Fasti


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Les Fastes de Préneste

Sommaire

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1. Une drôle de bête conceptuelle

2. Caractéristiques du calendrier romain
    2.1.Un calendrier luni-solaire ?
           2.1.1. Les démêlés du calendrier romain avec l'année solaire
           2.1.2. Que signifiaient donc les noms des mois ?
           2.1.3. Le mois est rythmé par les phases de la lune
    2.2. Officiellement, on compte à rebours !
           2.2.1. Principe de base
           2.2.2. L'on usait de l'une des formules suivantes
           2.2.3. Un petit tableau des adjectifs numéraux ordinaux
    2.3. Mais les paysans, plus finauds,...
    2.4. Un calendrier qualitatif et civique
           2.4.1. Dies festi/dies profesti
           2.4.2. Dies Fasti/Nefasti/Nefasti P(ublici ?)/Comitiales/ENdotercisi
           2.4.3. Une catégorie particulière : dies religiosi
           2.4.4. Un petit test pour voir si vous avez bien compris
    2.5. Trois grands cycles
           2.5.1. Le cycle agraire
           2.5.2. Le cycle guerrier
           2.5.3. Le cycle des morts et la purification
    2.6. Un calendrier à problèmes
           2.6.1. Conflits structurels
           2.6.2. Maladresses et manipulations politiques
    2.7. Les réformes de C. Iulius Caesar 

3. Le calendrier d'époque républicaine
    Ianuarius
    Februarius
    Martius
    Aprilis
    Maius
    Iunius
    Quintilis
    Sextilis
    September
    October
    Nouember
    December

4. Les deux faces du calendrier

Annexe 1 : Une divinité typiquement romaine : Ianus
Annexe 2 : La soluce du test
Annexe 3 : Les festivités des Aruales Fratres
Annexe 4 : Salii
Annexe 5 : Lemuria
Annexe 6 : Lupercalia
Annexe 7 : Mais... Comment se déroulait un sacrifice à Rome ?
Annexe 8 : Préparez vous-même votre mola salsa

Bibliographie

1. Une drôle de bête conceptuelle

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    Au cours de recherches sur la Res Publica, l'on fini par buter sur un objet conceptuel bizarre mais incontournable, car constituant l'un des facteurs décisifs de la vie romaine : le calendrier, Fasti.

    Mais qu'est-ce que l'honnête homme en connait ? Au cours de mes études secondaires, je n'en ai reçu qu'une vision fragmentaire, fugace, au détour d'un enseignement qui sacrifiait trop souvent à mon gout les faits matériels et culturels au culte de la déesse Grammaire et de ses indigitamenta, Conjugaison, Déclinaison et Syntaxe, sans oublier Scansion. Objet baroque, obscur et suranné, le calendrier romain ne valait pas la peine que l'on perde à son étude un temps pédagogique minutieusement compté. Non legitur. Son apparence elle-même, avec ses colonnes absconses de lettres mystérieuses et d'abréviations inintelligibles, semble défier la compréhension de tout être humain moyennement cultivé.

    Or, ce calendrier fut la chair temporelle de la vie des Romains, et aujourd'hui encore, nous vivons sur le calendrier romain, ou plutôt; son squelette.

    Or, une étude ne fût-ce que superficielle montre que cette complication - bien réelle, admettons-le - résulte de la superposition de couches historiques, conceptuelles et classificatoires identifiables et susceptibles d'un exposé raisonné. Mieux : déchirer le rideau de théorie révèle un arrière-plan d'une part, d'occupations, de préoccupations, de craintes et de désirs bien humains, de l'autre, de réorganisations plus ou moins défendables, d'adaptations maladroites, parfois cocasses, et de tripotages cyniques.

    Je me propose donc de décrire les Fasti, non seulement comme objet théorique, mais aussi tel qu'il fut arrangé, réaménagé et manipulé par la classe dirigeante et son bras agissant, l'Etat. L'on verra également que le petit peuple sut y faire pour en tourner la complication, se créer un calendrier simple et efficace, et, dans une certaine mesure, l'imposer aux autorités : un calendrier est aussi un phénomène psychologique, social, civique, et, dans le cas romain, éminemment politique.

    Nous résoudrons au passage quelques petits mystères du calendrier actuel. Retenez-en l'explication, elle  vous permettra de briller à peu de frais en société :

 - Pourquoi l'année commence-t-elle le 1er janvier, en pleine saison morte, et non au début du printemps, comme cela se pratique encore dans certaines civilisations modernes, et non des moindres ?
 - Pourquoi 12 mois de 28, 30 et 31 jours ? Pourquoi pas un autre découpage ? D'où celui-ci provient-il ?
 - Quelle est l'étymologie des noms de nos mois ?
 - "Bissextile". Que signifie cet adjectif ? Pourquoi et par qui les années bissextiles furent-elles instituées ?
 - Il nous arrive de qualifier certains jours de "fastes" ou de "néfastes" ? Quelle est donc la signification originelle de ces termes ?

    Et d'autres petits détails curieux, qui nous guettent depuis des recoins imprévisibles...

Convention lexicale

    ACN = avant Jésus-Christ
    PCN = après Jésus-Christ.

2. Caractéristiques du calendrier romain

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2.1.Un calendrier luni-solaire ?

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2.1.1. Les démêlés du calendrier romain avec l'année solaire

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    L'année romaine la plus ancienne, dite de Romulus, comptait 304 jours. Commençant en mars, elle était divisée en 10 mois, de mars à décembre, dont 4 de 31 jours et 6 de 30 (oui, le compte y est). Et janvier et février, alors ? Ces mois n'existaient pas encore, et cette période, où il n'y avait d'activités ni agricoles, ni militaires, représentait un moment creux, indifférencié, non socialisé, de rencontre des extrémités des années précédente et suivante. Cette année de dix mois resta en vigueur pour le calcul des délais juridiques, par exemple de crédit, de restitution de la dot, de veuvage et de deuil familial.

    La tradition assure que Numa Pompilius opéra une refonte de ce calendrier qui posait des problèmes, l'année archaïque ne correspondant pas à l'année solaire de 365 jours 1/4. Il s'agit bien entendu d'une fiction, toute réforme religieuse d'importance étant attribuée à ce roi. Il semble en fait que le calendrier soit passé par divers ajustements, dont un vers 450 ACN sur les conseils d'un certain Hermodore d'Ephèse et sous l'autorité des Decemuiri Legibus Scribundis, rédacteurs de la Lex XII Tabularum ("Loi des XII Tables").

    Cette année, dite "de Numa", resta en usage jusqu'à la fin de la Res Publica, moment où C. Iulius Caesar remit à juste titre de l'ordre dans le calendrier. Elle comptait 355 jours, chiffre atteint par l'addition de deux mois, janvier et février, et la réduction des mois de 30 jours à 29. Comme ça :
 

Mois
"Année de Romulus"
"Année de Numa"
Ianuarius NA 29
Februarius NA 28
Martius 31 31
Aprilis 30 29
Maius 31 31
Iunius 30 29
Quintilis 31 31
Sextilis 30 29
September 30 29
October 31 31
Nouember 30 29
December 30 29
Total 304 355

    NA = non applicable.

    Mais l'année de Numa ne correspondait pas non plus au cycle solaire, qui rythmait la vie et le férial d'une société agraire. Pour réduire cette discordance, l'on créa le Lustrum, ou période de 4 ans de longueurs différentes, où les deuxième et troisième années se voyaient rallongées d'un mois intercalaire de respectivement 22 et 23 jours, le Merkedonius (Mensis) :
 

Année
Nombre de jours
Nombre de mois
1 355 12
2 377 12 + Merkedonius de 22 jours
3 355 12
4 378 12 + Merkedonius de 23 jours
Nombre total de jours 1465  

    Tous les deux ans, le Merkedonius s'insérait entre le 23 et le 24 février : le lendemain du 23 février, les Romains commençaient un Merkedonius ; ce dernier accompli, ils reprenaient février au 24.

    Devinette pour votre calculette : l'année de Numa et l'instauration du Lustrum annulaient-elles la discordance entre année de Numa et année solaire ? Réponse dans le sous-chapitre "Un calendrier à problèmes".


2.1.2. Que signifiaient donc les noms des mois ?

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Nom
Sens
Ianuarius Mois de Ianus, dieu des commencements (voir la notice pour plus de précisions sur ce dieu typiquement romain).
Februarius Mois des februa, ingrédients de purification rituelle : mola salsa (gâteau préparé par les Vestales, que l'on émiettait sur la tête des victimes du sacrifice ; en voici la recette), branche de pin, fouet des Luperci (februum), sang de cheval, etc.
Ce mois constitue la période où l'on élimine toutes les souillures de l'année écoulée, pour recommencer une nouvelle année le 1er mars.
Martius Mois de Mars.
Aprilis Etymologie traditionnelle : du verbe aperire, "ouvrir".
Plus probablement, de la déesse *Apru, variante étrusque d'Aphrodite.
Maius De Maia, déesse de la croissance, et sur le radical de maior, "plus grand" ?
Iunius De Iuno.
Quintilis Cinquième mois.
Sextilis Sixième mois.
September Septième mois.
October Huitième mois.
Nouember Neuvième mois.
December Dixième mois.

    Mais... la série Quintilis - December ne constitue pas les cinquième à douzième mois de l'année moderne ! Ils portaient ces noms parce que l'année archaïque commençait, non le 1er janvier, mais le 1er mars.

    Il semble que ce soit en 153 ACN que le premier de l'an fut déplacé de mars à janvier, suite à une manipulation du calendrier par le Sénat. En effet, fin 154, le consul Q. Fuluis Nobilior venait d'être élu pour l'année suivante, et devait prendre, avec quatre légions, le chemin de l'Espagne afin de réprimer une révolte des Celtibères. Or, il aurait dû attendre jusqu'au début de l'année 153, soit mars, avant de prendre sa charge et de partir en campagne. Trois trop longs mois aux yeux du Sénat qui, pressé de le voir entrer en action, trouva une solution directe et élégante : il avança le début de l'année 153 du 1er mars au 1er janvier. L'habitude fut prise, et survécut jusqu'à nos jours.


2.1.3. Le mois est rythmé par les phases de la lune

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    Le mois romain était en effet divisé en trois périodes d'inégale longueur, déterminées en fonction des phases lunaires : les Kalendes (Kalendae), invariablement placées le premier du mois, marquaient la nouvelle lune ; les Nones (Nonae), soit le 5, soit le 7, indiquaient le premier quartier, tandis que les Ides (Idus) correspondaient à la pleine lune, le 13 ou le 15. La date des Nones et Ides variait selon le mois, en vertu du tableau suivant :
 

 
Mois
Nones le 5, Ides le 13 Ianuarius, Februarius, Aprilis, Iunius, Sextilis, September, Nouember, December
Nones le 7, Ides le 15 Martius, Maius, Quintilis, October

   Aux Kalendae de chaque mois, l'un des Pontifes mineurs, ayant observé la nouvelle lune (vu la compétence pontificale en la matière, et les décalages entre les années officielle et astronomique, l'on se demande ce qu'il observait exactement), déterminait les dates des Nones et des Ides. Ensuite, en compagnie du Rex Sacrorum, il se rendait  la Curia Calabra, située à côté de la cabane de Romulus, sur le Capitole. Calabra est dérivé, comme Kalendae, du  radical de kalare, "appeler". Après le sacrifice d'un bélier à Ianus, le Pontife proclamait devant le peuple le nombre de jours jusqu'aux prochaines Nones, soit 5, soit 7, et ce au moyen de l'une des deux formules archaïques suivantes : il répètait 5 fois "Dies te quinque kalo, Iuno Couella"  ou 7 fois "Septem dies te kalo, Iuno Couella." L'épithète Couella n'est pas claire, mais il semble que Iuno ait été invoquée car elle présidait aux croissances, en l'occurence celle de la lune. Le peuple était, par la même occasion, tenu informé des fêtes religieuses du mois, fixes (statiuae, comme les Agonalia de janvier) ou mobiles (indictiuae, par exemple, les Féries Latines ou les Ambarualia).

    Le jour des Nones, le Rex Sacrorum revenait à la Curia Calabra pour annoncer les jours fériés du mois.

2.2. Officiellement, on compte à rebours !

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2.2.1. Principe de base

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    Autre conséquence de la division du mois en trois périodes et, nous le verrons, de la volonté des dirigeants romains de s'approprier le contrôle du calendrier : officiellement, l'on comptait...

à l'envers par rapport à ces trois moments-clés du mois qu'étaient les Kalendes, les Nones et les Ides,
et en incluant dans le calcul les jours de départ et d'arrivée du comput.

    Quelques exemples empruntés au mois de janvier pour expliciter ce mécanisme :

    - le 2 janvier n'était pas le... "deux janvier", mais le "quatrième jour avant les Nones de janvier" (a.d. IV Nonas Ianuarias) ;
    - le 4 janvier était "la veille des Nones de janvier" (Pridie Nonas Ianuarias) ;
    - le 5 janvier était "les Nones de janvier" (Nonis Ianuariis) ;
    - après les Ides de janvier, l'on comptait, non plus par rapport à janvier, mais par rapport aux Kalendes de février : notre 14 janvier devenait ainsi "le 17ème jour avant les kalendes de février" (a.d. XVII Kalendas Februarias), et le 29 janvier, "la veille des Kalendes de février" (Pridie Kalendas Februarias).


2.2.2. L'on usait de l'une des formules suivantes :

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quarto die ante Nonas Ianuarias ;
quarto (die) Nonas Ianuarias ;
     et, le plus souvent,
ante diem Quartum Nonas Ianuarias, abrégé en a.d. IV Nonas Ianuarias.

La veille se disait Pridie : Pridie Nonas Ianuarias.


2.2.3. Un petit tableau des adjectifs numéraux ordinaux

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    Histoire de pouvoir fabriquer vos petites dates romaines à l'aise et à loisir. Je les donne dans l'ordre du calendrier romain, c'est-à-dire à l'envers.  

