans La caserne eunomique, et je suis en cela Moses I. Finley, il ne faut pas se contenter du fonctionnement théorique d'une structure politique, mais se pencher sur la réalité quotidienne, matérielle du fonctionnement effectif. La question essentielle est donc, avec un brin de cynisme : comment les acteurs du système tordent-ils ou essaient-ils de tordre les institutions à leur avantage, personnel ou de classe ?

    Un exemple fera le départ entre procédure, mythe et réalité politiques : l'ostrakismos.

La procédure :
    Par un vote secret et individuel de tous les citoyens (ostrakophoria), on condamne à un exil de dix ans un homme politique soupçonné de vouloir exercer la tyrannie.

Le mythe :
    Tout le monde connaît l'anecdote d'Aristide, l'adversaire de Thémistocle. Un jour d'ostrakophoria, un citoyen illettré s'approche d'Aristide pour lui demander d'inscrire le nom de celui qu'il veut voir exilé sur son ostrakon (= "tesson de poterie" et non coquille d'huître !).
"Quel nom dois-je inscrire, demande Aristide ?
- Celui d'Aristide, répond l'illettré, il aspire à la tyrannie."

     Noblement, Aristide grave son propre nom sur le tesson.

La réalité :
    C'est là une bien belle histoire que nous rapporte Plutarque, l'un des concierges de l'histoire, mais que l'on comparera utilement à une découverte archéologique : un dépôt de 190 ostraka demandant l'exil de Thémistocle, et qui avaient été gravés par un petit nombre de mains différentes. Conclusion : ils avaient été préparés et distribués aux partisans d'une faction en temps opportun.  

Ostraka du Vème siècle
On reconnaît les noms de "Périklés" et "Thémisthokléés"
Il ne faisait pas toujours bon être un homme en vue

    Cette manipulation de l'ostrakophoria jette une lumière crue sur le contraste entre les motivations premières d'une procédure et son usage effectif. De procédure visant à éloigner des candidats à la dictature, l'ostrakismos devient une arme d'assassinat politique entre les mains des chefs de factions. Dans une société de la parole, il suffit d'éloigner de la cité un adversaire durant quelques années pour couper tout contact entre ce dernier et le corps civique devant lequel il pourrait parler, donc exister. Voilà pourquoi la vie politique athénienne, contrairement à celle de Rome, n'est que rarement marquée par la liquidation physique des concurrents : je ne connais que celle d'Ephialtès en 460, et encore, on ignore qui arma le bras du tueur.

    En théorie, la constitution athénienne garantit la souveraineté totale appartient au dèmos. Or, ce que nous savons des dirigeants athéniens montre qu'ils sont issus de milieux aristocratiques et/ou riches. Il s'agit en réalité d'un système à participation populaire et direction de l'élite : celle-ci gouverne, mais avec l'approbation du dèmos, qu'il faut constamment solliciter, interpeller et convaincre. Sur les questions importantes, il y a toujours discussion, controverse, débat réel.

    Comment et pourquoi cette anomalie apparente ?

5.1. Participation citoyenne

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    Contrairement à une image fausse qu'on nous a apprise, tous les Athéniens ne participent pas à la totalité des 40 ekklèsiaï annuelles : beaucoup de citoyens ne s'intéressent carrément pas à la politique. Lors de séances peu passionnantes, les archers scythes de la police rabattaient les "volontaires" vers la Pnyx à l'aide de longues cordes trempées dans... de la peinture vermillon fraîche !

    Plus sérieusement, les décisions sont prises par des majorités composées de citoyens urbains, l'absentéisme paysan étant une constante, et pas parce les fermiers seraient stupides ou peu politisés. Il faut considérer les réalités matérielles, si souvent négligées par les analystes d'un système politique : une séance représente une perte de temps, donc de revenu pour le citoyen de base vu qu'il est à l'Ekklèsia, non au boulot. Pour un citoyen de la ville, c'est un seul jour de "perdu" ; pour un paysan de Marathon (vous connaissez la distance...), cela fait au moins 3 jours : un pour l'Assemblée, deux pour l'aller-retour. L'habitant de la campagne aura tendance à ne se déplacer qu'en cas grave ou s'il estime que ses intérêts sont en jeu : décision de mener la guerre, changements constitutionnels ou question de la remise des dettes.

