géographique, psychologique et historique de l'invention de la politique |
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Loi
de Gortyne
Crète
Vers
460 ACN
Le
plus ancien code de lois d'une cité grecque qui nous soit parvenu
Remarquez
qu'il est gravé en boustrophédon

Pas
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ou paragraphe désiré![]()
1. Cadre géographique
1.1. Généralités
1.2. Deux
exceptions d'importance
1.2.1.
L'Attique
1.2.2. Sparte
2. Contexte psychologique
2.1. Deux
cercles concentriques d'appartenance
2.1.1. A la communauté
grecque
2.1.2.
A
sa polis
2.2. L'Homme
est un zôon politikon
2.3. Une
société du face à face
2.3.1.
L'honneur
2.3.2. Une
civilisation
avec écriture
2.3.3.
Une
société agonistique
3. Un processus
historique
3.1. Les
deux facteurs d'évolution principaux...
3.1.1. Le problème
agraire
3.1.2. La
révolution
hoplitique
3.2. ...
et leurs conséquences : deux inventions décisives
3.2.1.
La
politique...
3.2.2. La démocratie
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Evidemment...![]()
Sauf indication contraire,
toutes les dates s'entendent
avant Jésus-Christ.
La Grèce est un pays de petites plaines séparées par des zones montagneuses. La mer s'enfonce profondément dans les terres. Ce découpage facilite le morcellement de l'espace politique grec en une mosaïque de petits états centrés chacun autour d'une ville. C'est la polis, la cité-état, composée d'une ville (astu) et de la campagne (khôra) qui l'entoure et dépend d'elle. L'espace étant exigu et les ressources économiques restreintes, les rivalités entre cités sont monnaie courante, la guerre, un état naturel.
C'est aussi un pays aride et pauvre, surtout en céréales. L'essentiel et le meilleur de la terre sont accaparés par une aristocratie foncière résidant en ville et à laquelle les paysans sont asservis. La population, contraception aléatoire et lenteur du développement technologique obligent, est débordante. Les ingrédients essentiels d'une crise agraire permanente sont réunis, sous la forme d'une double opposition : aristocratie/ paysans et ville/campagne. Deux solutions à ce problème : l'évacuation de la population surnuméraire vers les colonies, par la fondation de nouvelles cités indépendantes sur le littoral anatolien ou sicilien, en Grande Grèce et sur les côtes de la mer Noire, et/ou le partage des terres réclamé par des paysans toujours à la limite de la misère et menacés d'endettement.
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Athènes dispose cependant d'un net avantage par rapport aux autres cités-états : celui de former un ensemble géographique important, avec une population nombreuse : entre 25 et 40.000 citoyens, alors que beaucoup d'autres n'en comptent que 5 à 10.000.
Cette cité contrôle un territoire encore plus vaste et homogène : 1.100 Km² si l'on ne compte que la Laconie, vallée de l'Eurotas entourant Sparte, et 4.100 Km² en y ajoutant la Messénie, conquise au VIIème siècle, soit un territoire trois fois plus étendu que l'Attique. De plus, ces régions sont fertiles, ce qui assure à Sparte et à ses cités dépendantes l'autonomie céréalière et vivrière. Seuls revers : un unique port correct, Gythéion, à 35 kilomètres de Sparte, et, sur ce territoire relativement étendu, une population rétive tenue en servitude, les Hilotes.

2.1.1.
A la communauté grecque
Elle se définit linguistiquement et culturellement par opposition aux "Barbares", ceux qui baragouinent et balbutient des mots incompréhensibles.
Celle-ci est régie par la patrios politeia, le régime politique hérité de ses ancêtres. La polis est définie, non comme une entité géographique, pays ou région, mais comme koïnonia tôn politôn, "communauté des citoyens".
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La
bèma
tribune
aux harangues de la Pnyx, où se tenait l'Assemblée des Athéniens
Tous les Grecs partagent, sans pouvoir l'exprimer en termes philosophiques comme Aristote, la conviction que l'homme est un zôon politikon, "un animal politique" : la finalité, le modèle social de tout homme, c'est de vivre dans une cité, par opposition aux "Barbares", sujets de rois, comme dans l'empire perse.
Facteur d'identification et d'intégration supplémentaire, la polis est aussi une société peu nombreuse où le citoyen, très jeune, est en contact fréquent avec la vie publique.