Quantième
Adjectif
XIX Undeuicesimum
XVIII Duodeuicesimum
XVII Septimum decimum
XVI Sextum decimum
XV Quintum decimum
XIV Quartum decimum
XIII Tertium decimum
XII Duodecimum
XI Undecimum
X Decimum
IX Nonum
VIII Octauum
VII Septimum
VI Sextum
V Quintum
IV Quartum
III Tertium

2.3. Mais les paysans, plus finauds,...

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    ... comptaient le sens "normal", celui qu'utilise tout être humain de bon sens, vous et moi, en partant du passé.

    Ils avaient ainsi créé un cycle simple, qui offre quelque ressemblance avec notre moderne semaine. Tous les neuf jours (en comptant les jours de départ et d'arrivée du calcul, je le rappelle), les paysans se rendaient à la ville pour y vendre le produit de leur terre, faire des emplettes, régler leurs affaires et conflits juridiques : ce jour de marché, où les tribunaux tenaient obligatoirement séance, s'appelait Nundinae, substantif dérivé de nouem + dies, "neuf" + "jours", qui avait fini par prendre le sens de "marché, commerce, trafic". Ainsi se constitua un calendrier populaire, où chaque jour était désigné par une lettre de la série alphabétique A ---> H. Ce cycle se répétait invariablement, sans tenir compte, ni des jours fériés, ni des passages d'une année à l'autre. En outre, la lettre du premier de l'an indiquait les Nundinae de l'année : par exemple, si le premier janvier était noté A, l'on revenait en ville tous les jours A ; s'il était noté E, il y avait marché tous les jours E.

    Un petit tableau d'un mois de janvier fictif pour visualiser le système ; les Nundinae sont fixées ici au jour B.  

Quantième
actuel
Lettre
nundinale
1er B
2 C
3 D
4 E
5 F
6 G
7 H
8 A
9 B
10 C
11 D
12 E
13 F
14 G
15 H
16 A
17 B
18 C
19 D
20 E
21 F
22 G
23 H
24 A
25 B
26 C
27 D
28 E
29 F

2.4. Un calendrier qualitatif et civique

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    Le calendrier officiel luni-solaire, le décompte à l'envers, le cycle nundinal se combinaient pour former un système déjà passablement compliqué. Or, ajoutant une couche de complexité supplémentaire, chaque jour était affecté d'une qualité qui avait une incidence décisive sur la vie, non seulement quotidienne et privée, mais aussi civique.


2.4.1. Dies festi/dies profesti

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    Cette première catégorie envisage les jours suivant leur appartenance aux dieux : les jours festi, relevant du ius (= ensemble de droits, devoirs et d'attributions propre à chacun suivant son statut) des dieux, leur sont réservés, tandis que les dies profesti sont laissés à l'activité humaine, privée ou civique.


2.4.2. Dies Fasti/Nefasti/Nefasti P(ublici ?)/Comitiales/ENdotercisi

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    Cette seconde classification répartit les jours en fonction de l'activité humaine.

    L'opposition de base est ici celle entre jours Fasti et Nefasti, et pour bien la comprendre, un petit détour par la notion de fas s'avère indispensable.

        Michel Meslin le définit le comme "une assise religieuse invisible sans laquelle le droit est impossible."  Georges Dumézil précise :

    "Fas n'est pas matière à analyse, à casuistique comme ius et ne se détaille pas comme lui : il est ou il n'est pas, fas est, fas non est. Un temps, un lieu sont fasti ou nefasti suivant qu'ils donnent ou ne donnent pas à l'action humaine non religieuse cette assise mystique qui est sa principale sécurité."
(Georges Dumézil, La religion romaine archaïque, P. 145)
    Le fas est donc le fondement indispensable et indiscutable, car conforme à la norme cosmique et à l'ordre des choses, de toute conduite humaine, et plus particulièrement politique. Autrement dit, aucune action humaine, qu'elle soit privée ou publique, n'est possible si elle ne s'inscrit dans le champ du fas.

    Sur le calendrier, chaque jour se voyait donc affecté d'une lettre en fonction de l'activité humaine qui y était permise ou interdite :  

Abréviation
Qualité
Sens
F Fasti Jours où toute activité humaine est conforme à l'ordre cosmique et reçoit l'aval des dieux.
Jours où se tiennent les séances des tribunaux et où le préteur "dit le droit".
C Comitiales Dies fasti propres, en outre, à la tenue des assemblées civiques  (Comitia Curiata, Comitia Centuriata, Comitia Tributa, Concilia Plebis).
N Nefasti Jours impropres à l'activité humaine, car réservés aux dieux et aux célébrations religieuses.
NP Nefasti P(ublici ?) Voir note (1).
EN Endotercisi Jours mixtes, partiellement sacralisés, c'est-à-dire N une partie de la journée, puis F.
QRCF Voir note (2) Voir note (2).
QSTDF Voir note (3) Voir note (3).

Notes :

(1) Dies NP : si N  = Nefastus, P reste peu clair : il signifierait Publicus, car ces jours correspondraient à des fêtes religieuses publiques, hypothèse qu'un examen des tableaux des mois que l'on trouvera ci-dessous semble confirmer. Jacques Poucet, lors d'une intervention sur le forum AGORACLASS en réponse à ma question sur le sujet, signale une autre interprétation :

    "La question a fait l'objet de beaucoup de discussions. Ainsi on a également proposé "Nefastus Posterior" : les jours en question seraient devenus néfastes au cours d'une évolution postérieure du calendrier. Je ne crois pas qu'on soit arrivé à une certitude."
(2) QRCF : ici encore, deux interprétations s'affrontent :
- Quando Rex Comitium Fugit, "Quand le Roi a fui le Comitium" (= le lieu de réunion des Comices, sur le Forum, près de la Curie). Cette interprétation voit en l'origine de cette dénomination le souvenir de la fuite de Tarquin II Superbus.
- Il est quasi certain que cette interprétation est erronée, et qu'il faut lire : Quando Rex Comitauit, Fas, autrement dit, "Jour faste à partir du moment où le Roi a" soit (a) "posé un acte difficile à déterminer avec certitude mais qui est en rapport avec le Comitium" (Jacques Poucet), soit (b) "ouvert les Comices" (Danielle Porte), soit (c) "convoqué le peuple sur le Comitium" (Dictionnaire de Félix Gaffiot). Quelle que soit la solution, les Dies QRCF sont des jours endotercisi.

(3) QSTDF : initiales de Quando STercus Delatum, Fas, soit, "Fas à partir du moment où le stercus a été emporté." Le stercus, ce sont les excréments, la fiente, le fumier. Le 15 juin (a.d. XVI Kalendas Quintiles), l'Aedes Uestae, "foyer de la grande famille romaine et symbolisant son habitat en même temps qu'elle le garantit" (Georges Dumézil), situé sur le Forum, était balayé rituellement pas les Vestales, et le stercus transporté sur le Capitole, dans une impasse située près d'une porte au nom significatif, la Porta Stercoraria, située en haut de la montée du Capitole. Il semble que le fumier aboutissait finalement dans le Tibre. La symbolique purificatrice est évidente. Nefastus jusqu'à cette purification, le jour pouvait ensuite devenir fastus.


2.4.3. Une catégorie particulière : dies religiosi

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    Elle n'apparait pas explicitement dans le calendrier. Il s'agit de jours qui s'étaient signalés par leur nature singulièrement négative, ce qui, sauf en cas d'absolue nécessité, les rendaient impropres à toute activité privée, publique et même religieuse, ce en quoi ils se distinguaient des dies nefasti, consacrés aux festivités religieuses. Ces jours-là, les magistrats ne portaient pas leurs insignes,  les temples étaient fermés, les feux ne brûlaient pas sur les autels et les sources anciennes insistent tout particulièrement sur l'interdiction des mariages.

    Religiosus signifie "rendu tabou par la religion" (Danielle Porte). Ces jours étaient déclarés tels, non par les Pontifes, mais par décret du Sénat : en effet, cette qualification ne dérive pas d'une définition religieuse, mais de l'expérience, ces jours ayant attiré l'attention par leur caractère mauvais, sinistre, nuisible.

    Relevaient de cette catégorie :  

Dies religiosi
Commentaires
Lendemains de Kalendes, Nones et Ides La répétition d'évènements fâcheux ayant marqué ces jours les ont fait qualifier de "noirs" (dies atri).
18 juillet
a.d. XV Kalendas Sextiles
Défaites du Crémère (affluent du Tibre sur les bords duquel périrent les 306 Fabii en 478, lors des guerres contre Veies) et de l'Allia (390, face aux Celtes)
Début aout (date exacte ?) défaite de Cannes (216, face à Hanniba'al)
1) Parentalia
13-21 février
Idibus februariis -
a.d. IX Kalendas Martias
2) Lemuria
9 mai
a.d. VII Idus Maias
11 mai
a.d. V Idus Maias
13 mai
a.d. III Idus Maias
3) Mundus Patet
24 août
a.d. VII kalendas Septembres
5 octobre
a.d. III Nonas Octobres
8 novembre
a.d. VI Idus Nouembres
Jours où la barrière entre les mondes des vivants et des morts était levée, livrant passage à ceux-ci.
Pour plus d'informations, je renvoie à la section 2.5.3.
Du 7 au 15 juin
a.d. VII Idus Iunias -
a.d. XVI Kalendas Quintiles
(QSTDF)
Ouverture de l'Aedes Uestae.
Du 9 au 19 mars
a.d. VII Idus Martias -
a.d. XIV Kalendas Apriles
Sorties des boucliers sacrés (ancilia), portés par les prêtres Salii.


2.4.4. Un petit test pour voir si vous avez bien compris

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(a) Les dies festi peuvent-ils être fasti ?

(b) Tous les jours profesti sont-ils automatiquement soit fasti, soit comitiales ?

    Un instant de réflexion... Réponses ici.

2.5. Trois grands cycles

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    Trois grands groupes peuvent se distinguer dans les fêtes religieuses publiques.

    A plusieurs reprises dans les tableaux qui suivent, il sera question de sacrifice. Je vous renvoie à l'annexe spécifique pour une brève description de cette cérémonie chez les Romains.


2.5.1. Le cycle agraire

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Tellus
Ara Pacis Augustae
Rome
13 - 9 ACN

    Il se divisait, à son tour, en deux grands ensembles.

Le premier couvrait les mois d'avril et de mai, moment où la végétation reprend vie. Il s'agissait donc de "l'assister" dans ce démarrage, garantie de l'abondance des futures récoltes.  

Date
Fête
Brève description
15 avril
a.d. XVI Kalendas Maias
FORDICIDIA Sacrifice de vaches pleines (fordes) à Tellus, la Terre-mère, afin de l'aider à mener à bien la gestation des plantes, des animaux et des hommes.
19 avril
a.d. XII Kalendas Maias
CERIALIA Fête de Ceres, qui préside à la venue et à la croissance de tous les produits de la terre. On lui sacrifiait une truie féconde.
21 avril
a.d. X Kalendas Maias
PARILIA Fête de Pales, déesse des troupeaux : purification rituelle de ceux-ci par un saut au-dessus de feux de joie et offrandes de lait à la déesse.
A l'Aedes Uestae, distribution des ingrédients purificatoires au peuple : cendres des veaux mort-nés des vaches sacrifiées aux Fordicidia, tiges de fèves creuses, sang de cheval.
23 avril
a.d. VIII Kalendas Maias
UINALIA PRIORA Fête du premier usage du vin.
L'on déversait d'énormes quantités de vin sur le Capitole, non loin du temple de Iupiter O.M. (Optimus Maximus) : vin et souveraineté étaient en effet symboliquement liés.
25 avril
a.d. VI Kalendas Maias
ROBIGALIA Robigo/Robigus, était un dieu redoutable, car personnifiant la rouille des blés.
Dans son lucus (bois sacré) situé à la cinquième pierre milIiaire de la Uia Claudia, le Flamen Quirinalis lui sacrifiait une brebis, de l'encens et une chienne.
Du 28 avril au 3 mai
a.d. III Kalendas Maias -
a.d. V Nonas Maias
LUDI FLORALES Jeux en l'honneur de Flora, qui veille sur la floraison des céréales, de la vigne et des arbres.
Au théâtre, rite de magie sympathique (et même très sympathique) de stimulation des forces fécondantes : strip-tease public des prostituées.
En mai : 
17/19/20
a.d. XVI Kalendas Iunias
a.d. XIV Kalendas Iunias
a.d. XIII Kalendas Iunias
Ou
27/29/30
a.d. VI Kalendas Iunias
a.d. IV Kalendas Iunias
a.d. III Kalendas Iunias
AMBARUALIA 1) Procession, autour de la ville et des champs, du peuple couronné de feuillage, vêtu de robes blanches et chantant des hymnes, à des fins de purification et de préservation. Cette cérémonie, suivie d'un sacrifice, établissait un cercle magique destiné à repousser toute menace extérieure, ce qu'indiquent les invocations au dieu Mars.
2) Parallèlement, supplications, prières et sacrifices répétés de la confrérie des Arvales (Aruales Fratres) afin d'attirer la protection divine sur les semailles, à une série impressionnante de dieux et d'indigitamenta gravitant autour de la figure de Dea Dia (déesse du ciel lumineux, du beau temps nécessaire à la croissance de la végétation ?), dans le lucus de celle-ci, au 5ème mille de la Uia Campana. Voir la notice pour plus de précisions.
3) Les relations entre ces deux ensembles rituels ne sont pas encore élucidées ; ainsi, l'on ignore si les Frères Arvales participaient aux processions du N° 1.

Le second groupe de Feriae agraires s'étendait d'aout à décembre et clôturait rituellement l'année agricole.  