5.2. Préparation des décisions

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Les problèmes politiques sont complexes et souvent hors de portée du citoyen, souvent illettré. Les magistratures ont tendance à se spécialiser et surtout, il faut du temps et de l'argent pour étudier les domaines concernés par la vie politique. Qui dispose du temps libre et des ressources nécessaires pour se consacrer à la politique ? Les  Riches, autrement dit ceux qui font travailler les autres pour eux. Dans certaines familles, faire de la politique est ainsi devenu une tradition et une obligation.

Revenons à la matérialité d'une séance de l'Ekklèsia : il est impossible que tous les articles d'un décret ou d'une proposition soient discutés et votés point par point en une seule journée ; ils sont préparés et les votants ont tendance à faire confiance à ceux qui les ont préparés. Qui sont ces derniers ? Soit la Boulè, soit des chefs de factions, soit encore les spécialistes dans les différents domaines d'activités politiques qui secondent ces chefs de factions, et que le dèmos identifie à la fois comme experts et membres d'une faction bien déterminée. Faction dirigée par un  riche, grand propriétaire foncier et/ou patron d'entreprise commerciale ou industrielle.

Les Athéniens discutent de tout partout : dans les échoppes, dans la rue, au travail, à l'Agora, centre commercial, mais surtout de sociabilité et d'échange d'idées.  

Un coup d'oeil sur l'Agora ? 
Deux plans, dont l'un en trois dimensions
Vue aérienne
http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/image?lookup=1990.30.0012&type=site
Les fouilles
http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/imbrow?type=sor&query=a.value%20%3D%20'Athens%2C%20Agora'

    En outre, ils appartiennent à différents groupements et associations (professionnelles, de voisinage, religieuses, culturelles, militaires, phratries,...), où les problèmes politiques pendants arrivent nécessairement dans la conversation ; les  politiciens profitent  de ces occasions pour faire promouvoir leurs idées.

Enfin, l'on ne me fera pas croire qu'un pauvre endetté auprès d'un chef de faction ne recevait pas de sa part des consignes de vote, et que des assistants de ce dernier ne quadrillaient pas l'Ekklèsia, pour, ne fût-ce que d'un simple regard un peu appuyé, inciter les misérables de son patron à voter "correctement".

5.3. Les Pauvres votent pour les Riches !

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    Il subsiste encore un problème : pourquoi les  Pauvres  votent-ils pour des  Riches, soit des ennemis de classe ?


5.3.1. Justement, parce qu'ils sont pauvres !

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    Toujours à la limite de la misère, ils entrent dans la clientèle d'un riche. Quels sont les termes de l'échange ? Le pauvre accorde son soutien politique au riche lors des élections et votes de décrets ; le  riche  aide le  pauvre à assurer sa subsistance quotidienne soit de sa caisse personnelle, soit de celle de l'Etat, et à se défendre en justice. Il n'existe en effet aucune institution publique pour faire appliquer les décisions de justice : ton affaire jugée en ta faveur, à toi de te débrouiller pour forcer la partie adverse à s'exécuter. Il faut donc, si l'on est un pauvre, avoir recours à un patron influent qui dispose de moyens de contrainte suffisants.


5.3.2. Les hiérarchies sociales et de fortune ne sont jamais contestées

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    Le serment prêté par les jurés des tribunaux athéniens est sans équivoque : "Je ne permettrai pas l'abolition des dettes privées ou la redistribution des terres ou des maisons appartenant à des citoyens".  Il est  normal que les Riches exercent le pouvoir et usent de leur fortune dans ce but.

    En outre, n'oublions pas qu'il s'agit d'une société du face à face, où les questions d'honneur et de prestige sont primordiales. Une forte pression sociale s'exerce donc sur les  Riches afin qu'ils fassent bénéficier le corps social tout entier de leur fortune.