Celle-ci est régie par les archaioi nomoi, "les lois anciennes". La notion de nomos déborde celle de la "loi" moderne, car elle englobe également "des pratiques sociales et les réglementations de caractère juridique et politique." (Claude Mossé, Le citoyen dans la Grèce antique, p.115). Les archaïoï nomoï, c'est donc la tradition politique justifiée par son ancienneté et un fondateur mythique (Solon à Athènes, Lycurgue à Sparte), et engendrant un profond sentiment de continuité temporelle, d'attachement aux institutions et valeurs de sa cité et de certitude que le système politique de celle-ci est le seul valable et viable. S'il y a changement socio-politique, ce sera par des réformes et non la révolution.
Société conservatrice, donc, et qui, de surcroît, accepte les hiérarchies sociales et de fortune : le citoyen grec ne remet en cause ni les différences de richesse, ni le droit de certains (en clair : les puissants, c'est-à-dire les riches), à diriger la polis.
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Et cela, sous trois aspects.
Il est déterminant, surtout en politique : on vit et agit par et pour le regard d'autrui, et le prestige fait l'objet d'une rivalité âpre entre les hommes et familles en vue, c'est-à-dire riches : aristocrates terriens, propriétaires d'entreprises artisanales, industrielles ou commerciales.
Pour quelle raison ? Le corps civique exerce une pression sociale intense sur ces personnages afin qu'ils fassent bénéficier la cité de leur fortune, pression qui va de la raillerie au chahut organisé devant le domicile de l'intéressé. Ce que l'homme politique dépense aujourd'hui en argent, il le récupèrera demain en bonne réputation, gain d'honneur, reconnaissance de la société, désignation aux plus hautes fonctions publiques, réélection.
Une institution athénienne
caractéristique illustre ce mécanisme mental : la leitourgia,
"dépense privée d'intérêt public". Certains
services publics et les dépenses y afférentes sont attribués,
à tour de rôle, à des individus riches : fêtes
religieuses, représentations théâtrales, manifestations
sportives, entretien d'un navire fourni par l'Etat (triérarcheia)
pendant un
2.3.2.
Une civilisation avec écriture
Et non de l'écriture : peu de citoyens manient aisément la lecture et l'écrit. Conséquence d'importance : l'essentiel de la communication est oral. L'on discute énormément, sur les marchés, dans la rue, à l'atelier, dans les phratries, aux Assemblées ; l'homme politique grec se retrouve fréquemment face à des groupes qu'il s'agit de convaincre, à l'instant, par la parole. Fait incroyable à un Moderne ou à un Romain, même en campagne, les soldats, qui restent avant tout des citoyens, tiennent des assemblées où ils interpellent leurs généraux, formulant des revendications et exigeant des explications. Quant au théâtre, jusque dans les grasses plaisanteries d'Aristophane, il pose publiquement des questions politiques : citoyenneté, justice, relations gouvernants-gouvernés.
2.3.3.
Une société agonistique
Combat
de boxe
Coupe
attique à figures rouges
Vers
510 ACN
Les Grecs adorent la
lutte, la compétition. Comme spectateurs
: le succès
constant des Jeux Olympiques en témoigne. Comme acteurs : l'on adore
se mesurer à autrui physiquement, mais aussi
Dans la vie de la cité, cet esprit entraine une compétition constante entre hommes politiques pour la reconnaissance par la communauté de leurs mérites, honneur et pouvoir personnels.

Vers le VIIIème siècle, les petits états grecs passent de la royauté à un système oligarchique, dominé par une aristocratie guerrière de grands propriétaires fonciers, maîtres du pouvoir politique et religieux, et opprimant une masse paysanne asservie qui constitue leur clientèle. Il existe aussi un groupe intermédiaire de paysans libres assez aisés pour se payer une panoplie d'hoplite, de fantassin lourd.
Tout irait bien pour ces dirigeants aristocratiques s'il n'y avait deux facteurs de déséquilibre.
Laboureur
grec
Coupe
attique à figures noires
Vers
530 ACN
Trop de paysans pauvres, pas assez de terres. Lisez Les Travaux et les Jours d'Hésiode pour avoir un aperçu de la vie quotidienne du petit paysan.