Date
Fête
Brève description
19 aout
a.d. XII kalendas Septembres
UINALIA RUSTICA Dans le vignoble, le Flamen Dialis prend les auspices ; il donne ensuite l'ordre officiel de commencer les vendanges, avant de sacrifier une agnelle à Iupiter. Entre le moment où les entrailles ont été découpées et celui où, cuites, elles sont offertes (inter exta caesa et porrecta), il cueille la première grappe.
Cette fête est dédiée à Iupiter.
21 aout
a.d. X Kalendas Septembres
et
15 décembre
a.d. XVI Kalendas Ianuarias
CONSUALIA Consus, dieu du silo à grains, avait un autel souterrain dans la vallée du Cirque, où le Flamen Quirinalis et les Vestales lui offraient un sacrifice.
Des courses de chars tirés par des chevaux, ânes ou mulets avaient lieu au Cirque.
Aux Consualia d'aout, ces braves bêtes étaient dispensées de travail et couronnées de fleurs.
25 aout
a.d. VI Kalendas Septembres
 OPICONSIUIA La déesse Ops, personnification de l'abondance, avait partie liée avec Consus, ses fêtes, Opiconsiuia et Opalia, se déroulant quatre jours après les Consualia. Elle avait, sous le nom d'Ops Consiua, un sanctuaire (sacrarium) dans la Regia du Forum, demeure du Pontifex Maximus.
L'on ignore tout des festivités de ce jour.
11 octobre
a.d. V Idus Octobres
MEDITRINALIA  Fête dédiée à Iupiter, où officiait le Flamen Dialis.
L'on dégustait rituellement le moût de l'année, que l'on mélangeait à du vin de l'année précédente.
19 décembre
a.d. XII Kalendas Ianuarias
OPALIA Voir les Consualia et les Opiconsiuia.


2.5.2. Le cycle guerrier

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Mars Ultor ("Vengeur")
Rome
Vers 90 PCN

    Lui aussi se divisait en deux ensembles de fêtes, le premier d'ouverture, le second de fermeture de l'année militaire.

Fêtes d'ouverture de la saison guerrière  

Date
Fête
Brève description
1er mars
Kalendis Martiis
ANCILIA MOUERE Les ancilia étaient 12 boucliers sacrés considérés comme des talismans protecteurs de Rome, dont ils garantissaient la puissance.
Les "mettre en mouvement" symbolisait l'ouverture de la saison guerrière. Cette tâche était dévolue à la confrérie des 24 Saliens (Salii). Le 1er mars, équipés comme des guerriers des temps archaïques, ils sortaient les ancilia de leur curie (Curia Saliorum) du Palatin pour les transporter à la Regia, où le Pontifex Maximus, assisté des Vierges saliennes (au service de Nerio, parèdre de Mars, ou de Bellona, personnification de la guerre ?), offrait un sacrifice. A cette occasion, les Saliens exécutaient une danse guerrière, le tripudium
Informations complètes en annexe.
27 février
a.d. III Kalendas Martias
14 mars
Pridie Idus Martias
EQUIRRIA Consécration de la cavalerie à Mars.
Courses de bigae (chars attelés de deux chevaux) au Champ de Mars.
17 mars
a.d. XVI Kalendas Apriles
AGONIUM MARTIALE Sacrifice en l'honneur de Mars.
19 au 23 mars :
a.d. XIV Kalendas Apriles -
a.d. X Kalendas Apriles
QUINQUATRUS Du 9 au 19 mars, les Salii effectuent une procession, parcourant toute la Ville selon un itinéraire dont les étapes principales étaient le Comitium, le Capitole et le Pont Sublicius, exécutant chaque jour le tripudium.
Il est probable qu'aux Quinquatrus, l'on procédait à une purification rituelle des armes (quinquare = purifier).
23 mars
a.d. X Kalendas Apriles
23 mai
a.d. X Kalendas Iunias
TUBILUSTRIUM Purification des trompettes militaires dans l'Atrium Sutorium du Palatin. Sacrifice et danses des Saliens.

Fêtes de clôture de la saison guerrière  

Date
Fête
Brève description
15 octobre
Idibus Octobribus
OCTOBER EQUUS Cérémonie sauvage et archaïque, probable héritage indo-européen.
Une course de biges se déroulait sur le Champ de Mars. Le cheval de droite de l'attelage vainqueur était tué d'un coup de javelot, les officiants étant le Flamine de Mars et un Pontife. La queue de l'animal était portée à toute vitesse à la Regia, afin que quelques gouttes de sang puissent encore en couler sur l'autel. Quant à la tête, elle faisait l'objet d'un combat violent entre les habitants de la Uia Sacra et ceux de Suburra : si les premiers l'emportaient, ils la clouaient au mur de la Regia ; si les seconds s'en emparaient, ils la fixaient à la tour Mamilia. Ce bâtiment, par ailleurs inconnu, portait le nom des Mamilii, famille de Tusculum et symboliserait l'élément étranger, par opposition aux gens de la Voie Sacrée, image de la population d'origine proprement romaine.
Si l'on sait qu'avant le sacrifice, la tête du cheval était ornée de pain "pour la bonne venue des moissons" (ob frugum euentum), le sens probable de ce rituel apparaît  : il s'agit de remercier Mars pour avoir, à la tête des armées, protégé le territoire romain et les récoltes contre les incursions et dévastations ennemies.
19 octobre
a.d. XIV Kalendas Nouembres
ARMILUSTRIUM
ANCILIA CONDERE
Purification des armes et de leurs porteurs avant le retour de ceux-ci à la vie civile, souillés, les premières du sang ennemi, les seconds de violence guerrière : rappelons qu'il était interdit à l'armée de pénétrer dans la cité.
Des hommes en armes (soldats , Salii ?) offraient des sacrifices au son des trompettes. Les Saliens promenaient leurs ancilia à travers la ville, exécutant à nouveau le tripudium, avant de les ranger (condere).


2.5.3. Le cycle des morts et la purification

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Funérailles romaines
Plaque de calcaire
Amiternum
Ier siècle ACN

        Ces deux ensembles étaient liés, les Romains, constamment préoccupés de la pureté rituelle, évitant soigneusement toute souillure, plus particulièrement causée par le contact avec les morts.

Fêtes des morts

    Ce cycle concerne plus particulièrement les mois de mai et février. Ces jours étaient déclarés religiosi (voir 2.4.4.). 

Date
Fête
Les vivants Brève description
13-21 février
Idibus februariis -
a.d. IX Kalendas Martias
PARENTALIA L'on observait une neuvaine en l'honneur des parents défunts, censés remonter et errer çà et là, mais sans inquiéter les vivants. Ceux-ci se rendaient sur les tombes, qu'ils ornaient de couronnes et de violettes, avant d'y offrir un repas simple. Le dernier jour, aux Feralia, la famille se réunissait pour un festin dédié aux Lares et symbolisant la bonne entente entre tous ses membres.
Le premier jour, La Grande Vestale offrait un sacrifice funéraire au nom de l'Etat romain.
9 mai
a.d. VII Idus Maias
11 mai
a.d. V Idus Maias
13 mai
a.d. III Idus Maias
LEMURIA  Voir la notice.
24 aout
a.d. VII Kalendas Septembres
5 octobre
a.d. III Nonas Octobres
8 novembre
a.d. VI Idus Nouembres
MUNDUS PATET A la fondation d'une ville, chacun jetait un peu de la terre de son pays d'origine, les prémices des récoltes et du petit bétail dans un puits, que l'on scellait. Ce puits, le mundus, figurait le centre de la cité et la bouche de communication entre le monde des morts et celui des vivants. A trois reprises au cours de l'année, il était ouvert, livrant passage aux mânes et aux divinités infernales.

Purifications  

Date
Fête
Brève description
15 février
a.d. XV Kalendas Martias
LUPERCALIA Pour plus d'explications, je renvoie à la notice.
15 mai
Idibus Maiis
ARGEI Il s'agissait du "plus important des rites de purification" des Romains (Plutarque).
Du Pont Sublicius, les Vestales, en présence du grand Pontife et de l'épouse du Flamine de Iupiter (Flaminica Dialis) en grand deuil, jetaient 27 mannequins d'osiers (Argei) entravés dans le Tibre.
Survivance ou simulacre de sacrifices humains (Argei= "Argiens") ? L'interprétation du rite est encore sujette à controverse. Danielle Porte fait remarquer que les Argei font suite aux Lemuria et y voit un rite d'expulsion définitive des revenants de la cité, emportés symboliquement par les flots du fleuve.
9 juin
a.d. V Idus Iunias
UESTALIA Fête célébrée par les femmes de Rome. Pieds nus, elles se rendaient à l'aedes Uestae pour y apporter des offrandes. Cette fête préludait au nettoyage du temple, dont la grande purification avait lieu quelques jours plus tard, le 15 (a.d. XVI Kalendas Quintiles).

2.6. Un calendrier à problèmes

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    Ces problèmes relevaient de deux ordres : des conflits structurels et des manipulations et interventions maladroites des Pontifes.


2.6.1. Conflits structurels

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Année de Numa et année solaire : poser la devinette de la section 2.1.1., c'était y répondre. Non, bien sûr, que le Lustrum ne résolvaient pas les discordances entre le calendrier archaïque et l'année astronomique : un calcul rapide montre en effet qu'il n'arrangeait les choses qu'en apparence, vu que ses 1465 jours excédaient son équivalent solaire de... 4 jours ; en effet, 4x 365 jours 1/4 = 1461.

    Il aurait été simple de décréter, par exemple, la suppression d'un jour par an. Trop simple : aucune règle de traitement de ces jours surnuméraires ne fut stipulée, et l'initiative en fut laissée aux Pontifes. Ceux-ci répugnèrent souvent à opérer cet ajustement, si bien qu'au début du IIème siècle, années officielle et astronomique divergeaient de pas moins de 125 jours. En 191, la Lex Acilia de Intercalatione leur donna toute autorité en la matière. C'était plutôt mal choisir : ils continuèrent à faire n'importe quoi, et, abusant de leur pouvoir, ne daignaient pas avertir les magistrats de la date de l'intercalation, et encore moins la population. Même des gens bien informés comme M. Tullius Cicero se contentaient de supputations et de voeux pour que le calendrier soit aménagé dans le sens qui leur convenait.

Le second conflit structurel qu'eurent à résoudre nos malheureux Pontifes opposait les Nundinae à la qualité des jours : en effet, il ne s'agissait pas que les paysans débarquent en ville un jour de Nundines pour trouver le marché et les tribunaux fermés, cette date ayant été déclaré N ou NP. Il fallait donc que les Pontifes se livrent à de laborieux ajustements et des calculs compliqués pour éviter la rencontre fâcheuse entre Nundinae et dies nefasti. Finalement, la Lex Hortensia déclara en 278 les Nundines incompatibles avec les jours comitiaux, et les réserva aux audiences du tribunal du Préteur. Dans le même but, l'on décréta que les jours fériés seraient placés les jours impairs, l'impair étant réputé bénéfique et complet. Les exceptions à cette règle étaient le Regifugium (le 24 février - a.d. VI Kalendas Martias), les Equirria (14 mars - Pridie Idus Martias), et du troisième jour des Ambarualia.

Ajoutons enfin les fêtes mobiles, dont la fixation de la date relevait parfois du cauchemar mathématique. Citons les plus connues : Sementiuae Feriae de janvier, destinées à assurer la protection des semailles, Ambarualia, procession purificatrice de la population autour de la ville, qui se déroulaient soit les 17/19/20 mai, soit les 27/29/30 du même mois, Compitalia, fête des carrefours ayant lieu en janvier, Feriae Latinae qui rassemblaient sur le Mont Albain les peuples relevant du nomen latinum en l'honneur de Iuppiter Latiaris. Pour celles-ci,

    "On peut en effet identifier 28 exemples de célébration où la datation est connue. La prépondérance de mai est nette (9 cas) : seize autres tombent dans les mois de la "belle saison" (d'avril à août), mais six cas concernent la "mauvaise saison".
(Jacques Poucet)

2.6.2. Maladresses et manipulations politiques

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    On l'aura compris, la compétence des Pontifes en matière astronomique et calendaire était plus que douteuse. S'il n'y avait eu que l'effet de leurs maladresses, souvent commandées par ce mélange typiquement romain de conservatisme et de superstition, les choses n'auraient déjà été ni simples, ni claires. Or, ils n'hésitaient pas à modifier le calendrier en fonction de leurs intérêts politiques personnels, de ceux de leur faction ou de leur classe, gentes patriciennes jusqu'au milieu du IVème siècle ACN, nobilitas patricio-plébéienne ensuite.

Conséquence de l'annonce mensuelle des jours fériés et de la qualité des jours à chaque Kalendae : les citoyens romains n'étaient pas en mesure de calculer à l'avance les grands découpages du mois et les dates des fêtes, vu que l'on ne comptait pas par rapport à une date du passé, donc connue, mais à partir d'une date située dans l'avenir dont la détermination restait de la compétence des Pontifes, qui usaient de cette prérogative sans scrupules. Mieux : le calendrier resta longtemps secret, car il était l'apanage des gentes patriciennes, et ne fit l'objet d'une publication et d'un affichage au Forum qu'en 304 ACN, par le scribe Cn. Flauius agissant à l'initiative de son patron, App. Claudius. L'on imagine la fureur des patriciens...

Cet extrait d'une lettre de M. Tullius Cicero à son frère Quintus jette une lumière singulière sur les manipulations calendaires auxquelles se livraient, sans vergogne et avec cette mauvaise foi romaine que j'ai toujours considérée avec un ahurissement admiratif et rigolard, les dirigeants politiques et religieux (c'était tout un) :

    "Lentulus (= P. Lentulus Spinther) est un Consul excellent : il a fait retrancher tous les jours comitiaux, multiplié les jours de supplications, et fait même recommencer les Féries latines ! C'est un moyen de parer à des lois détestables, celles de Caton (d'Utique) notamment."
    Traduisons : Lentulus était parvenu à bloquer totalement la vie politique romaine rien qu'en "arrangeant" le calendrier. Deux autres exemples de manipulations pontificales "classiques" : faire coïncider une fête et un jour de vote, ce qui reportait ce dernier ; rallonger ou raccourcir une année en fonction de l'appartenance politique de tel ou tel Consul ou Préteur, et/ou de la sympathie ou de l'inimitié que les Pontifes éprouvaient pour lui.