    Une institution est révélatrice de cet état d'esprit : la leitourgia, "dépense privée d'intérêt public". Certains services publics sont attribués à tour de rôle à des individus riches : fêtes religieuses, y compris les représentations théâtrales et les manifestations sportives, entretien d'un navire fourni par l'Etat (triérarcheia) pendant un an. La leitourgia est obligatoire, un minimum est imposé, mais elle constitue une source de prestige, donc de compétition entre nantis : c'est un honneur non seulement d'être désigné, mais aussi de dépenser beaucoup plus que le minimum requis. L'avantage pour le dèmos est qu'il n'a pas une obole d'impôt à débourser ; en échange, il estime normal de remettre la direction politique et son soutien à l'Assemblée à ces mêmes nantis.

6. Sources de légitimité

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    Pour qu'un système politique fonctionne, deux ingrédients doivent être réunis : des lois qui en règlent le fonctionnement, et une légitimité.

6.1. Brève définition de la légitimité

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    Tout simplement les facteurs qui font que le citoyen ou le sujet de base considère que le système politique effectif, tel qu'il fonctionne dans la réalité est bon, juste et valable, et qu'il mérite même que l'on risque sa peau pour en assurer la continuité.

6.2. A Athènes, quelles sont les sources de légitimité ?

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6.2.1. La fierté nationale...

    devant l'empire athénien et la réputation de la cité comme centre culturel, intellectuel et cultuel.


6.2.2. Avantages matériels

    Le citoyen athénien "de base" vit constamment à la limite ténue qui sépare la pauvreté de la misère. Sa subsistance est assurée par l'Etat. A partir du IVème siècle, la participation à l'Ekklèsia est rétribuée : pour un misérable, les trois minuscules oboles qu'il perçoit peuvent faire la différence entre manger et ne pas manger pendant quelques jours. En outre,  la guerre est une source de revenu pour le rameur de la flotte ou le hoplite : on touche une solde, et il y a des perspectives (toujours réjouissantes) de pillage.


6.2.3. Le Grec ancien accepte les différences sociales

    La hiérarchie et le pouvoir des Riches ne sont pas contestés, à la condition expresse que ces derniers  fassent preuve de générosité et fassent participer la cité et/ou leurs partisans à leur fortune. Il n'en est pas autrement à Rome.


6.2.4. Le pouvoir est proche du citoyen

    Comparée à une cité moderne, Athènes, avec ses 40.000 citoyens au maximum, fait figure de société minuscule : les hommes politiques et magistrats y sont donc toujours proches du citoyen, et ce d'autant plus qu'ils sont régulièrement tenus de venir s'expliquer devant l'Ekklèsia. En outre, vu le système de tirage au sort, tout citoyen peut être appelé un jour à exercer ne fût-ce qu'une miette du pouvoir sous la forme d'une magistrature mineure ou d'un poste de juré.

7. Conclusion

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    Plutôt que de vous infliger une (mauvaise) leçon de philosophie morale et politique, je livre à votre réflexion un décret athénien de 337 :