Remarquons au passage que, face à ce type de crise, la tendance lourde de la civilisation occidentale consisterait à recourir à des solutions techniques visant à l'amélioration des rendements, telles que l'invention de nouveaux outils ou une rotation des cultures plus efficace. Rien de tel chez les Grecs : citez-moi un savant ou inventeur grec qui ait proposé une avancée technologique décisive dans le domaine agricole. Les solutions envisagées et appliquées furent constamment politiques et sociales : colonisation et/ou partage des terres.
Toujours à la limite de la misère, le petit paysan est à la merci du moindre désastre : maladie, épizootie, mauvaise récolte, passage d'une armée ennemie. S'il ne parvient pas à joindre les deux bouts, il se voit contraint d'emprunter auprès d'un riche propriétaire terrien. Il s'endette parfois lourdement. S'il se trouve incapable de rembourser sa dette, cas trop fréquent, il tombe sous la dépendance de son créancier : au mieux, il est tenu de lui verser à titre de redevance une partie fixe de sa récolte (1/6ème à Athènes jusqu'aux réformes de Solon) ; au pis, celui-ci fait main basse sur ses terres et/ou le vend comme esclave. Comme à Rome, la question de la remise des dettes fut constamment à l'ordre du jour, suscitant de violents débats.
Conséquences graves : la cité perd ainsi à la fois sa petite et moyenne paysannerie et ses hoplites, les fermiers constituant la base de recrutement de l'armée. Il faut en effet être propriétaire d'un bien foncier (klèros) pour faire partie de la phalange hoplitique, à la fois pour des raisons financières (l'équipement coute cher) qu'idéologiques. Or, la phalange était devenue la pièce maitresse de la guerre.
3.1.2.
La
révolution hoplitique
Hoplite
athénien
Base
de statue de kouros
Athènes
Vers
490
L'on passe, pour des raisons d'efficacité militaire, d'une tactique individuelle, aristocratique, illustrée par les combats de L'Iliade, à la phalange de soldats disciplinés, équipés de même et combattant en ordre serré, côte à côte, ce qui développe un puissant sentiment d'égalité guerrière et entraine une demande d'égalité politique : "On a couru les mêmes risques pour la patrie, on a les mêmes droits." En ce qui concerne Sparte, ce changement dans la tactique semble la conséquence de la défaite de l'aristocratie à la bataille d'Hysiaï en -669/8 face aux Argiens, possibles inventeurs de l'ordre hoplitique.
Vous désirez en savoir plus sur le combat hoplitique ? Cliquez ici.
A la fin du VIIème
siècle, le dèmos,
c'est-à-dire
le
petit peuple paysan et pauvre, monte en puissance
avec deux revendications
: le partage des terres et l'égalité politique. Cette
crise révèle ce qui restera une constante de la politique
à Athènes : l'opposition entre les aristocrates (les "Riches",
les "Meilleurs",
Ce clivage divise toutes les cités-états, et les réponses de l'aristocratie dirigeante aux revendications des pauvres varient d'une polis à l'autre. Si, à Athènes, l'oligarchie concède le partage du pouvoir politique et refuse celui des terres, à Sparte, ce sera l'inverse : pas de partage du pouvoir politique, mais répartition égalitaire des terres de Messénie entre les citoyens.
L'important surgit ici : les réformes militaires, le problème agraire et la question du partage du pouvoir dans le monde grec se combinent pour déboucher sur deux inventions essentielles pour l'histoire humaine.
... comme activité rationnelle et autonome, c'est-à-dire dégagée du domaine magico-religieux, de
définition
de l'organisation interne de l'Etat
et de
prise
de décision par un groupe plus ou moins large de "citoyens" dans
les affaires concernant la collectivité.
Ceci explique que, si nous parlons de "Thèbes", "Athènes",
"Sparte", les Anciens disaient, conscients de la koînonia
tôn politôn, "la communauté citoyenne", "les
Thébains", "les Athéniens", "les
Spartiates",
etc.
Je renvoie, pour un exposé plus complet à ma page sur Athènes.
| http://www.educnet.education.fr/musagora/citoyennete/images/pnyx-citoyens-en-bas.jpg http://depthome.brooklyn.cuny.edu/classics/dunkle/athnlife/pnyx3.jpg http://www.athene.antenna.nl/AFBEELDINGEN/NR01-Athene/Pnyx%203.jpg |
http://www.digischool.nl/gs/community/democratie/images/pnyx.jpg |
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