Bien entendu, il était toujours possible de couvrir ces tripotages de l'appui divin ou de l'intérêt supérieur de Rome et de l'Etat, comme le montre le déplacement du premier de l'an de mars à janvier (voir 2.1.2.). 


    Un jour, il fallut bien porter le fer dans la plaie des discordances entre calendrier officiel et année réelle et des modifications arbitraires et intéressées que lui faisaient subir les autorités.

    Celui qui s'en chargea, on l'a déjà deviné, ce fut C. Iulius Caesar...

2.7. Les réformes de C. Iulius Caesar

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    Avec l'aide des astronomes alexandrins, les meilleurs de l'époque, et sous la houlette du scribe M. Flauius, C. Iulius Caesar fit apporter les modifications définitives suivantes. Définitives, puisque, à part les retouches du pape Grégoire XIII en 1582, nous vivons toujours suivant le calendrier julien.

Il commença par instaurer une année spéciale, afin d'éponger le décalage entre le calendrier et l'année astronomique : ce fut, en 46 ACN, l'annus confusionis, "l'année de la confusion", qui ne dura pas moins de 443 jours.

Il fit modifier la durée des mois : les modernes janvier, mars, mai, juillet, aout, octobre et décembre compteraient désormais 31 jours ; avril, juin, septembre et novembre, 30 ; février, 28. Autrement dit :
    (7 X 31) + (4 X 30) + 28 = 217 + 120 + 28 = 365 jours.

Mais l'année solaire comporte 365 jours 1/4. Afin de rattraper le retard sur celle-ci, César fit ajouter un jour tous les quatre ans : le 6ème jour avant les Kalendes de mars (a.d. VI Kalendas Martias), le moderne 24 février, serait vécu deux fois successives, d'où son nom, encore d'usage aujourd'hui : bissextilis, "deux fois le sixième jour, bissextile."

Les choses étaient donc rentrées dans l'ordre :
    Système julien = (4 X 365) + 1 = 1461 = 365 1/4 X 4 rotations de la Terre autour du soleil.

Enfin, pas vraiment dans l'ordre. Les Pontifes, jaloux de leurs prérogatives et peu ravis de voir le Dictateur régler une affaire qui relevait de leurs compétences, appliquèrent ses instructions à la lettre, c'est-à-dire en faisant mine, avec une mauvaise foi crasse, de mal comprendre : ils ajoutèrent le jour bissextile tous les trois ans, et non tous les quatre, créant, en 36 ans, un excédent de trois jours ! Bref, années calendaire et astronomique recommencèrent à diverger, jusqu'à ce que C. Iulius Caesar Octauianus Augustus mette radicalement fin aux manipulations pontificales.

3. Le calendrier d'époque républicaine

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    Les calendriers romains figurant dans les manuels, ouvrages scientifiques et sur la Toile présentent invariablement le calendrier julien. Afin d'apporter quand même un peu de neuf, j'ai décidé de reconstituer un calendrier républicain, en me basant essentiellement sur celui figurant aux pages 70 & 71 de L'Homme romain de Michel Meslin. Une erreur ou une inexactitude ayant pu échapper à ma vigilance, toute correction ou objection est la bienvenue.

    L'on verra ci-dessous que, pour des raisons de clarté et de lisibilité, j'ai modifié la présentation des Fasti par rapport aux calendriers romains tels qu'on les trouve gravés sur pierre, et dont voici un exemple célèbre, les Fastes de Préneste.
 

Fastes de Préneste
Du 21 (a.d. X Kalendas Maias, Parilia) au 30 (Pridie Kalendas Maias) avril

Comment le lire ?

    Une fois n'est pas coutume, c'est facile : en partant de la gauche.

La première colonne (A ---> H) indique la lettre nundinale. Remarquez le retour du cycle.

La deuxième indique le quantième du jour, par ordre décroissant. PR = Pridie = la veille.

Les grandes lettres de la troisième (N, C, F) notent la qualité du jour.

Exception : les Kalendes, Nones, Ides et fêtes, inscrites en abrégé (exemple : ROB = Robigalia), sont suivies de l'indication de leur qualité (dans cet exemple, NP).

Tout en bas, le nombre (ici, XXX), précise la durée du mois.
 

Fastes de Préneste
Les 24 (a.d. VII Kalendas Maias) & 25 avril (a.d. VI Kalendas Maias, Robigalia)

IANUARIUS
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Quantième
actuel
Lettre
nundinale
Date Qualité
du jour
Fêtes
1er A Kalendis Ianuariis F  
2 B a.d. IV Nonas Ianuarias F  
3 C a.d. III Nonas Ianuarias C  
4 D Pridie Nonas Ianuarias C  
5 E Nonis Ianuariis F  
6 F a.d. VIII Idus Ianuarias F  
7 G a.d. VII Idus Ianuarias C  
8 H a.d. VI Idus Ianuarias C  
9 A a.d. V Idus Ianuarias NP AGONALIA
10 B a.d. IV Idus Ianuarias C  
11 C a.d. III Idus Ianuarias NP CARMENTALIA
IUTURNALIA
12 D Pridie Idus Ianuarias C  
13 E Idibus Ianuariis NP  
14 F a.d. XVII Kalendas Februarias EN  
15 G a.d. XVI Kalendas Februarias NP CARMENTALIA
16 H a.d. XV Kalendas Februarias C  
17 A a.d. XIV Kalendas Februarias C  
18 B a.d. XIII Kalendas Februarias C  
19 C a.d. XII Kalendas Februarias C  
20 D a.d. XI Kalendas Februarias C  
21 E a.d. X Kalendas Februarias C  
22 F a.d. IX Kalendas Februarias C  
23 G a.d. VIII Kalendas Februarias C  
24 H a.d. VII Kalendas Februarias C  
25 A a.d. VI Kalendas Februarias C  
26 B a.d. V Kalendas Februarias C  
27 C a.d. IV Kalendas Februarias C  
28 D a.d. III Kalendas Februarias C  
29 E Pridie Kalendas Februarias C  

FEBRUARIUS
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Quantième
actuel
Lettre
nundinale
Date Qualité
du jour
Fêtes
1er F Kalendis Februariis N  
2 G a.d. IV Nonas Februarias N  
3 H a.d. III Nonas Februarias N  
4 A Pridie Nonas Februarias N  
5 B Nonis Februariis N SACRA NONALIA
6 C a.d. VIII Idus Februarias N  
7 D a.d. VII Idus Februarias N  
8 E a.d. VI Idus Februarias N  
9 F a.d. V Idus Februarias N  
10 G a.d. IV Idus Februarias N  
11 H a.d. III Idus Februarias N  
12 A Pridie Idus Februarias N  
13 B Idibus Februariis NP PARENTATIO
Du 13 au 21 :DIES PARENTALES
14 C a.d. XVI Kalendas Martias N  
15 D a.d. XV Kalendas Martias NP LUPERCALIA
16 E a.d. XIV Kalendas Martias EN  
17 F a.d. XIII Kalendas Martias NP QUIRINALIA
17       STULTORUM FERIAE
Avant le 17 :FORNACALIA
18 G a.d. XII Kalendas Martias C  
19 H a.d. XI Kalendas Martias C  
20 A a.d. X Kalendas Martias C  
21 B a.d. IX Kalendas Martias F FERALIA
22 C a.d. VIII Kalendas Martias C CARISTIA
23 D a.d. VII Kalendas Martias NP TERMINALIA
24 E a.d. VI Kalendas Martias N
QRCF
REGIFUGIUM
25 F a.d. V Kalendas Martias C  
26 G a.d. IV Kalendas Martias EN  
27 H a.d. III Kalendas Martias NP EQUIRRIA
28 A Pridie Kalendas Martias C  

MARTIUS
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Quantième
actuel
Lettre
nundinale
Date Qualité
du jour
Fêtes
1er B Kalendis Martiis NP MATRONALIA
ANCILIA MOUERE
2 C a.d. VI Nonas Martias F  
3 D a.d. V Nonas Martias C  
4 E a.d. IV Nonas Martias C  
5 F a.d. III Nonas Martias C  
6 G Pridie Nonas Martias C  
7 H Nonis Martiis F  
8 A a.d.VIII Idus Martias F  
9 B a.d. VII Idus Martias C  
10 C a.d. VI Idus Martias C  
11 D a.d. V Idus Martias C  
12 E a.s. IV Idus Martias C  
13 F a.d. III Idus Martias EN  
14 G Pridie Idus Martias NP EQUIRRIA
14       MAMURALIA
15 H Idibus Martiis NP  
16 A a.d. XVII Kalendas Apriles F  
17 B a.d. XVI Kalendas Apriles NP LIBERALIA
17       AGONIUM MARTIALE
18 C a.d. XV Kalendas Apriles C  
19 D a.d. XIV Kalendas Apriles NP Du 19 au 23 : QUINQUATRUS
20 E a.d. XIII Kalendas Apriles C  
21 F a.d. XII Kalendas Apriles C  
22 G  a.d. XI Kalendas Apriles N  
23 H a.d. X Kalendas Apriles NP TUBILUSTRIUM
24 A a.d. IX Kalendas Apriles QRCF  
25 B a.d. VIII Kalendas Apriles C  
26 C a.d. VII Kalendas Apriles C  
27 D a.d. VI Kalendas Apriles C  
28 E a.d. V Kalendas Apriles C  
29 F a.d. IV Kalendas Apriles C  
30 G a.d. III Kalendas Apriles C  
31 H Pridie Kalendas Apriles C  

APRILIS
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Quantième
actuel
Lettre
nundinale
Date Qualité
du jour
Fêtes
1er A Kalendis Aprilibus F  VENERALIA
2 B a.d. IV Nonas Apriles F  
3 C a.d. III Nonas Apriles C  
4 D Pridie Nonas Apriles C  
5 E Nonis Aprilibus N  
6 F a.d. VIII Idus Apriles N  
7 G a.d. VII Idus Apriles N  
8 H a.d. VI Idus Apriles N  
9 A a.d. V Idus Apriles N  
10 B a.d. IV Idus Apriles N  
11 C a.d. III Idus Apriles N  
12 D Pridie Idus Apriles N  
13 E Idibus Aprilibus NP  
14 F a.d. XVII Kalendas Maias N  
15 G a.d. XVI Kalendas Maias NP FORDICIDIA
16 H a.d. XV Kalendas Maias N  
17 A a.d. XIV Kalendas Maias N  
18 B a.d. XIII Kalendas Maias N  
19 C a.d. XII Kalendas Maias NP CERIALIA
20 D a.d. XI Kalendas Maias N  
21 E a.d. X Kalendas Maias NP PARILIA
22 F a.d. IX Kalendas Maias N  
23 G a.d. VIII Kalendas Maias F (1) UINALIA PRIORA
24 H a.d. VII Kalendas Maias C  
25 A a.d. VI Kalendas Maias NP ROBIGALIA
26 B a.d. V Kalendas Maias C  
27 C a.d. IV Kalendas Maias C  
28 D a.d. III Kalendas Maias C  
29 E Pridie Kalendas Maias C  

(1) Sur le calendrier d'époque républicaine reproduit dans L'homme romain de M. Meslin, et dont je m'inspire ici, ce jour est noté F. Danielle Porte l'indique NP, tout comme Jacqueline Champeaux, mais suivi chez celle-ci d'un point d'interrogation.

MAIUS
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Quantième
actuel
Lettre
nundinale
Date Qualité
du jour
Fêtes
1er F Kalendis Maiis F  
2 G a.d. VI Nonas Maias F  
3 H a.d. V Nonas Maias C  
4 A a.d. IV Nonas Maias C  
5 B a.d. III Nonas Maias C  
6 C Pridie Nonas Maias C  
7 D Nonis Maiis F  
8 E a.d. VIII Idus Maias F  
9 F a.d. VII Idus Maias N LEMURIA
10 G a.d. VI Idus Maias C  
11 H a.d. V Idus Maias N LEMURIA
12 A a.d. IV Idus Maias C  
13 B a.d. III Idus Maias N LEMURIA
14 C Pridie Idus Maias C  
15 D Idibus Maiis NP ARGEI
16 E a.d. XVII Kalendas Iunias F  
17 F a.d. XVI Kalendas Iunias C  
18 G a.d. XV Kalendas Iunias C  
19 H a.d. XIV Kalendas Iunias C  
20 A a.d. XIII Kalendas Iunias C  
21 B a.d. XII Kalendas Iunias NP AGONALIA
22 C a.d. XI Kalendas Iunias N  
23 D a.d. X Kalendas Iunias NP TUBILUSTRIUM
24 E a.d. IX Kalendas Iunias QRCF  
25 F a.d.VIII Kalendas Iunias C  
26 G a.d. VII Kalendas Iunias C  
27 H a.d. VI Kalendas Iunias C  
28 A a.d. V Kalendas Iunias C  
29 B a.d. IV Kalendas Iunias C  
30 C a.d. III Kalendas Iunias C  
31 D Pridie Kalendas Iunias C  