    "Sous l'archontat de Phrynicos, à la neuvième prytanie qui était celle de la tribu Leontis, pour laquelle Chairestratos, fils d'Ameinias d'Acharnes, était secrétaire; parmi les présidents, mettait aux voix Menestratos du dème d'Aixonè ; Eucratès, fils d'Aristotimos, du Pirée, a fait la proposition ; à la bonne fortune du peuple d'Athènes ; plaise aux nomothètes ; si quelqu'un se révolte contre le peuple pour établir la tyrannie, s'il contribue à établir la tyrannie, s'il détruit le pouvoir du peuple d'Athènes ou la démocratie à Athènes, celui qui tuera l'homme coupable d'un de ces crimes ne sera pas souillé ; que parmi les conseillers du Conseil de l'Aéropage aucun n'ait le droit, au cas où le peuple ou la démocratie à Athènes auraient été renversés, de se rendre à l'Aéropage non plus que de siéger en assemblée du Conseil ou de délibérer même sur une seule question ; si l'un des conseillers de l'Aéropage, une fois le peuple ou la démocratie renversés à Athènes, se rend à l'Aéropage ou siège en assemblée du Conseil ou délibère sur quoi que ce soit, il sera déchu de ses droits civiques, lui et sa descendance, sa fortune sera confisquée et la dîme sera versée à la déesse ; que le secrétaire du Conseil fasse transcrire cette loi sur deux stèles de pierre et les place l'une à l'entrée de l'Aéropage, qui se trouve en entrant à la salle du Conseil, l'autre au lieu de réunion de l'assemblée du peuple ; pour la transcription sur les stèles, que le trésorier du peuple paie vingt drachmes prises au chapitre des sommes dépensées par le peuple par décrets."
(Traduction : J. Pouilloux, Choix d'inscriptions grecques, Les Belles Lettres, 1960)

Bon à savoir I : la force publique - armée et police

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Il n'y a pratiquement pas de police en dehors des archers scythes, qui sont des esclaves de l'Etat.

    Peut-on, alors, faire appel à l'armée en cas de troubles internes ?

    C'est  impossible, car il n'y a ni armée professionnelle ni corps ou caste d'officiers séparés du pouvoir civil : l'armée est une milice citoyenne et les généraux (stratègoï), des civils élus annuellement et éventuellement réélus. Même au IVème siècle, quand l'armée se professionnalise, que l'on engage des mercenaires, et que les stratègoï tendent à mener leur politique personnelle, le dèmos, toujours soupçonneux, conserve le contrôle (chatouilleux) de ses généraux. Pour plus de précisions sur les armées citoyennes, voir Le combat hoplitique.

    En cas de troubles, le seul recours pour maintenir l'ordre est de faire appel aux citoyens volontaires. Beaucoup de citoyens, par obligation civique comme par nécessité, faute de police, possèdent en effet une arme. Le citoyen intervient s'il le veut bien et selon sa perception de la menace éventuelle.


L'armée est une milice citoyenne

En clair, défendre l'Etat et la patrios politeia (voir les cadres de l'invention de la politique pour cette notion) dans les guerres extérieures constitue une obligation et un privilège. En outre, la discipline militaire telle que celle pratiquée dans une armée moderne et chez les Romains, où les légionnaires prêtaient serment d'obéissance à leur général et où un centurion pouvait cogner un légionnaire quand et comme bon lui semblait, n'existe pas. Même en campagne, les soldats tiennent des assemblées et demandent des comptes à leurs généraux.

Le service militaire se base sur la stratification sociale : les cavaliers et hoplites doivent s'équiper à leurs frais, un cheval ou une panoplie d'hoplite coûtant cher suivant les standards de l'époque. Les thètoï servent comme rameurs de la flotte contre une rétribution modique ou dans les troupes auxiliaires, comme fantassins légers, archers, frondeurs.

Athènes a pratiquement toujours connu l'état de guerre : beaucoup de citoyens l'ont faite, et savaient de quoi il retournait quand, à l'Ekklèsia, ils déclaraient la guerre : ceux qui vont faire la guerre votent sur son opportunité.

  Lors de ces votes sur la déclaration de guerre, on constate fréquemment un clivage ville/campagne. Pour les citoyens urbains, c'est une occasion rêvée d'arrondir ses revenus (solde, pillage ; on vit sur l'habitant... et l'habitante) ; pour les paysans, la guerre représente la menace de voir les fermes ravagées par une armée spartiate ou thébaine qui ne se gênait pas (on s'en doutait...).

Bon à savoir II : les revenus de l'Etat

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Il n'y a pas d'impôts (vous avez bien lu...), sauf en cas exceptionnels (guerre, par exemple) : dans ce cas, la levée d'impôts est votée annuellement.


Quelles sont alors les sources de revenus de l'Etat ?