IUNIUS
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Quantième
actuel
Lettre
nundinale
Date Qualité
du jour
Fêtes
1er E Kalendis Iuniis N CARNARIA
2 F a.d. IV Nonas Iunias F  
3 G a.d. III Nonas Iunias C  
4 H Pridies Nonas Iunias C  
5 A Nonis Iuniis N  
6 B a.d. VIII Idus Iunias N  
7 C a.d. VII Idus Iunias N  
8 D a.d. VI Idus Iunias N  
9 E a.d. V Idus Iunias N UESTALIA
10 F a.d. IV Idus Iunias N  
11 G a.d. III Idus Iunias N MATRALIA
12 H Pridie Idus Iunias N  
13 A Idibus Iuniis NP MINUSCULAE QUINQUATRUS
14 B a.d. XVII Kalendas Quintiles N  
15 C a.d. XVI Kalendas Quintiles QSTDF  
16 D a.d. XV Kalendas Quintiles C  
17 E a.d. XIV Kalendas Quintiles C  
18 F a.d. XIII Kalendas Quintiles C  
19 G a.d. XII Kalendas Quintiles C  
20 H a.d. XI Kalendas Quintiles C  
21 A a.d. X Kalendas Quintiles C  
22 B a.d. IX Kalendas Quintiles C  
23 C a.d. VIII Kalendas Quintiles C  
24 D a.d. VII Kalendas Quintiles C  
25 E a.d. VI Kalendas Quintiles C  
26 F a.d. V Kalendas Quintiles C  
27 G a.d. IV Kalendas Quintiles C  
28 H a.d. III Kalendas Quintiles C  
29 A Pridie Kalendas Quintiles C  

QUINTILIS
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Quantième
actuel
Lettre
nundinale
Date Qualité
du jour
Fêtes
1er B Kalendis Quintilibus N  
2 C a.d. VI Nonas Quintiles N  
3 D a.d. V Nonas Quintiles N  
4 E a.d. IV Nonas Quintiles N  
5 F a.d. III Nonas Quintiles NP POPLIFUGIA
6 G PrIdie Nonas Quintiles N  
7 H Nonis Quintilibus N NONES CAPROTINES
CONSUALIA
8 A a.d. VIII Idus Quintiles N  
9 B a.d. VII Idus Quintiles N  
10 C a.d. VI Idus Quintiles C  
11 D a.d. V Idus Quintiles C  
12 E a.d. IV Idus Quintiles C  
13 F a.d. III Idus Quintiles C  
14 G Pridie Idus Quintiles C  
15 H Idibus Quintilibus NP  
16 A a.d. XVII Kalendas Sextiles F  
17 B a.d. XVI Kalendas Sextiles C  
18 C a.d. XV Kalendas Sextiles C  
19 D a.d. XIV Kalendas Sextiles NP LUCARIA
20 E a.d. XIII Kalendas Sextiles C  
21 F a.d. XII Kalendas Sextiles NP LUCARIA
22 G a.d. XI Kalendas Sextiles C  
23 H a.d. X Kalendas Sextiles NP NEPTUNALIA
24 A a.d. IX Kalendas Sextiles N  
25 B a.d. VIII Kalendas Sextiles NP FURRINALIA
26 C a.d. VII Kalendas Sextiles C  
27 D a.d. VI Kalendas Sextiles C  
28 E a.d. V Kalendas Sextiles C  
29 F a.d. IV Kalendas Sextiles C  
30 G a.d. III Kalendas Sextiles C  
31 H Pridie Kalendas Sextiles C  

SEXTILIS
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Quantième
actuel
Lettre
nundinale
Date Qualité
du jour
Fêtes
1er A Kalendis Sextilibus F  
2 B a.d. IV Nonas Sextiles F  
3 C a.d. III Nonas Sextiles C  
4 D Pridie Nonas Sextiles C  
5 E Nonis Sextilibus F  
6 F a.d. VIII Idus Sextiles F  
7 G a.d. VII Idus Sextiles C  
8 H a.d. VI Idus Sextiles C  
9 A a.d. V Idus Sextiles C  
10 B a.d. IV Idus Sextiles C  
11 C a.d. III Idus Sextiles C  
12 D Pridie Idus Sextiles C  
13 E Idibus Sextilibus NP  
14 F a.d. XVII kalendas Septembres F  
15 G a.d. XVI kalendas Septembres C  
16 H a.d. XV kalendas Septembres C  
17 A a.d. XIV kalendas Septembres NP PORTUNALIA
18 B a.d. XIII kalendas Septembres C  
19 C a.d. XII kalendas Septembres F (1) UINALIA RUSTICA
20 D a.d. XI kalendas Septembres C  
21 E a.d. X kalendas Septembres NP CONSUALIA
22 F a.d. IX kalendas Septembres EN  
23 G a.d. VIII kalendas Septembres NP VOLKANALIA
24 H a.d. VII kalendas Septembres C MUNDUS PATET
25 A a.d. VI kalendas Septembres NP OPICONSIUIA
26 B a.d. V kalendas Septembres C  
27 C a.d. IV kalendas Septembres NP UOLTURNALIA
28 D a.d. III kalendas Septembres C  
29 E Pridie Kalendas Septembres C  

(1) Sur le calendrier d'époque républicaine reproduit dans L'homme romain de M. Meslin, et dont je m'inspire ici, ce jour est noté F. Danielle Porte l'indique NP, tout comme Jacqueline Champeaux, mais suivi chez celle-ci d'un point d'interrogation.

SEPTEMBER
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Quantième
actuel
Lettre
nundinale
Date Qualité
du jour
Fêtes
1er F Kalendis Septembribus F  
2 G a.d. IV Nonas Septembres F  
3 H a.d. III Nonas Septembres C  
4 A Pridie Nonas Septembres C  
5 B Nonis Septembribus F  
6 C a.d. VIII Idus Septembres F  
7 D a.d. VII Idus Septembres C  
8 E a.d. VI Idus Septembres C  
9 F a.d. V Idus Septembres C  
10 G a.d. IV Idus Septembres C  
11 H a.d. III Idus Septembres C  
12 A Pridie Idus Septembres N  
13 B Idibus Septembribus NP  
14 C a.d. XVII Kalendes Octobres F  
15 D a.d. XVI Kalendes Octobres N  
16 E a.d. XV Kalendes Octobres C  
17 F a.d. XIV Kalendes Octobres C  
18 G a.d. XIII Kalendes Octobres C  
19 H a.d. XII Kalendes Octobres C  
20 A a.d. XI Kalendes Octobres C  
21 B a.d. X Kalendes Octobres C  
22 C a.d. IX Kalendes Octobres C  
23 D a.d. VIII Kalendes Octobres C  
24 E a.d. VII Kalendes Octobres C  
25 F a.d. VI Kalendes Octobres C  
26 G a.d. V Kalendes Octobres C  
27 H a.d. IV Kalendes Octobres C  
28 A a.d. III Kalendes Octobres C  
29 B Pridie Kalendas Octobres C  

OCTOBER
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Quantième
actuel
Lettre
nundinale
Date Qualité
du jour
Fêtes
1er C Kalendis Octobribus N  
2 D a.d. VI Nonas Octobres F  
3 E a.d. V Nonas Octobres C  
4 F a.d. IV Nonas Octobres C  
5 G a.d. III Nonas Octobres C MUNDUS PATET
6 H Pridie Nonas Octobres C  
7 A Nonis Octobribus F  
8 B a.d. VIII Idus Octobres F  
9 C a.d. VII Idus Octobres C  
10 D a.d. VI Idus Octobres C  
11 E a.d. V Idus Octobres NP MEDITRINALIA
12 F a.d. IV Idus Octobres C  
13 G a.d. III Idus Octobres NP FONTINALIA
14 H Pridie Idus Octobres EN  
15 A Idibus Octobribus NP OCTOBER EQUUS
16 B a.d. XVII Kalendas Nouembres F  
17 C a.d. XVI Kalendas Nouembres C  
18 D a.d. XV Kalendas Nouembres C  
19 E a.d. XIV Kalendas Nouembres NP ARMILUSTRIUM
20 F a.d. XIII Kalendas Nouembres C  
21 G a.d. XII Kalendas Nouembres C  
22 H a.d. XI Kalendas Nouembres C  
23 A a.d. X Kalendas Nouembres C  
24 B a.d. IX Kalendas Nouembres C  
25 C a.d. VIII Kalendas Nouembres C  
26 D a.d. VII Kalendas Nouembres C  
27 E a.d. VI Kalendas Nouembres C  
28 F a.d. V Kalendas Nouembres C  
29 G a.d. IV Kalendas Nouembres C  
30 H a.d. III Kalendas Nouembres C  
31 A Pridie kalendas Nouembres C  

NOUEMBER
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Quantième
actuel
Lettre
nundinale
Date Qualité
du jour
Fêtes
1er B Kalendis Nouembribus F  
2 C a.d. IV Nonas Nouembres F  
3 D a.d. III Nonas Nouembres C  
4 E Pridie Nonas Nouembres C  
5 F Nonis Nouembribus F  
6 G a.d.VIII Idus Nouembres F  
7 H a.d. VII Idus Nouembres C  
8 A a.d. VI Idus Nouembres C MUNDUS PATET
9 B a.d. V Idus Nouembres C  
10 C a.d. IV Idus Nouembres C  
11 D a.d. III Idus Nouembres C  
12 E Pridie Idus Nouembres C  
13 F Idibus Nouembribus NP  
14 G a.d. XVII Kalendas Decembres F  
15 H a.d. XVI Kalendas Decembres C  
16 A a.d. XV Kalendas Decembres C  
17 B a.d. XIV Kalendas Decembres C  
18 C a.d. XIII Kalendas Decembres C  
19 D a.d. XII Kalendas Decembres C  
20 E a.d. XI Kalendas Decembres C  
21 F a.d. X Kalendas Decembres C  
22 G a.d. IX Kalendas Decembres C  
23 H a.d. VIII Kalendas Decembres C  
24 A a.d. VII Kalendas Decembres C  
25 B a.d. VI Kalendas Decembres C  
26 C a.d. V Kalendas Decembres C  
27 D a.d. IV Kalendas Decembres C  
28 E a.d. III Kalendas Decembres C  
29 F Pridie kalendas Decembres C  

DECEMBER
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Quantième
actuel
Lettre
nundinale
Date Qualité
du jour
Fêtes
1er G Kalendis Decembribus N  
2 H a.d. IV Kalendas Decembres N  
3 A a.d. III Nonas Decembres N  
4 B Pridie Nonas Decembres C  
5 C Nonis Decembribus F  
6 D a.d. VIII Idus Decembres F  
7 E a.d. VII Idus Decembres C  
8 F a.d. VI Idus Decembres C  
9 G a.d.V Idus Decembres C  
10 H a.d. IV Idus Decembres C  
11 A a.d. III Idus Decembres NP AGONALIA
12 B Pridie Idus Decembres EN  
13 C Idibus Decembribus NP  
14 D a.d. XVII kalendas Ianuarias F  
15 E a.d. XVI kalendas Ianuarias NP CONSUALIA
16 F a.d. XV kalendas Ianuarias C  
17 G a.d. XIV kalendas Ianuarias NP Du 17 au 23 :
SATURNALIA
18 H a.d. XIII kalendas Ianuarias C  
19 A a.d. XII kalendas Ianuarias NP OPALIA
20 B a.d. XI kalendas Ianuarias C  
21 C a.d. X kalendas Ianuarias NP DIUALIA
22 D a.d. IX kalendas Ianuarias C  
23 E a.d. VIII kalendas Ianuarias NP LARENTALIA
24 F a.d. VII kalendas Ianuarias C  
25 G a.d. VI kalendas Ianuarias C  
26 H a.d. V kalendas Ianuarias C  
27 A a.d. IV kalendas Ianuarias C  
28 B a.d. III kalendas Ianuarias C  
29 C Pridie Kalendas Ianuarias C  

4. Les deux faces du calendrier

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.Les Fasti mettent en lumière de manière presque exagérée les deux faces de tout calendrier.

Un calendrier est une chose naturelle : il s'adapte aux grands cycles naturels, lunaire, solaire, biologique, physiologique, qu'il reproduit, ou prétend reproduire. Nous retrouvons cet aspect dans les fêtes agraires du férial romain. Notre calendrier nous semble tellement naturel que nous ne pensons même pas à le remettre en doute : il est l'ordre des choses temporelles.

    Ceci explique que, face au calendrier d'une culture étrangère, nous nous sentions souvent désorientés, cherchant des points communs avec le nôtre, nous étonnant de ses particularités, pour en admettre, finalement la logique. Une logique pas moins valable ni cohérente que celle de notre organisation de l'année. Cet aveu nous amène à reconnaître un fait en apparence contradictoire avec cette première constatation.

Tout calendrier est artificiel : c'est un outil mental de classification et d'organisation du temps. Il nous en dit beaucoup sur une société. Le cycle militaire des Fasti, par exemple, nous dévoile une communauté où la guerre tient un rôle capital, non seulement dans les activités régulières, mais aussi dans les représentations mentales : imaginons un instant que nous ignorions tout des relations de Rome avec ses voisins ; un simple examen de son calendrier nous les ferait supposer troublées, conflictuelles et violentes. Le calendrier résulte d'un placage conceptuel, social, civique et, dans les sociétés les plus complexes, politique sur une réalité naturelle, le temps, dont il oriente impérieusement la vision des utilisateurs.

Annexe 1 : Une divinité typiquement romaine : Ianus

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   Iupiter = Zeus, Iuno = Héra, Minerua = Athéna. Nous lisons encore trop souvent les dieux romains au travers de l'interpretatio graeca, les rabaissant au rang de pâles reflets de leurs "homologues" grecs. Reconnaissons cependant que les érudits latins y mirent du leur pour expliquer leurs divinités selon le filtre grec et en déformer le sens.

    Cette démarche fonctionne jusqu'au moment où l'on tombe sur les indigitamenta, listes ahurissantes de divinités mineures présidant aux différents gestes d'une cérémonie, d'une entreprise, d'actes de la vie quotidienne : Potina (de potare, "boire") aide l'enfant à boire, Educa (de edere, "manger") à manger, tandis que Cunina (cunae, "berceau") surveille son berceau et que.Uaticanus préside à ses premiers mots. Ce type de divinités purement fonctionnelles et dépourvues de personnalité n'a pas d'équivalent dans la religion grecque. L'on peut même dire que, pendant longtemps, la religion romaine n'a connu que des dieux abstraits, quasi désincarnés, dépourvus de mythologie, car incarnations de catégories mentales et/ou de fonctions. Où trouver, alors, la mythologie romaine ? Dans son histoire...