Les mines d'argent du Laurion découvertes entre les deux Guerres Médiques ;

les tributs des cités soumises ; le dèmos a donc intérêt à mener une politique impérialiste, ce qui explique en partie pourquoi démocratie et impérialisme ne sont pas contradictoires dans l'Athènes antique ;

la leitourgia, fonction publique dont le titulaire supportait les dépense de sa caisse personnelle (voir la section 5.3.2.).

Bon à savoir III : manoeuvres et contre-manoeuvres à la Pnyx

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    Deux récits, datant de la guerre du Péloponnèse, permettront de saisir la réalité des débats à l'Ekklèsia.


425 : l'affaire de Sphactérie 

     La flotte athénienne était parvenue à coincer quelques centaines de Lacédémoniens, dont 420 Homoïoï, sur l'îlot de Sphactérie, près de Pylos, où ils étaient menacés de mourir de faim. Sparte fait des offres de paix à Athènes, que le stratègos Nicias, un modéré, propose d'accepter.  

Le site de Sphactérie 
http://www.perseus.tufts.edu/cgi-bin/image?lookup=1990.30.0112&type=site
Les Spartiates se trouvèrent coincés sur l'île quadrangulaire qui ferme la baie sur la droite de l'image.
Les Athéniens contrôlaient la mer et tous les accès de l'île.

    Il est immédiatement contré par son adversaire politique le plus redoutable, Cléon, toujours partisan des mesures les plus extrêmes : sous l'impulsion de ce dernier, l'Ekklèsia édicte des conditions inacceptables pour les Spartiates. Le blocus de l'île reprend, mais les Lacédémoniens ne se décident pas à se rendre. L'hiver arrive, et le Dèmos reproche de plus en plus violemment à Cléon son attitude intransigeante qui ne mène à aucun résultat sur le terrain.

    Cléon rétorque à l'Assemblée que, si les Stratègoï sont de véritables hommes, ils doivent prendre Sphactérie d'assaut. Nicias lui offre alors son commandement, avec la mission de s'emparer de l'îlot. Cléon ne peut faire autrement que d'accepter, ajoutant même la promesse de remplir cette mission endéans un délai de 20 jours.

    Il y parviendra, non grâce à ses talents de général, mais grâce au plan bien ficelé et exécuté de son collègue Démosthène, probablement le meilleur stratège athénien de ce conflit. On s'en doute, si celui-ci fut la cheville ouvrière de la victoire, c'est Cléon qui en rafla toute la gloire et le profit politique.


415 : l'expédition de Sicile

    En 415, la ville sicilienne de Ségeste est menacée par sa voisine Sélinonte, alliée de Syracuse. Les Ségestains font appel à l'aide athénienne.

    Dans un premier temps, l'Ekklèsia décide l'envoi d'une flotte de 60 navires, engagement peu risqué, et désigne comme stratègoï Alcibiade, Lamachos et Nicias.

    Celui-ci, bien qu'investi du commandement, désapprouve  l'expédition, la jugeant risquée et sans grand profit pour Athènes. Afin de dissuader l'Ekklèsia de l'entreprendre, il propose, en une manoeuvre politicienne d'une finesse colossale, d'engager une flotte beaucoup plus importante, secondée par un fort contingent de troupes à pied : il espère que, devant l'ampleur des moyens humains et financiers à déployer, l'Assemblée hésitera et rejettera l'idée même de l'opération.

    Mal lui en prend ! Interprétant cette proposition comme raisonnable, puisque venant d'un dirigeant connu pour sa modération et sa prudence, l'Ekklèsia l'accepte avec enthousiasme.

    Résultat de l'opération de Sicile pour Athènes : une défaite militaire comme elle n'en avait jamais subie, 50.000 hommes, soit 1/3 des forces terrestres athéniennes, et 216 trirèmes, 3/4 de la flotte, perdus. A long terme, elle signifiait la défaite devant Sparte.