    Pour illustrer ce propos, je n'avais que l'embarras du choix. Celui-ci s'est porté sur Ianus, dieu spécifiquement romain, à qui l'on serait bien en peine de trouver un correspondant grec.

    Le nom Ianus, que l'on retrouve dans ianua, "la porte", ianuarius, "janvier", et le nom de la colline du Janicule, dérive du radical indo-européen *-y-a-, "l'action de passer, le passage". Robert Schilling le qualifie de "dieu introducteur, dieu des passages", et ce sous diverses formes.


Spatialement, Ianus est le dieu, le gardien (ianitor) de la porte (ianua), du seuil, interface entre le monde extérieur ouvert, plein d'incertitudes, potentiellement dangereux, voire hostile, et la sécurité du foyer domestique. Il est donc à la fois Patulcius (patere, "être ouvert") et Clusius (cludere, "fermer"). Il se tient de même aux portes de la ville et le Janicule, colline qui donne accès à Rome pour qui vient du nord, porte son nom.


Temporellement, Ianus est un (l'article a son importance, on le verra plus loin) dieu des commencements (prima, initia), moment essentiel de toute période et de toute activité humaine, dont il présage et conditionne le déroulement. Par conséquent, Ianus patronne, surveille et protège le temps vécu par l'homme romain, dont on sait combien il est tourné vers l'action.

    Ainsi, la matinée est placée sous son patronage : Horace le qualifie de "Père matinal , (...), toi par qui les hommes (...) mettent en train leur travail et leur activité, (...)". De même, aux Kalendes de chaque mois, le Rex Sacrorum et un Pontife mineur lui offrent le sacrifice d'un bélier avant d'annoncer les dates des Nones, des Ides et des fêtes du mois qui débute. Inutile de rappeler que le premier mois de l'année, Ianuarius, porte son nom. Il est enfin présent aux débuts de l'histoire romaine, comme premier roi du Latium et "d'un âge d'or, où hommes et dieux vivaient ensemble" (Georges Dumézil).


Cultuellement, culturellement et socialement, il est invoqué au début de chaque prière, comme dans l'invocation de la deuotio :

    "Iane, Iuppiter, Mars pater, Quirine, Bellona, Lares, diui Nouensiles, dii Indigetes, diui quorum est potestas nostrorum hostiumque, diique Manes, uos precor ueneror ueniam peto feroque, uti  populo Romano Quiritium uim uictoriamque prosperetis hostesque populi Romani Quiritium terrore formidine morte afficiatis. Sicut uerbis nuncupaui, ita pro republica Quiritium exercitu legionibus auxiliis populi Quiritium, legiones auxiliaque hostium mecum diis Manibus Tellurique uoueo."
Ce qui veut dire :
    "Ianus, Iuppiter, Mars père, Quirinus, Bellone, Lares, dieux Novensiles (= importés de l'étranger), dieux Indigètes (= divinités romaines primitives et nationales) , et dieux qui ont pouvoir sur nos ennemis et dieux Mânes, je vous prie, supplie, demande et emporte la faveur que vous rendiez propice au peuple Romain des Quirites la force et la victoire et que vous frappiez de terreur, d'effroi et de mort les ennemis du peuple Romain des Quirites. Par ces mots que j'ai prononcés, je voue avec moi aux dieux Mânes et à la Terre les légions et les troupes auxiliaires de l'ennemi pour le succès de la république des Quirites ainsi que de l'armée, des légions et des troupes auxiliaires du peuple des Quirites."
    Dans la conception de l'embryon, il ouvre la voie à la semence. Il préside à des rites de passage, comme celui du Tigillum Sororium, poutre sous laquelle Horace dut se courber pour se purifier de la souillure du meurtre de sa soeur : l'enrôlement des jeunes guerriers se fait par le passage sous cette poutre, et, au retour de la guerre, le 1er octobre, les soldats y passent pour se débarrasser de la violence guerrière qui les anime. En outre, il est tenu pour l'inventeur de la religion, des temples et de la monnaie de métal : l'as de bronze, première pièce de la série, et que l'on offre comme étrennes (strenae) le premier janvier, porte son effigie.

A partir du moment où, sous l'influence grecque, les Romains donneront figure humaine à leurs dieux, Ianus sera représenté comme Bifrons, regardant dans deux directions opposées : en effet, tout passage suppose un avant et un après, un devant et un arrière.

Ianus entre par conséquent dans une double relation d'opposition, d'une part avec Iuno, de l'autre avec Iupiter.

Iuno préside aussi aux débuts : ainsi, à chaque Kalendes, tandis que le Rex Sacrorum offre un sacrifice à Ianus, son épouse, la Regina, sacrifie une agnelle ou une truie à Iuno. C'est que, si Ianus patronne les commencements par passage, Iuno le fait avec les débuts par naissance, par exemple sous la forme de Iuno Lucina qui protège les femmes en couches et fait venir les enfants à la lumière (lux).

Les Kalendes appartiennent à Ianus, tandis que les Ides, le milieu du mois marqué par la pleine lune, reviennent à Iupiter : au premier, les débuts (initia), au second la souveraineté et ce qu'il y a de plus élevé (summa). Les Romains dissociaient donc deux catégories mentales que les religions du Livre confondent en Dieu : la primauté chronologique et la primauté hiérarchique.

Terminons sur le mystère des portes du temple de Ianus, qui se trouvait au Forum (mais où ?). L'on sait, que, lorsque Rome n'était pas en guerre, elles étaient fermées. Par contre, on ne sait rien, ni de leur nombre, ni de leur disposition. Les Anciens eux-mêmes avaient oublié ce que contenait ce temple une fois les portes fermées : la guerre retenue prisonnière, ou la paix gardée comme un trésor ?

Annexe 2 : La soluce du test

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(a) Les dies festi peuvent-ils être fasti ?
     Non, car les dies festi sont réservés aux dieux.

(b) Tous les jours profesti sont-ils automatiquement soit fasti, soit comitiales ?
     Non, pas tous : si la majorité des dies profesti étaient soit fasti, soit comitiales, d'autres ne l'étaient pas, comme le 14 février (a.d. XVI Kalendas Martias), jour N, ou le 14 janvier (a.d. XVII Kalendas Februarias), dies EN, ainsi que tous les dies religiosi.

Annexe 3 : Les festivités des Aruales Fratres

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Fasti des Frères Arvales
Débuts des mois de septembre à novembre

    Des fouilles menées dans le bois sacré (lucus) de Dea Dia, situé au cinquième mille de la Uia Campana, qui conduisait au nord de l'embouchure du Tibre, ont révélé un véritable trésor archéologique et anthropologique, les procès-verbaux (Acta) de l'une des confréries (sodalitas) les plus importantes, celle des douze Aruales Fratres, les Frères Arvales.

    Ils célébraient leurs festivités en mai, aux Ambarualia, soit les 17, 18 et 19 (a.d. XVI Kalendas Iunias, a.d. XIV Kalendas Iunias, a.d. XIII Kalendas Iunias), soit les 27, 29 et 30 (a.d. VI Kalendas Iunias, a.d. IV Kalendas Iunias, a.d. III Kalendas Iunias) parallèlement aux processions du peuple autour de la ville et des champs (voir la section 2.5.1.).

    Leurs prières et sacrifices s'adressaient à Dea Dia, figure mystérieuse, mais en qui certains savants modernes voient une déesse du ciel lumineux et du beau temps nécessaire à la croissance de la végétation, ainsi qu'à une liste impressionnante de divinités majeures et mineures : les Semones, qui présidaient à la vie des semences, Iupiter, Iuno Regina, Salus Publica, Ianus, Mars, les Vierges divines et les Serviteurs divins, Fons, Flora, Uesta, un groupe de quatre indigitamenta relatifs aux opérations d'abattage des arbres, Adolenda ("Celle qui brûle"), Commolenda ("Celle qui élague"), Deferunda ("Celle qui transporte") et Coinquenda ("Celle qui émonde"), et à Si Deo si Deae ("Que tu sois dieu ou déesse"), "divinité" ainsi nommée par cette prudence rituelle romaine qui les incitait à couvrir tous les cas possibles afin de n'offenser aucun être surnaturel.

    Voici un résumé de leurs festivités. Je me limiterai aux déplacements, actes rituels et cérémonies, vous épargnant les changements de vêtements.

Premier jour

    Dans la maison de leur Magister, les Arvales offraient de l'encens et du vin à Dea Dia, avant de toucher successivements des épis secs de l'année précédente, d'autres, verts, de l'année en cours, enfin des pains couronnés de laurier : ce geste de consécration assurait la continuité entre ces trois éléments. La statue de Dea Dia était ensuite enduite de crème parfumée (unguentum). Ces rites accomplis, ils délibéraient ou priaient jusqu'à midi. L'après-midi, après avoir pris un bain et s'être lavé les mains, ils gagnaient la salle à manger pour un repas partagé avec leurs jeunes assistants (Camilli) ; l'on offrait à nouveau du vin et de l'encens et faisait porter sur l'autel les épis secs et verts. Le meilleur pour la fin : distribution de douceurs, d'une sportula, "libéralité", ici de cent deniers destinée à couvrir les frais du repas, et de roses.


Deuxième jour

    Les cérémonies se déplaçaient au lucus de Dea Dia, où s'érigeaient un cirque et, sur une colline, un temple tétrastyle. Le matin, le Magister s'y rendait seul et commençait par offrir un sacrifice propitiatoire de deux cochons de lait à la divinité protectrice de la forêt, car on allait y introduire exceptionnellement des instruments de fer, acte strictement prohibé par les règles religieuses, et y couper du bois. Au temple, il sacrifiait ensuite une vache (honoraria), avant de retourner à l'autel du bois afin d'y offrir les entrailles (exta, essentiellement le coeur, les poumons, la rate et le foie, organe privilégié de la divination) des porcs. Il regagnait alors le cirque, où il offrait celles de la vache. Revenu au temple, il y rédigeait le procès-verbal de sa matinée, et se retirait sous sa tente pour attendre les autres Frères.

    Ceux-ci, ayant contresigné le procès-verbal des cérémonies de la matinée, consommaient la viande et le sang des porcs sacrifiés le matin. Entourés d'une foule assez importante, ils gagnaient ensuite le lucus, où le Magister offrait une agnelle, dont il procédait à l'examen des entrailles (litatio), et où tous faisaient une oblation de vin et d'encens. De retour au temple, ils procédaient à deux nouveaux sacrifices simultanés : l'un, à l'intérieur, sur une table et dans des marmites, offert par les Fratres ; l'autre, à l'extérieur, sur le pré, par le Magister et un Flamine (lequel ?). Puis, les deux groupes se rejoignaient devant l'autel du lucus pour y collecter les offrandes volontaires au trésor du temple.

    De retour au temple, ils se rangeaient devant celui-ci. Le Promagister de la Confrérie et le Flamine prenaient en main des vases à boire (scyphus) d'argent, la boite à encens (acerra) et le vase à vin (simpulum), et faisaient l'offrande de ces deux substances. Escortés d'esclaves publics, deux Frères allaient chercher les épis dans le temple ; le premier tendait ceux-ci de la main droite à son voisin, qui les recevait de la main gauche, et les transmettait à son voisin. Les épis faisaient ainsi le tour des prêtres, ensuite des esclaves publics. Tous se dirigeaient alors vers l'autel du temple pour aller y chercher les marmites où avaient cuit les exta ; après avoir prononcé des prières peut-être destinées à désacraliser les récipients, les Arvales jetaient ceux-ci sur les pentes de la colline.

    Avant de parfumer à nouveau la statue de Dea Dia, de renvoyer esclaves et assistants et de fermer les portes du temple, les Fratres prenaient un repas de pain au laurier, de raves et d'autres légumes (lumemulia) cuisinés avec art.

    Restés dans le temple, ils prenaient leurs livrets sacrés (libelli) et, tout en dansant un tripudium comme les Salii, scandaient leur chant (carmen), l'un des monuments du latin archaïque :

1. "Enos Lases iuuate
2. Neue lue rue Marmar sins incurrere in pleores
3. Satur fu fere Mars limen sali sta berber
4. Semunis alterni aduocapit conctos
5. Enos Marmor iuuato
6. Triumpe ! Triumpe ! Triumpe ! Triumpe ! Triumpe !"
    Traduction adaptée de La religion romaine archaïque de Georges Dumézil et établie avec l'aide de Mesdames Leroy et  Loukin :
1. "Et Lares, aidez-nous !
2. Et ne permets pas à Fléau, à Destruction, Marmar, de faire irruption dans (pleores = ?) !
3. Sois rassasié, Mars sauvage, saute le seuil, tiens-toi debout (berber = ?) !
4. Convoquez tous les Semones à tour de rôle  !
5. Et aide-nous, Marmor !
6. Triomphe !" (Je vous épargne la répétition)
    Mes traductrices m'indiquent que l'adresse à "Mars sauvage" du vers 3 serait à comprendre comme ceci, en suivant Dumézil et H. J. Rose :
    "Sois rassasié (non de la violence, mais de nos offrandes), saute sur le bord du champ et prends-y ta faction."
    Quant au martèlement du sol par les pieds des danseurs, il avait pour but de stimuler les forces telluriques et d'en ranimer les énergies fécondantes, tout comme, encore aujourd'hui, le piétinement au rythme déhanché caractéristique des Gilles de Binche, en Wallonie, lors du Carnaval.

    Les Frères sortaient alors pour toucher les autels et fleurir les statues, avant de procéder à l'élection du Magister de l'année suivante, qui entrerait en fonction le 17 décembre (a.d. XIV kalendas Ianuarias), autrement dit le jour des Saturnalia. Nouvelle distribution de roses et de sportules, nouvelle formulation de voeux, nouveau repas, cette fois d'allure archaïque et arrosé de vin mêlé de miel (mulsum).

    Au cirque, se déroulaient alors des courses de chars et des concours d'équilibristes. La journée se clôturait dans la maison du Magister, sur un repas offert par celui-ci à ses collègues.


Troisième jour

    Cette journée, nettement moins chargée, débutait chez le Magister, sur un repas semblable à celui du premier jour ; suivait une distribution de sportules, de couronnes, de friandises et de vaisselle toscane.

Les Aruales Fratres et le bois

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    Les cérémonies exposées ci-dessus montrent clairement les rapports entre les Arvales et les épis ; l'on peut donc voir en eux des prêtres des champs cultivés. Cependant, ils entretiennent également des relations privilégiées avec les bois, et plus particulièrement le lucus de Dea Dia.

    Pour les Romains, les bois étaient des lieux mystérieux, pleins de bruits et de cris fantastiques, où le sacré pouvait se manifester de manière surprenante, étrange, inquiétante, voire violente et dangereuse : c'est le domaine de Faunus, le sauvage "coureur des bois", et de Siluanus, le maître de la forêt. Raisons impérieuses pour ne pas en offenser les divinités.

    Il était, entre autres, strictement interdit d'introduire le moindre instrument de fer dans les bois sacrés. Or, parfois, cette introduction était nécessaire, par exemple lorsque le lucus de Dea Dia exigeait des soins, élagage ou abattage d'arbres. Les Fratres Aruales s'entouraient alors d'un luxe de précautions rituelles : tenue d'une réunion préalable de la Confrérie et rédaction d'un édit ; lors des opérations d'entretien, accumulation de sacrifices. Suouetaurilia (le sacrifice majeur, comme son nom l'indique, d'un porc, d'un bélier et d'un taureau) pour commencer le travail ; au cours de celui-ci, 2 vaches, 4 béliers, 20 brebis et 8 moutons étaient offerts aux divinités citées ci-dessus. Bien entendu, nouveau suouetaurilia pour l'achèvement des travaux ! De même, les Frères tenaient une assemblée spéciale avec, comme ordre du jour, "(réunion) pour l'introduction du fer (dans le bois sacré) nécessaire à la rédaction sur le marbre" des procès-verbaux de la Confrérie. L'expiation de cette introduction exigeait le sacrifice d'un agneau et d'un porc, ainsi que de gâteaux sacrificiels (strues et ferta). Le même sacrifice était renouvelé quinze jours plus tard, pour l'enlèvement desdits outils du bois.

    L'on aura saisi sur le vif la complexité et la minutie des rituels romains, ainsi que l'obsession de la souillure et la crainte permanente de froisser toute divinité, si mineure soit-elle.

Annexe 4 : Salii

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Comme les Aruales Fratres, les Salii formaient une sodalitas, en l'occurence de prêtres "sauteurs" (salire = "sauter, bondir"), autrement dit danseurs, de Mars, dont l'office était d'ouvrir et de fermer l'année guerrière, qui couvrait la bonne saison, de mars à octobre. Au nombre de 24, ils étaient répartis en deux groupes de 12, les Palatini ("Ceux du Palatin"), sous la tutelle de Mars, et les Collini ("Ceux de la région ou Porte Collina") ou Agonenses ("Ceux de la Porta Agonensis", autre nom de la Porte Collina), attachés au Quirinal et sous la tutelle de Quirinus. Ils se divisaient en outre en "jeunes" (iuniores) et "vieux" (seniores). Ils étaient dirigés par un praesul, chef de danse, et un uates, chef de choeur. C'est évidemment Numa Pompilius qui aurait institué cette confrérie.


Leurs interventions lors des feriae devaient être particulièrement spectaculaires : ils portaient un armement de modèle archaïque, de type soit  hoplitique, celui de la première classe de l'armée romaine sous la Royauté et les premiers temps de la Res Publica, soit villanovien, qu'illustre le Guerrier de Capestrano.    

Le Guerrier de Capestrano
Statue en calcaire
Vers 500 ACN
Des découvertes archéologiques ont confirmé la remarquable exactitude dans la reproduction de l'armement, à l'exception du bord exagérément large du casque

    En outre, ils manipulaient les 12 anciles (ancilia), boucliers sacrés bilobés en bronze, vraisemblablement dérivés du modèle mycénien en 8.
 

Bouclier "en 8", ou bilobé
Péristyle du palais de Cnossos
Vers 1500 ACN

    Du premier ancile, tombé du ciel et envoyé par Iupiter, Numa Pompilius aurait fait exécuter 11 copies par un forgeron, Mamurius Ueturius, afin de tromper d'éventuels voleurs. L'artisan aurait, en échange, gagné le privilège d'être cité à la place d'honneur du chant sacré des Saliens, tout à la fin. Conservés dans la Curia Saliorum érigée sur le Palatin, ces boucliers étaient considérés comme des talismans protecteurs et les "garanties de puissance" (pignora imperii) de Rome. Qu'il leur arrive de bouger et de s'entrechoquer "spontanément" était considéré comme un prodige annonciateur de guerre.


Lors de certaines fêtes (Ancilia mouere, Quinquatrus, Tubilustrium, Armilustrium/Ancilia condere) décrites brièvement dans le cycle guerrier, les Saliens exécutaient une danse appelée, comme celle des Arvales, tripudium. L'étymologie la plus évidente de ce substantif est basée sur tres, "trois", ce qui indiquerait un rythme ternaire. Il est plus probable qu'il faille y voir terra + pauire, soit "terre" + "frapper" : comme les Arvales, les Saliens frappent la terre ; en outre, le substantif tripudium désigne également une forme d'auspices, lorsque la nourriture qui tombait du bec des poulets sacrés frappait le sol, indiquant d'heureux présages.

    Le conducteur de la danse (Praesul) exécutait d'abord seul (am(p)truare) chaque figure, que le groupe reproduisait (redam(p)truare), brandissant les ancilia. Peut-être ces mouvements imitaient-ils ceux d'un combat. Il semble en tout cas que conformément à l'esprit formaliste et systématique des Romains, aucune fantaisie ni initiative n'aient présidé à cette danse, et que les gestes aient été rigoureusement réglés et consciencieusement répétés. Un chant accompagnait la danse, souligné par la flute et rythmé sur les boucliers par des baguettes à boules de bois ou le bois des lances : il s'agit du célèbre Carmen Saliare, autre monument du latin archaïque, connu seulement par quelques fragments. Chaque strophe était adressée à une divinité. J'en ai trouvé deux versions, que je vous livre telles quelles :

    Celle du site Bibliotheca Augustana d'Augsbourg :

"[fragmentum 1]
divum +empta+ cante,    divum deo
supplicate

[fragmentum 2]
cume tonas, Leucesie,    prae tet tremonti
+quot+ ibet etinei de is cum tonarem

 [fragmentum 3]
cozeulodorieso. omnia vero adpatula
coemisse.
 ian cusianes duonus ceruses dunus Ianusve
vet pom melios eum recum"

    Et voici celle de Danielle Porte, dans Le prêtre à Rome :
"O Zuel ad oreso omnia
uerom ad patulcie
cosmis es ianeos
ianes es duonos
ceros es manos
po meliosom regom

Quonne tonas Leucesie
prai tet tremonti
quot ibei tet dinei
audiisont tonase"

    La première strophe cette version était adressée à Ianus, la seconde à Iupiter. Déjà pour les prêtres et érudits de la fin de la Res Publica, ces vers étaient incompréhensibles : les prêtres se contentaient de les apprendre et répéter par coeur, persuadés qu'ils étaient de la puissance effective des mots et formules et du risque d'offenser la divinité invoquée par la récitation inadéquate ne fût-ce que d'un seul mot de la prière.

Outre l'obscurité de ce texte, quelques mystères subsistent quant à l'organisation de la Confrérie. Ainsi, quels étaient les rôles respectifs des iuniores et des seniores ? Il y avait 12 ancilia, mais 24 Salii ; qui donc les portait, les Palatini ou les Collini ?


Enfin, deux des Saliens les plus célèbres : App. Claudius, qui persista à danser jusqu'à un âge avancé, et P. Cornelius Scipio Africanus.

Annexe 5 : Lemuria

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    A trois reprises au cours du mois de mai, les 9, 11 et 13, les ancêtres, sous la forme de Lemures, sortaient de leurs sépultures pour réinvestir silencieusement leurs anciennes demeures. Cette présence des revenants était ressentie par les vivants comme intrusive, inquiétante, voire menaçante : l'on craignait que les Lemures ne se  saisissent de l'un des membres de la maisonnée pour l'emporter dans leur monde. Il fallait donc "racheter" ceux-ci et chasser ceux-là des habitations. Plutôt que de paraphraser lamentablement un grand auteur, je vous livre ce que dit Ovide de ce rite :

    "Vers le milieu de la nuit, quand le silence favorise le sommeil, quand les chiens et les divers oiseaux se sont tus, l'homme qui n'a pas oublié les anciens rites et qui craint les dieux se lève. Ses deux pieds sont sans chaussures. Faisant claquer ses doigts réunis contre le milieu de son pouce, il se signale, pour éviter qu'une ombre légère, s'il marchait sans bruit, ne surgît devant lui. Trois fois, il se lave les mains dans l'eau d'une fontaine ; il se tourne et prend dans sa bouche des fèves noires qu'il crache ensuite derrière lui en disant : "Je jette ces fèves ! Par ces fèves, je me rachète, moi et les miens !" Il répète cette formule neuf fois, sans regarder derrière lui : on pense que l'ombre ramasse l'offrande et, invisible, le suit. De nouveau il touche l'eau, fait tinter un objet de bronze et prie l'ombre de sortir de sa maison. Par neuf fois, il dit encore : "Mânes de mes pères, sortez !" Alors seulement il se retourne, convaincu qu'il a correctement accompli les rites."
(Ovide, Fastes, 429-444)

Annexe 6 : Lupercalia

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Les Luperci forment une sodalitas (= confrérie) qui n'entre en fonction qu'une seule fois par an, pour une fête sauvage, étrange et dont certains aspects nous échappent encore. Au nombre de 24, apparemment dirigés par un maître unique, ces prêtres sont organisés en deux équipes, les Fabiani et les Quinctiales, "Ceux des Fabii" et "Ceux des Quinctilii" ce qui indique qu'à l'origine, les Luperques se recrutaient dans ces deux familles aux noms évoquant la purification : Quinctilii se rapproche du verbe quinquare,"faire des lustrations" (Gaffiot), Fabii de faba, "fève", que l'on utilise dans les rites d'éloignement des Mânes aux Lemuria, et, par son consonantisme, de februum, "instrument de purification", et plus particulièrement la peau de bouc.


L'année romaine archaïque commence le premier mars. Février est à la fois un mois des morts (voir la section 2.5.3.) marqué aussi par les Parentalia, de jonction entre les deux années, d'expulsion des forces maléfiques et des souillures accumulées au cours de l'année écoulée, de régénération religieuse, de préparation rituelle des hommes, des animaux, des végétaux et des objets en vue de l'année nouvelle. Voilà pourquoi les Romains qualifient les Lupercalia d'expiatio, "extraction radicale de la souillure par des cérémonies religieuses", et de lustratio "purification par sacrifice" (Gaffiot), "effaçage, rachat". Cette purification passait par un retour aux origines, à l'état sauvage, pré-urbain et pré-civique, et l'intrusion du désordre dans les cadres bien réglés de la vie sociale.


Voilà pourquoi Cicéron, évoquant les Luperques, écrit "la sodalité sauvage, toute pastorale et agreste, des frères Luperques, dont le rassemblement sylvestre a été institué avant la civilisation et les lois." Ceci explique pourquoi les Lupercalia sont aussi la fête de Faunus, dieu agreste par excellence.

Le rite : faits, malentendus et incertitudes

Dans la grotte du Lupercal située sur le flanc du Palatin où, selon une étymologie populaire, la louve était censée avoir allaité Romulus et Rémus, les Luperci se réunissent et assistent au sacrifice de boucs, dans la peau desquels l'on taille des fouets et des pagnes dont les Luperques se ceignent avant de participer à un repas selon toutes les apparences copieusement arrosé. Ensuite, quasi nus, ivres, inondés d'huile et de parfums, ils entament autour du Palatin une course purificatoire au cours de laquelle ils frappent de leurs fouets tout ce qu'il rencontrent : le sol, les rues, les murs, les temples, mais aussi le bétail et la foule rassemblée dans l'attente de recevoir un coup qui élimine les souillures de l'année écoulée. Les femmes stériles et les femmes enceintes étaient les premières à tendre leurs paumes, dans l'espoir de recevoir le coup purificateur qui leur assurerait une maternité heureuse.

    Le fouet en peau de bouc est appelé februum, et l'action de purification des Luperques à coups de lanières est désignée par le verbe februare, d'où est tiré le nom du mois de februarius.


Le simple récit de cette cérémonie fait donc justice de deux interprétations erronées dues aux commentateurs modernes :

premièrement, les Luperci ne sont pas des loups, mais des boucs. Les Anciens les appelaient Creppi, variante de crepa, forme ancienne de capra, "chèvre" ;

ensuite, leur rite n'a pas une valeur fécondante : la fécondité n'est qu'un sous-produit, certes essentiel, de la purification, de l'expulsion des souillures et des forces maléfiques.

    Il faut dire qu'une légende étiologique du rituel, rapportée par Ovide, incite à la confusion : suite à l'enlèvement des Sabines, les dieux rendent celles-ci stériles. Sous la conduite de Romulus, les Romains et leurs  nouvelles épouses vont prier dans un bois consacré à Iuno, où une voix se fait entendre : "Qu'un bouc sacré pénètre les femmes d'Italie !" On comprend l'ahurissement des intéressés et (surtout) des intéressées... Un devin étrusque (c'est presque un pléonasme) trouve la solution : il sacrifie un bouc, dont il découpe la peau en lanières et en frappe les femmes.