Bon à savoir IV : tableau du système monétaire grec

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Pièce Multiple Remarques
Obole    
Drachme = 6 oboles 4,36 grammes d'argent
Salaire minimum d'un ouvrier, d'un mercenaire ou d'un rameur de la flotte athénienne
Tétradrachme ou statère = 4 drachmes  
Mine = 100 drachmes  
Talent = 60 mines
= 6000 drachmes
 Soit environ 26 kilos d'argent

    Chaque cité ayant son propre étalon, et les dévaluation faussant les estimations, iI est oiseux de vouloir convertir les monnaies antiques en un équivalent actuel. La seule indication fiable est le salaire minimum.

Repères chronologiques

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Epoques Dates Evènements importants Personnages marquants
Archaïque Fin IXème siècle/
début VIIIème
Apparition des cités grecques  
VIIème siècle Réformes de la justice Dracon
594/593 Archontat de Solon : réformes Solon (640 ?/558 ?)
561/510 Tyrannie des Pisistratides Pisistrate (600/527)
508/507 Réformes de Clisthène Clisthène (?/?)
Classique 491/490 Première guerre Médique Miltiade (540/489 ?)
490 Marathon  
481/479 Deuxième guerre Médique Thémistocle (528 ?/462 ?)
480 Salamine  
480/462 Pouvoir de fait de Cimon
Retour en force des oligarques
Cimon (510 ?/450 ?)
462/461 Réformes démocratiques d'Ephialtès Ephialtès (?/460)
461/429 "Siècle de Périclès"
Réfomes démocratiques
Hégémonie athénienne : Ligue de Délos
Périclès (495/429)
431/405 Guerre du Péloponnèse
415/412 : désastre devant Syracuse
Défaite navale d'Aïgos Potamos en 405
 
411 Echec de la révolution oligarchique des 400  
404/403 Tyrannie des Trente  
Hellénistique 338 Défaite des Grecs à Chéronée face à Philippe II de Macédoine
Fin de l'indépendance des cités
Démosthène (384/322)
Après 338 Réformes financières et militaires  Lycurgue (390/324)
332 Régime censitaire imposé par les Macédoniens  
146 Conquête romaine  

Bibliographie

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M. A. Bailly, Abrégé du dictionnaire grec-français, Classiques Hachette, 1901

  Richard M. Berthold,  "A Few Good Men - A Military History of Sparta", Command N° 29, juillet-août 94

Richard M. Berthold, "Athenian Stalingrad, The Expedition to Syracuse 415 BC", Command N° 44, août 97

Guy Burgel et Pierre Lévêque, "Athènes", CD-Rom Encyclopaedia Universalis 3.0., 1998

Maria Daraki, Dionysos et la Déesse Terre, Flammarion, Champs, 1994

Jacqueline De Romilly, "Thucydide", CD-Rom Encyclopaedia Universalis 3.0., 1998

Encyclopaedia Universalis, CD-Rom 3.0, articles "Cimon", '"Dracon, "Ephialtès", "Solon".

Moses I. Finley, L'invention de la politique, Flammarion,  Champs , 1985

Moses I. Finley, Le monde d'Ulysse, Seuil, Points/Histoire, 1986

Moses I. Finley, Les premiers temps de la Grèce, Flammarion,  Champs , 1980

La Grèce Ancienne, sous la direction de Claude Mossé, Seuil,  Points , 1986

Pierre Lévëque, "Périclès", CD-Rom Encyclopaedia Universalis 3.0., 1998

Claude Mossé, Le citoyen dans la Grèce antique, Nathan Université, 1993

Claude Mossé, La femme dans la Grèce antique, Complexe, 1991

Claude Mossé, La Grèce archaïque d'Homère à Eschyle, Seuil,  Points , 1984

Claude Mossé, Histoire d'une démocratie : Athènes, Seuil,  Points , 1971

Jean-Pierre Vernant et Pierre Vidal-Naquet, Travail et esclavage en Grèce ancienne, Complexe, 1988

D. "October Equus" V. Novembre.97
Revu Avril 99
Revu mars 03
Réédition - Juillet 07


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