En outre, il est probable qu'aux temps les plus anciens, la fonction royale bénéficiait de cette purification prélude au renouvellement des forces sacrées. L'on en a une preuve indirecte par les tentatives de manipulation du rituel par C. Iulius Caesar : il ajoute aux deux équipes déjà constituées celles des Luperci Iulii, et organise un "sondage" de l'opinion publique romaine avec le Consul M. Antonius à l'occasion des Lupercalia de 44. Rappelons des faits bien connus : Magister des Luperci, M. Antonius, complètement saoul et vêtu du seul pagne, se fait hisser jusqu'à la tribune d'où C. Iulius Caesar assiste à la procession des flagellants, lui tend à trois reprises le diadème royal, que celui-ci fait chaque fois mine de repousser. Le moins que l'on puisse dire est que cette mise en scène n'eut pas sur le peuple l'effet escompté, et qu'elle ne contribua pas peu à réveiller les inquiétudes des ennemis de C. Iulius Caesar et des républicains endurcis : un mois plus tard jour pour jour, c'étaient les Ides de Mars. César et Antoine voulaient probablement, à l'occasion de l'irruption de la sauvagerie et de la brutalité des origines où s'effaçait toute organisation civique, proposer au peuple romain une réorganisation institutionnelle et des ajustements idéologiques qui entérineraient les nouvelles réalités d'un pouvoir qui appartenait désormais à un seul. Sans doute les esprits n'étaient-ils pas prêts et la tentative manquait-elle de cette habileté dont sut faire preuve C. Iulius Caesar Octauianus Augustus en feignant de garder les cadres constitutionnels anciens.


Les faits ci-dessus semblent bien établis, ce qui n'est pas le cas du sacrifice d'un chien et d'un étrange cérémonial qui suit immédiatement le sacrifice des boucs : un Luperque touche le front de deux jeunes gens nobles de son couteau ensanglanté ; un autre essuie ensuite la marque au moyen d'un morceau de laine trempé dans du lait. Ce rite, d'interprétation difficile, voit même sa réalité contestée par les savants modernes.

Faunus

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    Les Lupercalia sont la fête de Faunus, dieu agreste, de la campagne, par opposition à la fois à la ville et aux régions lointaines et inconnues. Fécondateur et protecteur des troupeaux, il n'en est pas plus rassurant, ni moins sauvage et mystérieux. C'est un coureur des bois qui apparaît aux paysans, parfois pour les brimer et les vexer, et la légende étiologique des Lupercalia telle que la rappelle Ovide met en évidence ses deux caractéristiques principales : il est Inuus (de inire "pénétrer"), c'est-à-dire qu'il pénètre (sexuellement, cela s'entend)  tous les êtres vivants et Fatuus : du fond de la forêt, il prononce des paroles mystérieuses, à valeur parfois oraculaire.

Annexe 7
Mais... Comment se déroulait un sacrifice à Rome ?

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Autel de Mars
Ostie
124 PCN

    Le sacrifice, acte essentiel du culte romain, obéissait à des règles strictes.


Que sacrifiait-on ?

    Si les offrandes recevables étaient variées, prémices des moissons ou des vendanges, gâteaux, lait, vin pur, le sacrifice par excellence était le sacrifice sanglant.

    Celui-ci obéissait à une codification méticuleuse attribuée, l'on s'en doute, à Numa Pompilius. A chaque dieu ou type de divinité, sa victime (hostia) : les dieux reçoivent des mâles, les déesses, des femelles ; les Superi, dieux ouraniens, des animaux blancs ou blanchis à la craie, les Inferi, divinités chthoniennes, des animaux noirs. La règle de la "victime propre" doit être scrupuleusement respectée : ainsi, Iupiter reçoit des boeufs, Quirinus, un agneau mâle, Cérès, des truies fécondes, Tellus, une truie pleine, Mars des suouetaurilia. Qu'il s'agisse d'animaux adultes (hostiae maiores) ou de lait (hostiae minores, offerts surtout lors les sacrifices privés), la victime devait être parfaite : pas question de "se débarrasser" d'un animal malformé ou souffreteux à l'occasion d'un sacrifice !  

Suouetaurilia

    Un sacrifice particulier était les suouetaurilia, ou offrande d'un porc, d'un mouton et d'un taureau à Mars lors des Ambarualia, à la clôture de chaque lustrum, ou lorsqu'une purification (lustratio) exceptionnelle s'avérait nécessaire.  Ce sacrifice majeur était considéré comme une prévention de périls surnaturels prévisibles et un puissant remède aux violations graves de la loi religieuse. Une forme privée, mineure, pour la purification des champs, voyait l'offrande du même trio de victimes, mais cette fois de lait (suouetaurilia lactentia).


Officiants, personnel et matériel
 

Marc-Aurèle offrant un sacrifice
Relief provenant de l'Arc de marc-Aurèle et figurant sur l'Arc de Constantin
173 PCN

    Lors des sacrifices privés, l'officiant était bien entendu le maitre de maison. Pour les cérémonies officielles, il s'agissait d'un prêtre, Flamine, Pontife, Vestale, membre d'une confrérie (sodalitas, comme celles des Arvales, des Saliens ou des Luperques), parfois d'un magistrat secondé d'un Pontife qui lui indiquait gestes, répliques rituelles et prières.

    Il était assisté de tout un personnel, que l'on voit bien sur le bas-relief montrant Marc-Aurèle en sacrificateur : victimaire chargé de la mise à mort et du dépeçage rituel, jeunes enfants (camilli), qui tendaient les objets du culte, joueur de flute qui couvrait les éventuels bavardages, car les appels au silence du héraut ("Fauete linguis" , "Gardez le silence" ou "Parcito linguam", "retenez votre langue") n'étaient pas toujours suivis d'effet.

    L'officiant lui-même était tenu de draper sa toge d'une manière particulière, le cinctus gabinus, qu'illustre cette statue de  C. Iulius Caesar Octauianus Augustus, où l'on notera l'élément le plus caractéristique, le pan couvrant la tête : 
 

 C. Iulius Caesar Octauianus Augustus en Pontifex
Ier siècle ACN

    Le matériel lui-même faisait l'objet d'une incroyable codification et d'une classification ahurissante, car il s'agissait d'utiliser le bon instrument pour la bonne opération : vases à libation, tables sacrificielles, récipients, couteaux.


Déroulement d'un sacrifice sanglant

    La victime, ornée de bandelettes la consacrant à la divinité, les cornes parfois dorées, était conduite en procession à l'autel.

    Pour les sacrifices des fêtes figurant au calendrier, les prêtres, Flamines, Pontifes, Vestales, ou Frères des sodalités, effectuaient les gestes rituels : adresse de la prière au dieu destinataire du sacrifice, prière qui commençait par une invocation à Ianus et se terminait sur une autre, à Uesta ; consécration de la victime par immolation, c'est-à-dire saupoudrage de sa tête avec de la mola salsa, gâteau salé émietté dont on trouvera la recette ci-dessous, et aspersion avec du vin pur ; simulacre de mise à mort par effleurement de l'épine dorsale de l'animal avec le couteau sacré.

    Lors des sacrifices offerts par un magistrat, celui-ci se contentait de répéter les formules et prières et d'accomplir les gestes rituels sur les indications du prêtre qui officiait obligatoirement avec lui.

    Le victimaire procédait à la mise à mort d'un coup de hache pour les boeufs, de maillet pour les veaux et les porcs, puis découpait la victime, en faisant deux parts. La première, les entrailles (exta, coeur, poumon, membrane des intestins, rate et surtout foie), après examen (litatio) par un haruspice (haruspex) afin de vérifier si la divinité acceptait le sacrifice, faisait l'objet d'une cuisson longue et raffinée, rôtie à la broche ou bouillie : c'était en effet la part de la divinité, qui était ensuite placée sur l'autel et brulée par le Flamine responsable du sacrifice. Cette cuisson (inter exta caesa et porrecta, "entre la découpe et l'offrande des entrailles") rendait cette partie de la journée néfaste. Quant aux uiscera (chairs, partie comestible, et non "viscères"), elles étaient, après cuisson, consommées, en cas de sacrifice public, par les prêtres, et en cas de sacrifice privé, par l'officiant et ses invités.


Pourquoi offrir des sacrifices sanglants ?

    La pensée religieuse romaine reflète encore une vision archaïque des dieux, êtres supérieurs et tout-puissants, certes, mais dont les forces doivent être régulièrement restaurées. Ils ont donc besoin d'être nourris, ce qui explique la formule de consécration, macte esto, "aie accroissement". Le sang était considéré comme la substance la plus propre à leur rendre énergie et vigueur.


Pompe, ferveur, pureté, complexité, formalisme et perfectionnisme

    Les sacrifices étaient marqués par une grande ferveur religieuse tant des officiants que de l'assistance, surtout s'il s'agissait de cérémonies solennelles, affirmation de la grandeur d'une Rome centre de l'univers et gratifiée de la faveur des dieux, pax deorum, "la paix avec les dieux".

    De toute évidence, dans l'esprit des Romains, les dieux n'accordaient celle-ci qu'en échange de la perfection dans l'exécution des gestes rituels et l'énoncé des répliques et prières. Tout sacrifice, comme toute cérémonie religieuse, devait, pour plaire à son destinataire divin, être absolument parfait et s'accomplir rite, c'est-à-dire avec rigueur et selon les anciennes prescriptions, sans la moindre fantaisie ni initiative de la part des officiants et/ou de leurs aides. Des rites accomplis sans soin pouvaient entrainer la destitution du prêtre ou du magistrat peu scrupuleux, comme cela arriva aux Flamines P. Cloelius Siculus en 222 ACN et M. Cornelius Cethegus en 211.

    Quelques exemples de ce formalisme minutieux et franchement étouffant. Il ne s'agissait pas qu'une miette de mola salsa tombe de la tête de la victime ; que le silence soit brisé par des bavardages, des éternuements ou des cris de souris ; que l'officiant inverse deux mots ou remplace un terme par son synonyme dans une réplique ou une adresse aux dieux ; que l'on se trompe de couteau ou de vase à libation.

    De tels incidents, même involontaires, même résultant d'évènements extérieurs, pouvaient provoquer l'annulation du sacrifice, qu'il fallait alors recommencer depuis le début (instauratio). Plutarque fait état d'un sacrifice recommencé trente fois. En outre, ce manquement envers les dieux (piaculum) devait faire l'objet, de la part du prêtre "fautif", d'une offrande réparatoire, aussi désignée du substantif piaculum. L'on en venait même à offrir une victime préalablement (praecidanea hostia) au sacrifice principal, afin de s'excuser par avance auprès de la divinité de toute erreur ou manquement commis lors de la cérémonie du lendemain.

Annexe 8 : Préparez vous-même votre mola salsa

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Avertissement préalable

    La mola salsa ne peut être préparée que par les Vestales. L'auteur dégage par conséquent toute responsabilité au cas où Iupiter, toujours Maximus, mais pas toujours Optimus, déciderait de vous foudroyer parce que vous ne remplissez pas les conditions (être de sexe féminin, vierge, habiter dans l'Atrium Uestae, entretenir le feu sacré de Rome dans l'Aedes Uestae, souscrire un engagement de 30 ans) de cette qualification.


Ingrédients :

De la farine d'épeautre (ador), dont les trois Vestales les plus âgées sont allées cueillir les épis la nuit, entre le 7 (Nonis Maiis) et le 14 mai (Pridie Idus Maias). Notez qu'il s'agit de la période couvrant les Lemuria et précédant immédiatement les Argei, moment de purification et d'expulsion des revenants de la cité.

Du sel grillé (sal coctum) et du sel dissout (muries ou muria).

De l'eau puisée à la source des Camènes (nymphes aux chants prophétiques), dans le vallon d'Egérie, et rapportée dans une amphore à fond pointu (futtile), qui ne doit en aucun cas entrer en contact avec le sol. Toute autre eau est impropre à la fabrication de la mola salsa, et plus particulièrement celle qui a circulé dans des canalisations !


Recette :

Broyer les grains d'ador à la meule en pierre propriété de l'Aedes Uestae.
Cuire le sal coctum et la muria dans un pot en argile.
Mélanger les ingrédients.
Cuire dans des moules en argile dont on aura scellé soigneusement le couvercle.
Pour démouler, briser les moules.
réduire le gâteau en poudre.


Comment (s'en) servir ?

    Répandre la mola salsa sur la tête de la victime que l'on va sacrifier ; cette opération, qui sert à la consacrer, est désignée du verbe immolare. Procéder ensuite au sacrifice en respectant à la lettre les anciennes coutumes, et en faisant preuve d'une minutie scrupuleuse et d'une concentration sans faille dans l'exécution du moindre geste et la récitation des prières.

Bibliographie

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Richard M. Berthold, "Happy new Year, Q. Fuluis Nobilior", Command, N° 22, mai-juin 1993

Jacqueline Champeaux, La religion romaine, Le Livre de Poche, Coll. "Références", 1998

M. de Give, Grammaire latine, 4ème édition, Dessain, 1968

Georges Dumézil, Fêtes romaines d'été et d'automne, NRF - Gallimard, 1986

Georges Dumézil, La religion romaine archaïque, Payot, 1974

Félix Gaffiot, Dictionnaire illustré latin-français, Hachette, 1934

Jacques Martin & Gilles Chaillet, Les voyages d'Orion, Rome 1 & 2, Orix, 1993 & 1995

Michel Meslin, L'homme romain, Editions Complexe, 1978

Plutarque, Grecs et Romains en parallèle, traduit & commenté par M. Nouilhan, J.-M. Pailler & P. Payen, Le Livre de Poche, Bibliothèque classique, 1999

Danielle Porte, Le prêtre à Rome, Petite Bibliothèque Payot, 1995

Jacques Poucet, "Re: Calendrier romain", message du 18 février 2000 sur le Forum AGORACLASS.

Jean-Michel Thibaux, Pour comprendre la Rome antique, La Rome antique en 3000 définitions, Pocket,2001


 

D. "October Equus" V. Janvier - Février 01
Revu Février 03
Réédition avril 07

  

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